RETOUR A LA VIE

(PAR VINGTRAS)

 

Un auteur breton, Gérard Hamon, vient de publier le journal de bord tenu par un pays à lui, communard déporté en Nouvelle-Calédonie, au cours de son voyage de retour en France, en juillet-août 1879. Ce livre, intitulé « La traversée », constitue une bonne introduction pour celles et ceux qui souhaitent faire un pas vers la connaissance de la Commune.

« Où étaient leurs grands hommes ? » s’interroge Lissagaray dans son « Histoire de la Commune ». On les découvre peu à peu car ils ont été occultés ou rayés des manuels par l’intelligentzia bourgeoise qui veut faire passer sous silence la férocité et la barbarie de la répression versaillaise. Mais cet anonymat des dizaines de milliers de Communeux montre bien que « la puissance de cette révolution, c’est d’avoir été faite par la moyenne et non pas par quelques cerveaux privilégiés. »

En mettant en écriture le journal de bord d’Amédée Guélet, natif de Saint-Aubin-d’Aubigné (Ile et Vilaine), simple fédéré condamné au bagne, embarqué sur Le Var, un ancien navire militaire de transport de chevaux, en septembre 1872, et rapatrié en France par le même rafiot sept ans après, Gérard Hamon a imaginé non seulement le parcours intime des réminiscences de cet homme qui allait renaître à la vie, mais aussi la confrontation de ses états d’âme avec quatre autres Communeux amnistiés, aux humeurs variées.

Deux mois et demi d’un voyage épuisant depuis Nouméa, au travers des tempêtes et des coups de chaleur, avec la découverte des Seychelles, des  côtes somaliennes, du port de Suez, des rivages de Chypre…et enfin des quais de Port-Vendres où une foule les a accueillis aux cris de « Vive la France ! » « Vive la République ! »

Inévitablement, les souvenirs des combats désespérés de la Semaine Sanglante remontent en bulles rouges à la surface , et peuplent les cauchemars des Communeux, qui s’interrogent encore sur les raisons de cet acharnement.

Car les soldats qui leur étaient opposés étaient généralement de simples travailleurs de la terre, des gens modestes et simples.

Ainsi prennent-ils conscience de l’absurdité criminelle de cette guerre de classe, une réponse fratricide à leur désir de fraternité.

Par ailleurs, Gérard Hamon introduit dans cette méditation communeuse un problème que les historiens feignent d’oublier : les rapports de la Commune avec le colonialisme, rapports ambigus mais qu’il est indispensable d’analyser. Ce sera l’un des chapitres de l’essai que je suis en train d’écrire, car mon travail heuristique a inclus la révolte kabyle des Mokrani.

Lisez « La traversée », ce parfum de liberté.

NB/ éditions Pontcerq, 9 rue du Nivernais 35000 Rennes

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