LA GRANDE JUSTICE

(PAR VINGTRAS)

 

Le 21 janvier 1793, sur la grande place de la Révolution ( ex place Louis XV dessinée par Gabriel, aujourd’hui place de la Concorde), le roi de France ou plutôt depuis 1791, le roi des Français Louis XVI, né Louis-Auguste Capet, montait sur l’échafaud et avait la tête tranchée. Pouvons-nous deux-cent-vingt-quatre après, porter un jugement serein sur cet événement ?

Le poids de l’histoire est parfois bien lourd mais il faut l’assumer sinon elle vous échappe comme l’eau qu’on tente de recueillir au creux de la main.

C’est en particulier le cas de cette « Grande Justice », qui était jadis l’appelation publique de la guillotine…

Aussi vais-je poser le problème directement : fallait-il exécuter un homme « coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d’attentats contre la sûreté générale de l’Etat », qui avait été condamné à mort par la Convention, sans appel au peuple ni sursis, à une faible majorité ?

Jouet plus qu’acteur de l’histoire, Louis XVI à qui manquaient les qualités et l’autorité nécessaires pour régner, avait tenté vainement de se disculper avec l’aide de ses avocats Desèze, Malesherbes et Tronchet…

Mais il était pris dans le fatal engrenage d’un puissant flux populaire de la liberté contre l’Europe monarchiste, réactionnaire et cléricale. Un flux qui allait bientôt franchir nos frontières pour libérer les peuples de la tyrannie.

Fallait-il immoler un bouc-émissaire au titre de la catharsis révolutionnaire ou bien se contenter d’éliminer un souverain en l’exilant ?

Grave dilemme à propos duquel tous les historiens se sont interrogés, à perte de vue et sans trouver de réponse.

Effectivement, on peut admettre que la Révolution française avait besoin d’un acte exemplaire pour marquer définitivement la rupture avec un régime honni ; ce fût d’ailleurs le sens du bref discours que prononca Robespierre (hostile à la peine de mort) pour justifier son vote.

Mais n’était-ce pas ouvrir une voie sanglante et incontrôlable à toutes les injustices ?

Pour ma part, étant farouchement contre la peine de mort (à l’instar des Communeux qui organisèrent en avril 1871 une fête place Voltaire où furent brûlés les bois de la guillotine), j’aurais banni le souverain déchu. La Convention se serait grandie en prenant une telle décison et elle aurait, probablement, évité le piège infernal de la Terreur…

L’exil n’est-il pas une guillotine sèche, une mise à l’écart infâmante et douloureuse ?

La raison d’ Etat qui tue, c’est l’Etat qui perd la raison…