VERBIERGATE. AU NOM DE LA LOI, L’OURS NE LÂCHERA PAS

30 septembre 2018

Verbiergate : au nom de la loi, l’Ours ne lâchera pas, et c’est tant mieux pour la démocratie, pour l’Etat de droit et pour la vérité.

Dans Le Matin Dimanche de ce 30 septembre 2018, Julien Wicky présente un portrait de Gabriel Luisier, traversé par la parole mensongère de ses contradicteurs, de ses hors-la-loi, qui osent revendiquer la représentation de leur fonction, celle qu’ils bafouent depuis des années, sans que quiconque ne s’en offusque. Si l’Ours est devenu Brutus, c’est qu’il en va, d’une certaine façon, de la vie de la démocratie en Valais. Pas moins.

Un « représentant » (les guillements ici s’imposent tant ces voyous ne représentent qu’eux-mêmes et quelques coquins de promoteurs) de la municipalité de Bagnes s’approche un jour de Gabriel Luisier et lui lance : « après avoir eu la peau de Baillod, tu veux la nôtre ». La réplique, [en substance], est saine et rapide : « je veux la peau de ceux qui nient toute valeur à l’Etat de droit ». Un journaliste connu assiste à la scène, à la fin du mois d’août dernier. Et qu’en font ceux qui se disent les « représentants » du peuple bagnard ? Ils assimilent cette réplique, née d’un signifiant surgissant de la bouche même de ce mesquin, à une menace de mort et s’en vont saisir l’autorité judiciaire. Comme le dit l’Ours du Châble, « ce mensonge démontre à quel point ils dysfonctionnent ».

Mais, il y a plus grave. Voilà que Gaby du Châble est poursuivi pour avoir « menacé » une fille de dix ans, celle du secrétaire communal. Le juge du district de l’Entremont est saisi d’une mesure d’éloignement. Gabriel, toutefois, ne connaît pas la fillette et lit que la « menace » se serait produite tel jour à la sortie de l’Ecole, à Bruson. L’un de ses amis lui propose de consulter Google et de vérifier le lieu où il était ce jour-là. Et, oh miracle, Brutus n’était point à Bruson, mais à la Maison communale, au Châble, à consulter des dossiers de construction. Le Matin dit : « Serein, il dément et des témoins ont déjà déposé des pièces en sa faveur. Il a aussi répondu par une plainte ». Je connais des situations bien moins graves où l’APEA de l’Entremont s’est saisie du cas, a ordonné une enquête et a voulu vérifié que les parents étaient aptes à bien prendre soin de leurs enfants.

Cet aparté introductif est ici posé pour dire que la justice pénale, en ne faisant rien, en paressant, en faisant semblant d’investiguer, en refusant toute perquisition, en acceptant la bonne parole des autorités bagnardes, ne fait qu’aggraver un dossier qui mériterait, dans un Etat de droit, un autre traitement, bien plus sérieux, bien plus approfondi, bien plus soutenu.

Eloi Rossier, le président brillamment élu, la joue à l’envers : « Je regrette une activité intense déployée dans le but de discréditer les institutions et les hommes qui les servent ». Quelle pauvreté d’argument pour quiconque connaît les dossiers et sait, de certitude absolue, que les institutions se sont elles-mêmes discréditées au-delà de tout ce que peut imaginer le citoyen vertueux, et que les hommes qui les servent (qui les servent ? mais quelle galéjade !) ont voulu délibérément se placer hors-la-loi, hors le droit, hors la justice, hors la morale. Un seul exemple : le permis d’habiter délivré pour le Sirocco par … Eloi Rossier ! Et des millions de pépettes de tomber dans les poches d' »amis ».

Et voici, amené sur un plateau par Julien Wicky, Jean-Michel Cina, qui dit accepter toutes les opinions, mais « ce que je regrette avec lui, c’est surtout son style ». Jean-Michel Cina, ancien président du gouvernement, celui-là même qui offre un majestueux cadeau fiscal à Dominique Giroud, qui fait l’objet d’une plainte pénale de Alexandre Luy, et qui vient, sourire aux lèvres, nous parler du style de Luisier. On se fout ici de la république, de la vérité et de notre intelligence. Et le ministère public reste coi.

On croit l’Ours brut, rude, brutal et grossier. Mais Gabriel Luisier est fin, précis, probe et, oh le gros mot, vertueux. Il croit à l’Etat de droit (quelle naïveté, il partage ici avec moi), il cro it aux institutions, il croit à la véracité des faits, il croit à la vérité révélée et déployée, il croit à la valeur de la ténacité, à la probité des agents de la fonction publique, il croit à la gravité lorsque l’adversaire fonde son argument avec légèreté, il croit à une certaine moralité en affaires, il croit à la valeur des mots prononcés. Gabriel Luisier est un homme intelligent qu combat soit des malhonnêtes, soit des incompétents, soit des hors-la-loi (au lecteur de choisir).

Gabriel Luisier ne croit pas au bla bla. Ainsi, lorsqu’il entend Antoine Cretton, qui devrait faire de la politique, en Entremont, « Autrement », soutenir en pleine page du Matin Dimanche que « contrairement à ce qu’il affirme, nous travaillons dur à régler toute cette histoire ». Si Antoine Cretton, qui n’appartient pas à la majorité PDC de là-haut dit vrai, il peut le prouver facilement : qu’il montre l’action judiciaire introduite contre les coquins par la commune en restitution des gains illicites ! Il ne le fera pas pas, parce que la Commune de Bagnes ne fait tout simplement rien pour régler le Verbiergate. Et le Conseil d’Etat le sait bien, lui  qui a été manipulé et trompé par les organes communaux, qui ne lui ont notamment transmis les annexes du rapport Bender et Veuthey que très tardivement (au fait, pourquoi ne pas avoir exigé ces annexes tout de suite ?! [serait-ce par Maurice Chevrier appartient à la famille ?]).

A Verbier, le combat est celui du Far-West américain. D’un côté, le gentil, de l’autre les autres. Au milieu, une population qui n’en a peut-être cure, mais qui sait au fond d’elle-même que ses élus ont dépassé depuis longtemps les bornes de la légalité. Et, en Amérique, quand la mafia règne dans le saloon, il y a souvent un cow-boy qui frappe à la porte.

Et, dans les bons westerns, c’est là que ça commence à saigner.

A la fin, les méchants quittent la ville, enchaînés, et le gentil trinque avec un pote ou une jolie blonde un bon verre de whisky à la main. Ce jour-là, j’aimerais être au bar, et apprécier un bon cigare.

Bonjour à tous les fans d’Eddy Mitchell !

 

Post Scriptum : je veux être plus précis : le style de Gabriel Luisier est approprié dans ce type de saloon. Qu’eût dû faire Charles Bronson avec ces dealers ? (Je défends ici le droit à la métaphore, vous avez bien compris, les coquins !)

 

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Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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