CATALOGNE. PEKIN VERSUS BARCELONE - L'1dex

CATALOGNE. PEKIN VERSUS BARCELONE

(PAR VINGTRAS)

 

Plus prompte à s’intéresser aux comportements personnels aberrants ou à la politicaillerie quotidienne, la grande presse bien-pensante qui estime assumer la clairvoyance de l’actualité, est en train de passer à côté de la concomitance de deux événements qui marqueront sans doute l’histoire de ce XXIe siècle…le capitalisme d’Etat triomphant et l »hypothèse d’une Europe fédéral.

Mais quel rapport existe-t-il entre le Congrès du Parti Communiste Chinois et le bras de fer engagé entre la « Généralité de Catalogne » et la Monarchie espagnole ?

Il faut faire un retour en arrière de près d’un siècle et demi pour mieux comprendre l’incroyable « miracle communiste chinois » et « l’enjeu de l’indépendance catalane ».

Car si au lieu d’éviter d’en parler ou si on décidait de sortir de l’image d’Epinal du bolchevisme radieux, on pouvait réévaluer le sens de la Commune de Paris, on serait en mesure d’admettre que le communisme léniniste n’a rien à voir avec le socialisme libertaire des insurgés de 1871, et aussi que la coagulation de l’ aspiration autonomiste dans une ville assiégée gérée par un gouvernement de trahison, induisait la nécessité d’une prise du pouvoir communaliste.

Dans le miroir déformant de l’histoire récupérée, on peut donc apercevoir la trajectoire verticale de la réussite économique du « communisme » chinois, énorme machinerie matérialiste et productiviste se développant dans un système centralisé de démocrature*, écrasant toute notion de liberté individuelle, sous la chape de plomb d’un Etat lui-même étroitement contrôlé par un Parti. De l’ultra-jacobinisme !

Au lendemain de la Commune, exilé en Suisse, Arthur Arnould avait écrit L’Etat et la révolution, un petit livre qui exprimait parfaitement les idées et la politique de ce phalanstère anarchiste qui avait osé mettre sur pied une république sociale et fraternelle. Vingt ans après, Lénine reprenant le même titre en avait changé radicalement le contenu pour en faire le bréviaire d’une « dictature du prolétariat », basée sur la puissance de l’Etat, centralisé et bureaucratique. Tenant compte des erreurs de Staline et de Mao, les Chinois ont retenu l’essentiel du message léniniste en l’amalgamant avec le capitalisme d’Etat irrigué par un secteur privé sous contrôle…

Quant à la Catalogne et à ses récurrentes poussées d’indépendance, elle a montré au cours de l’effroyable guerre civile, qu’elle n’était pas insensible aux idées anarchistes et qu’en tout état de cause, elle souhaitait pouvoir se développer dans le cadre d’une république autonome, débarrassée de la tutelle monarchique et réactionnaire de Madrid.

On peut donc la considérer non seulement comme une héritière bâtarde de la Commune mais aussi comme l’avant-garde d’un courant historique qui pourrait régénérer l’Europe par le fédéralisme des régions.

Il y a toujours quelque chose de subversif dans la présence du passé.

* selon le mot de Gérard Mermet.

NB / mon manuscrit « Les 72 Immortelles » est terminé et il est à la recherche d’un éditeur.

Une pensée sur “CATALOGNE. PEKIN VERSUS BARCELONE

  • 21 octobre 2017 à 6 h 33 min
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    Salut, Vingras. Pour ton manuscrit, tente ta chance auprès des Editions libertaires à St.Georges d’Oléron? Bon weekend. Narcisse Praz

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