(LU DANS LA SONNTAGSZEITUNG)
Légende de la photo — Me Sébastien Fanti refuse de se laisser traiter de charognard. Photo de Chantal Dervey.
Menaces de mort contre celui qui « salit son propre nid »
Incendie de Crans-Montana. En Valais, l’avocat des victimes, Sébastien Fanti, est vivement critiqué pour avoir demandé la mise sous surveillance de la commune de Crans-Montana. De son côté, Jacques Moretti rejette toute responsabilité.
Par Arthur Rutishauser
La semaine dernière, Sébastien Fanti, avocat des victimes, a fait savoir qu’il souhaitait que la commune de Crans-Montana soit placée sous surveillance. Selon lui, elle n’est pas en mesure de verser les indemnités que réclament les victimes de l’incendie de la nuit de la Saint-Sylvestre. La démarche a été très mal accueillie par ses compatriotes valaisans. Les insultes ont fusé. Fanti a même reçu des menaces de mort.
Pour Pascal Pichonnaz, professeur de droit à l’Université de Fribourg et spécialiste de la responsabilité civile, cette démarche est « nettement prématurée ». Dans l’émission « Forum » de la RTS, il explique que, pour en arriver là, « il faudrait que la commune persiste à ne pas respecter les directives du Conseil d’État ou les obligations que lui impose la loi. Nous sommes loin d’une telle situation. » Il ajoute que « c’est après le procès pénal que l’on débattra du fond de l’affaire, des questions de responsabilité civile et du montant du dommage. Or, ce dont nous parlons ici se jouera dans une dizaine d’années. »
Qui financera les indemnités ? Le flou est total
Pascal Pichonnaz estime toutefois que les 5 millions de francs que la commune met de côté sont très loin de suffire, au regard du montant d’environ 700 millions de francs évoqué pour l’indemnisation. Des sanctions seraient bel et bien envisageables si la commune refusait de relever ses impôts dans une mesure appropriée. Reste à savoir si l’on pourra faire patienter les victimes pendant dix ans. On ignore également qui financerait une solution issue de la table ronde organisée par la Confédération. C’est pourquoi Pichonnaz évoque la possibilité d’un prêt à Crans-Montana.
La proposition de Fanti de placer la commune sous administration forcée a suscité des réactions parfois virulentes dans les commentaires du Nouvelliste et sur les réseaux sociaux. Un lecteur, P. P. — la rédaction connaît l’identité des auteurs des commentaires —, le qualifie d’« avocat charognard ». Il lui reproche avant tout de tirer profit de la tragédie. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Il fait aussi leur fortune. »
S. A. affirme que Fanti va empocher « tout l’argent des contribuables innocents » et mettre ainsi en péril l’avenir des enfants de Crans-Montana. J.-P. T. le traite de « grand égocentrique, imbu de sa personne » et lui prête pour principale ambition de faire la une et de créer le « buzz ». S. P. écrit pour sa part que Fanti voit dans ce drame une occasion de briller.
L’accusation selon laquelle l’avocat gagnerait de l’argent grâce au malheur des victimes revient à plusieurs reprises. F. F. affirme que Fanti gagne « des sommes folles » en tirant parti du malheur des personnes touchées et en réclamant des honoraires élevés. À propos d’un avocat qui représente plusieurs familles, G. G. écrit que cela fait « un joli pactole à la fin du mois ».
I. R. juge « absolument répugnant et irrespectueux » d’utiliser la tragédie pour se faire de la publicité sur le dos des victimes. P. E. se contente de ce commentaire : « Les vautours sont de retour ! » P. O. ironise en disant qu’il ne reste plus à Fanti qu’à faire mettre l’État sous tutelle pour que « la boucle soit bouclée ».
Quelques voix s’élèvent aussi dans l’autre sens. M. D. qualifie de « remarquable » le travail accompli par Fanti depuis le début et s’interroge sur la charge psychologique qu’un tel travail doit représenter pour lui.
Fanti a déposé plainte pour injure
Cette charge doit, en effet, être considérable. « J’ai aussi reçu des menaces de mort », déclare Fanti. Elles lui seraient parvenues par l’intermédiaire d’un compte anonyme. Leur auteur a depuis effacé les messages.
Fanti a déposé contre P. P. une plainte pour injure ou diffamation, dont la rédaction a pris connaissance. Le jour du dépôt de la plainte, le commentaire était toujours en ligne. Au sens figuré, le terme « charognard » désigne quelqu’un qui tire profit du malheur ou de la mort d’autrui. L’employer à son égard revient, selon Fanti, à insinuer qu’il s’enrichit grâce à la mort et aux souffrances des victimes de Crans-Montana.
Fanti écrit que la critique, même acerbe, a sa place dans un débat public sur des questions politiques et de société, et que la retenue s’impose donc en matière d’atteintes à l’honneur. Il estime toutefois qu’une limite a été franchie. Il demande des excuses et souhaite, en substance, que P. P. déclare publiquement qu’il retire ses propos et qu’il s’en excuse.
Fanti rejette expressément l’accusation d’enrichissement. Il affirme que ni lui ni son étude n’ont réclamé d’honoraires aux familles des victimes. Son travail dans ces dossiers est, dit-il, entièrement financé par les prestations de l’aide aux victimes. Il ne tirerait donc aucun bénéfice du versement de plusieurs millions de francs aux victimes.
Jacques Moretti a vérifié les limites légales sur Internet
Le 2 novembre, Jacques Moretti a de nouveau été entendu, pendant neuf heures. Son épouse a été dispensée de comparaître. Elle a fait valoir que les violences domestiques que son mari lui avait infligées l’empêchaient de déposer.
Certains éléments de l’audition de Jacques Moretti ont filtré. Il a reconnu avoir décidé lui-même de rétrécir l’escalier de sortie du sous-sol. Il en a ramené la largeur d’environ 3 mètres à 1,37 mètre. Il a déclaré : « J’ai décidé de rétrécir l’escalier de sortie, mais ses dimensions respectaient les limites légales que j’avais consultées sur Internet. »
La nuit du drame, ce rétrécissement a empêché la plupart des victimes de s’échapper. Moretti a également affirmé que les travaux réalisés en 2015 ne nécessitaient aucune autorisation particulière, puisqu’ils n’avaient entraîné ni changement d’affectation ni modification du volume du bâtiment. Il a ajouté qu’à l’époque, le bâtiment appartenait encore à Julien Beytrison. Moretti a expressément affirmé : « Il savait tout. »
Selon Moretti, Beytrison connaissait les transformations effectuées et l’usage qui était fait du sous-sol. Il savait aussi que de la mousse acoustique y avait été posée et qu’un fumoir y avait été aménagé. Moretti a par ailleurs souligné que le Constellation n’avait fait l’objet d’aucun contrôle officiel de protection incendie depuis 2019. Il n’a pas souhaité s’exprimer sur l’accusation de blanchiment d’argent.
