Cher Jean-Christophe !

(PAR VINGTRAS)

 

C’est hélas le triste privilège de ceux qui restent d’évoquer la mémoire de ceux qui nous quittent, en mettant de côté le chagrin. Mais lorsqu’il s’agit de l’un des plus grands pionniers de la télévision, Jean-Christophe Averty, il convient aussi de saluer l’immense stature et l’importance artistique de ce poète électronique disparu…

Il y a quelque temps, j’avais exprimé mon bonheur d’avoir pu revoir, grâce à France 3, un florilège des magnifiques émissions de variétés de Jean-Christophe Averty mais mon billet n’ayant pas retenu l’attention de la rédaction de Mediapart, cet hommage était passé inaperçu.

Aujourd’hui où je pleure un ami trés cher, je ne m’attacherai pas à l’évocation de son oeuvre, magistrale, qui est d’une richesse extrême car il me faudrait y consacrer un volume. D’ailleurs, une éminente universitaire, Anne-Marie Duguet, lui a consacré une remarquable thèse, qui a été publiée aux éditions « Dis Voir ». En voici un extrait :

« La question esthétique affleure rarement dans les débats concernant la télévision, elle semble incongrue, comme s’il ne s’y jouait jamais rien de cet ordre. Rares sont aussi les réalisations offrant une richesse d’invention, une originalité, comparables à celles de Jean-Christophe Averty.

Cette oeuvre singulière relève d’une esthétique du multiple et du paradoxe, de l’artifice et de la distance, de la fragmentation et de l’osmose, du court-circuit et de la vitesse avant tout. Averty explore « l’effet télé » et ses jeux d’écriture à l’intérieur de la télévision même. C’est de là qu’il faut envisager la nouveauté de ses recherches, renversant cette idée reçue selon laquelle la télévision ne ferait jamais que récupérer les retombées de l’art. »

Tant de souvenirs nous attachent ! Nous étions essentiellement différents mais nous menions de même combat contre le conformisme, la bienpensance, le beniouiouisme : il avait été le premier réalisateur de télévision à pointer l’originalité de l’écriture « Présence du passé » qui bousculait tous les codes et avait le culot de présenter l’histoire des vaincus…

Notre commune passion pour la musique de jazz nous avaient enfin réunis au sein de l’association des « amis de Michel Petruccini », dont la mort prématurée nous a privès d’une oeuvre discographique admirable.

Mais, avec mon dernier documentaire historique, « Henri Frenay, l’inventeur de la Résistance », j’ai eu le privilège de sa collaboration d’expert musical car, en ce domaine aussi, sa culture était immense.

Jean-Christophe envolé, il nous reste Faustroll et le Père Ubu qui transporte sa conscience dans un sac tyrolien.

Les raisins sont noirs.

Adieu Zazou !