
(PAR ALIOCHA)
La mère parfaite a bonne mine. Elle allaite, travaille, sourit, retrouve sa silhouette et remercie la vie. On ignore quand elle dort. Probablement pendant les discours sur le bonheur d’être mère.
Avec Sagrada Familia, paru chez BSN PRESS, Béatrice Riand s’attaque à cette image pieuse. Jade, jeune éditrice ambitieuse, tombe enceinte sans l’avoir voulu. Ses certitudes rencontrent alors une puissance autrement plus exigeante : un nourrisson. Le programme était l’émancipation. Quelqu’un a ajouté les couches.
Les premiers échos critiques et entretiens éclairent ce qui fait le ressort du roman : une parole qui ose la colère, le rire et l’ambivalence, jusque dans un domaine où l’on exige volontiers des femmes une reconnaissance perpétuelle.
Le 15 septembre, sur le blog Librairie Forever Livres, Barbara Polla salue un livre « délectable, ancré dans le réel, vivant, drôle, au style enlevé ». Elle relève les nuits hachées, les hommes qui dorment et l’effondrement de la superwoman. Cette créature admirable avait pourtant toutes les qualités : elle faisait tout, ne réclamait rien et permettait aux autres de trouver cela naturel.
Mais la lecture de Barbara Polla ne s’arrête pas au massacre des clichés. Elle insiste sur la coexistence de l’exaspération et de l’amour, sur les secours très concrets apportés par une voisine, un pédiatre, une nounou. La famille sacrée tient aussi grâce à des gens qui viennent donner un coup de main. Voilà qui devrait intéresser les fabricants de sermons.
Dans La Ruche Media, le 21 septembre, Yasmina Jaafar choisit une formule qui coupe court aux faire-part : « Quand l’enfant paraît, la femme disparaît ». L’entretien explore ce que la naissance peut emporter : le temps à soi, la maîtrise du corps, l’identité professionnelle. Béatrice Riand y revendique l’humour comme moyen de libérer une parole étouffée sous les représentations flatteuses de la maternité.
L’autrice vise également les injonctions contradictoires : réussir au travail, dans le couple, auprès de l’enfant. Trois emplois à plein temps, assortis d’une obligation de fraîcheur. Elle interroge aussi un féminisme qui prétendrait imposer aux femmes une seule manière de s’accomplir. À remplacer un modèle obligatoire par un autre, on change la décoration de la cellule.
L’accueil se prolonge en librairie : le site de l’autrice relaie, le 6 octobre, un coup de cœur de Payot. Un signe supplémentaire d’attention pour ce roman qui prend les convenances à rebrousse-poil.
De ces lectures ressort une promesse littéraire précise : laisser une mère penser, fulminer et aimer sans lui demander de rendre une copie conforme.
La madone descend du socle. Elle a les cheveux sales, des choses à dire et aucune envie de recevoir un conseil.
Qu’on lui laisse au moins finir sa phrase.