7 OCTOBRE. « FRAPPÉE D’APHASIE JE N’ARRIVE PLUS À PARLER »

7 octobre 2026

(PAR CHOCHANA BOUKHOBZA)

7 octobre.
Frappée d’aphasie, je n’arrive plus à parler. Ni à écrire. Ni à penser. Je suis scotchée aux infos. Mon manuscrit « Les Femmes d’Auschwitz-Birkenau » attend sur ma table, mes dernières corrections. Je ne peux rien faire. Je n’arrive même pas à respirer. Je me souviens avoir écrit sur fb : j’ai mis trois jours avant d’éclater en sanglots.
Car à Paris, en France, dans toute l’Europe, dans les facs aux Etats-Unis, en Nouvelle Zélande, en Australie, des foules sont sorties dans la rue, aux cris de « génocide ». Et ces cris accusent les Juifs d’exterminer les Gazaouis.
Ça recommence comme en 40.
6 millions, ça ne suffit pas.
800 mille juifs expulsés du Maghreb et du Machrek, ça ne suffit pas.
Il faut maintenant effacer Israël de la carte.
Et en plus on vient te dire, si tu soutiens Israël, tu es responsable, tu es une génocidaire. Tu es écrivain et juif ? Tes livres ne sont plus acceptés dans certaines librairies.
Tu es réalisateur et juif ? Plus de contrat.
Tu es musicien et juif ? Tu n’as plus le droit de te produire dans une salle.
Tu es chercheur ? Tu n’as plus le droit de t’exprimer.
Tu es à la fac et juif ? Tu te retrouves dans une liste noire.
Tu es prof et juif ? Efface-toi, sinon gare à toi.
Oui, je soutiens Israël et ma famille.
Vous ne me faites pas peur.
Oui, j’ai de la famille en Israël. Et je tremble pour leur vie.
Et vous savez pourquoi ? Parce que la Tunisie et le Maroc avaient vécu sous protectorat français. Parce que l’Algérie était une colonie de la France. Parce que la Syrie et le Liban placés sous tutelle de la Société des Nations, avaient été confiés à la France. Parce que la France qui avait occupé militairement trois ans l’Égypte, après la campagne du général Bonaparte, a laissé une empreinte indélébile sur le pays : les gens parlaient non seulement français, mais le code égyptien s’était inspiré du code Napoléon.
Et les juifs chassés de ces pays, étaient devenus français, ou parlaient parfaitement le français. La France ne pouvant pas tous les recevoir, ils s’étaient tournés vers le Canada francophone, qui en avaient accepté quelques milliers… le reste, ma foi, avaient été reçus par Israël, car où aller sinon, quand on ne peut aller nulle part ?
Nous étions des réfugiés— contraints de partir en 3 jours d’Égypte, 3 jours —mais qui nous a soutenus ?
Nous n’avons pas reçu un kopeck de la société des nations, en prenant le chemin de l’exil. Nous avions laissé derrière nous nos maisons et nos biens. Quelqu’un s’est-il ému de notre condition ? Qui nous a aidé à repartir et à survivre ?
J’en veux pour preuve mes parents : 5 dinars par personne, voilà ce qu’on nous a autorisé à emporter en grimpant sur le bateau. Sans oublier les talons des chaussures défoncés pour vérifier qu’on n’y cachait pas des perles ou de l’or, les valises éventrées pour les mêmes raisons, et j’en passe… J’avais 4 ans, je n’ai pas oublié. Et je n’ai pas oublié que mon grand-oncle qui avait refusé de nous suivre, qui était resté à Gabès jusqu’en 67, avec ses onze enfants, a été attaqué à coups de barre de fer et a eu la tête ouverte par les émeutiers. Ou croyez-vous qu’il se soit dirigé une fois guéri ? Israël.
Comment ont survécu nos familles ? Grâce à la solidarité.
Les familles juives dans les pays où nous avons pu nous installer, ont ouvert leur maison, déployé des matelas sur le sol, partagé leur nourriture. Nous n’avons pas protesté. Nous ne nous sommes pas révoltés. Nous n’avons pas manifesté. Nous n’avons pas mendié.
Et nous voilà, juifs dispersés par le monde, après 50 ans d’exil dans nos nouveaux pays, obligés soit de renier nos familles, soit de les soutenir dans leur lutte existentielle.
Alors oui, je soutiens Israël, je soutiens ma famille, je refuse qu’on ne me laisse pas le droit de me défendre quand on m’attaque, je refuse que le Hamas prenne des jeunes gens en otages pour les enterrer vivants dans leurs maudits tunnels, je refuse que des femmes soient violées par les hommes du Hamas, je refuse que des jeunes gens soient abattus comme des lapins alors qu’ils dansaient dans le désert, je refuse que des bébés soient capturés. Je refuse que des barbares égorgent le père devant ses fils, des grands-pères devant leurs petits-enfants.
Voilà pourquoi le 7 octobre reste une plaie béante pour les juifs du monde entier.
Les évènements du 7 octobre ont réveillé nos traumatismes les plus profonds.
Et je refuse que l’on accuse Israël et les juifs de génocide.
Faire la guerre, ce n’est pas génocider un peuple.
Un peuple qui attaque et envahit un autre, doit s’attendre à une riposte.
Et j’attends la commission d’enquête qui analysera calmement et sans contrainte ces trois années de guerre.
Si des crimes ont été commis par des soldats, ces soldats doivent être jugés et condamnés.
Mais qui jugera les journalistes qui ont répandu les fake news du Hamas, sans les vérifier ?
Qui jugera les politiciens qui ont semé la zizanie ?
Qui jugera ceux qui ont manipulé l’opinion publique en reproduisant des images dignes du Troisième Reich ?
Qui jugera les associations qui ne se sont pas émues du sort des israéliennes violées ?
Je sais que la vérité éclatera un jour ou l’autre.
Mais en attendant : laissez-nous vivre en paix !

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