« Coups et blessures » est un document remarquable. Non par le style, finalement convenu. Mais par la grandeur du propos, par les passions qui ont accompagné l’auteur et par des moments poignants qui ne peuvent que happer le lecteur.
Roland Dumas, ami intime de François Mitterrand, avocat de Jacques Lacan et de Pablo Picasso, compagnon de route de Jacques Vergès, épicurien, de musique et d’aventures charnelles, a traversé sa vie avec force convictions, courage, manipulations orientées et maestria musicale.
A l’évidence, l’assassinat de son père par les « nazis » durant la guerre 39-45, en signe de rétorsion contre des actes d’autres résistants, a imprégné toute sa vie. Mais Roland Dumas a su, à un moment clef du développement des relations entre la France et l’Allemagne, prendre une autre route que celle de la haine viscérale. Sous la conduire de François Mitterrand s’est construite une autre Europe, celle de Maastricht, dans un élan avisé de rassemblement des peuples occidentaux.
La description des derniers jours de François Mitterrand, celle de quelques voyages au pays du tyran Kadhafi, la décision de bombarder les Libyens au Tchad, celle d’organiser le voyage-éclair du Président français à Sarajevo, sont écrites non seulement avec le talent de celui qui veut convaincre, avec une science oratoire détachée et illuminante.
Certaines pages sur le fonctionnement de la justice française, lié à des attitudes inadmissibles de magistrats, en l’état de deux femmes, mériteraient d’être lues dans les académies formant juges, avocats ou greffiers.
Ne pas être corrompu par le pouvoir exige probablement des convictions d’une profondeur autre que celle pouvant être affichée par quelques équilibristes politiques d’ici ou d’ailleurs.
Lisez « Coups et blessures », vous y ressortirez avec un brin d’espoir, quelques désillusions et peut-être une volonté intime de faire changer les choses, dans votre vie et celle des autres.
Roland DUMAS, Coups et blessures, Editions Le Cherche Midi, 2011, 521 p.