Tenez bon parce que je le vaux bien ou de la nécessité de changer de république

(PAR JEAN-LUC GASNIER)

 

Le procureur  du parquet national financier peut-il ignorer les aveux du témoin principal, choisir de ne rien voir, de ne rien entendre, quand,  à la faveur  d’une interview  accordée en 2007 au Sunday Telegraph et rediffusée par la chaîne publique France 2, la parole  est aussi claire :  « Je n’ai jamais été son assistante, ou quoi que ce soit de ce genre.(.. .) je ne m’occupe pas non plus de sa communication » . . .

Sur un ton tranquille, sans être soumise à une pression inquisitoriale, Pénélope Fillon revendique et assume son rôle de femme au foyer ; il n’y a aucune ambiguïté, c’est dit sans ambages. Il est des confidences, des confessions  spontanées, qui valent bien la décision d’un procureur ou le  jugement  d’un tribunal.

« La primaire de la droite et du centre »  fut donc un grand malentendu démocratique, et elle s’est transformée  en un terrible piège pour le parti LR qui se retrouve entre les  mains d’un probable mis en examen. C’est aussi  la démonstration éclatante de la perversité d’un système qui s’appuie sur les destins personnels plutôt que sur  le collectif. L’affaire Fillon s’inscrit dans la longue liste des scandales de cette Vème République agonisante, conçue par le général de Gaulle pour permettre l’exercice d’un pouvoir censé être détaché des intérêts partisans et catégoriels mais qui a fait de la France une monarchie présidentielle  dirigée par une petite oligarchie de privilégiés.  La belle fable de l’élu charismatique incarnant la nation et  tout imprégné de  l’intérêt général, déjà bien entachée par les errements d’impétrants catastrophiques, tourne de plus en plus à la farce tragique.  La grande ambition de cette campagne, le grand espoir de la droite extrême, s’est perdue dans de misérables calculs petit-bourgeois.

Mais François Fillon, pur produit de la Vème République, invoquant à toute occasion la figure tutélaire du général  de Gaulle, tente encore de profiter  de la servilité et de la soumission au chef suprême qui caractérisent le fonctionnement pyramidal  de nos institutions et de notre vie politique. Son impudence extraordinaire, son audace,  s’appuient sur la hargne  de ses partisans certes, mais aussi sur tout un dispositif qui menace de s’écrouler avec la chute du leader. Vous devez me défendre parce que je le vaux bien, parce qu’il y a les élites et les autres, parce que je peux bien verser pour m’accompagner, pour me prodiguer quelques conseils, près d’un million d’euros d’argent public à ma femme et mes enfants tout en estimant que la plupart des français sont encore bien trop payés pour ce qu’ils font. Je suis le chef, j’insulte votre intelligence et votre humanité  mais vous me devez respect et obéissance car tout dépend de moi désormais dans la course à l’Elysée. François Fillon est bien dans l’esprit de la Vème : le plébiscite et puis le grand mépris, la brutalité, la féodalité. Dans le monde de François Fillon tout procède du château.

François Fillon a besoin de citoyens immatures, de militants imbéciles,  de la placidité résignée de l’électorat.

François Fillon est d’une autre époque. Il assure qu’il restera « inébranlable» mais  il démontre par l’absurde  l’urgence du changement véritable, la nécessité impérieuse de sortir de la Vème république pour tenter de respecter enfin les citoyens.