PHILIPPE LORETAN ET LE CAS SEMBRANCHER. QU’ON LE RADIE DU BARREAU !

3 juin 2020

Abordant ce chapitre brûlant, je prends dans mes mains le dernier livre du conseiller communal Eric Voutaz, je l’ouvre au hasard. Je sais déjà que ses « Pincées d’espoir » [1] vont me guider. Et voici ce brouillon d’une lettre à une personne qui ne l’aimait pas beaucoup : « Pourquoi y a-t-il tant de différences entre nous ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à nous entendre ? Pourquoi nous voulons-nous du mal ? Pourquoi un dialogue est-il chaque fois difficile ? Pourquoi n’essayons-nous pas de changer, de grandir un peu et de construire un échange plus convivial, pour stopper toutes ces querelles qui ne servent à rien ? Je t’écris ces mots pour faire la paix. Tant de choses nous séparent, et pourtant ! Sommes-nous si différents pour ne pas arriver à nous supporter ? Ne sommes-nous pas assez humains pour s’écouter, s’aider et se soutenir ? Sommes-nous des étrangers sur le même chemin ? Demain, j’espère vraiment devenir ton ami et découvrir toutes tes qualités … »

 

Les Sembranchards s’interrogent : mais pourquoi ce Filou doit-il leur voler le titre du feuilleton ?

 

Philippe Lorétan, pour des raisons qui échappent aujourd’hui à l’entendement humain, valaisan même, a bénéficié durant quelque vingt ans d’une impunité totale. Ses proches et ses amis [lesquels ?] diront que l’innocence ne mérite pas de sanction; ses adversaires affirmeront qu’il a bénéficié de protections incompréhensibles. Comment savoir quel chemin privilégier entre l’innocence absolue de l’avocat et l’irresponsabilité magistrale des institutions ? J’offre aujourd’hui au lecteur ce moment privilégié où l’avocat aux yeux bleus, cycliste émérite à ses heures perdues, a compris que les institutions le protégeraient envers et contre tout. J’ai assisté à cet instant magique où la vie de Philippe Lorétan l’a conduit à ces dérives professionnelles décrites dans « La Vérité sur l’Affaire Alain Cottagnoud », dans « Il est cinq heures, la justice s’éveille » et aujourd’hui dans « Le Cas Sembrancher ». Déjà, je pressens que Maître Alain Cottagnoud, avocat et notaire, un lecteur assidu de L’1Dex, rejettera la démonstration que je propose aujourd’hui. Il expliquera, avec des arguments convaincants, que cette protection rapprochée était accordée à Filou avant l’événement bientôt décrit; il affirmera en effet que ce qu’il décrivait dans son livre « Une Société en faillite » et ce qui a failli provoquer sa radiation du barreau ont eu lieu avant la pluie de classeurs confidentiels de clients dans mon jardin privatif de Gravelone. Pourtant, je suis intimement convaincu que les avancées dans la certitude de son absolue irresponsabilité a envahi l’habitant de la Rue de la Chanterie en avril 2008.

Or donc, comme je l’ai conté dans « Il est cinq heures, la justice s’éveille », je me réveillai un matin de mars ou d’avril 2008 et constatai qu’un sinistre personnage avait jeté des classeurs de clients dans le jardin-vigne de ma propriété de Gravelone. Vous me croyez ou pas, ce paysage qui s’offrit à ma vue depuis les petites toilettes des invités fut une délivrance pour moi. A l’angoisse, née d’un harcèlement méprisant et vil, auquel je fus soumis, complété par des menaces contre mon épouse, succéda une sorte d’apaisement, que je ressens encore au moment où j’écris ces lignes. Cette paix intérieure avait sa source dans la certitude, – ce n’était pas même pas une conviction, mais bel et bien une certitude -, les gens sauraient qui est marqué de ce sceau indélébile de la méchanteté et de la mauvaiseté.

Une plainte pénale fut déposée. Le procureur confia l’enquête à la police.

Avant de développer de manière circonstanciée mon argumentation, je veux vous rappeler les trois principaux cardinaux du droit pénal : la présomption d’innocence, le principe in dubio pro reo et le principe in dubio pro duriore.

La présomption d’innocence impose au magistrat de présumer l’innocence du prévenu. La présomption d’innocence, dans ce vol merveilleux de classeurs au petit matin sur les hauts de Sion, a été respectée, personne ne le niera.

Le principe in dubio pro reo indique qu’en cas de doute le prévenu doit être considéré comme innocent. Mais il faut ici rappeler que doit l’emporter la conviction du juge : ainsi un faisceau d’indices est suffisant pour conduire à une condamnation d’un prévenu qui nierait son forfait. Un justiciable vaudois a été condamné pour assassinat sans que le corps de la victime n’ait même été découvert.

Enfin, le principe in dubio pro duriore dit qu’en cas de doute quant à l’innocence ou à la culpabilité d’un prévenu, le procureur ne peut pas rendre une ordonnance de classement, mais doit transmettre la cause à un juge, qui devra alors prononcer soit un acquittement, soit une condamnation.

Un autre point doit être éclairci dans l’esprit du lecteur avant de présenter la clef de l’énigme. La Chambre de Surveillance des Avocats est l’organe disciplinaire, qui statue sur les comportements des avocats dans l’exercice de leur profession. Dans le cas d’espèce, cet organisme, que l’on dit honorable, a été saisi de deux plaintes simultanées, l’une d’une cliente de l’Etude du Ritz, l’autre de l’associé récipiendaire des classeurs boueux et mouillés.

Tentons ensemble aujourd’hui, près de douze ans après les faits prescrits. de démêler l’embrouille.

Philippe Lorétan, ne supportant pas ma simple présence au sein d’une Etude d’avocats que j’avais fondée, avait organisé le siège de mon bureau. Je m’en voudrais décrire à nouveau ces agressions. Le lecteur se référera à « Il est cinq heures, la justice s’éveille ». Je pourrai ici apporter une précision portant sur l’extraordinaire pertinence du titre : il était cinq heures, un petit matin d’avril, quand je voulus l’éveil de la justice.

L’enquête, dans une contrée aimant l’Etat de droit, ne serait pas difficile. Suivons les pas des policiers. On interrogea l’impeccable Hidlbrand Zouzy de Riedmatten : mais y a-t-il un seul citoyen raisonnable dans notre beau Valais qui pourrait imaginer le mari de Béatrice Chabbey prendre une camionnette et déverser sa bile nocturne dans une ancienne vigne transformée en potager ? Pas un seul Bourgeois de Sion n’imaginer que Zouzy, des Lions, pourrait se risquer à salir sa culotte.  On se rendit aussi chez Antoine Zen Ruffinen : être sérieux dans ses énoncés, c’est avouer de suite que l’admirateur de Marcel Proust n’aurait jamais songé à louer les bras noueux d’un Albanais pour exiger de celui-ci qu’il déverse des classeurs dans un jardin. Les secrétaires et les stagiaires durent probablement avaler leurs dents de sagesse, lorsque, pour la forme, on les sonda. Philippe Lorétan, interrogé, eut à répondre à une autre alternative : qui est l’auteur de cet acte de délinquance ? Il proposa une solution originale sous la forme de cette énigme : « Cherchez, dit-il aux policiers, à qui profite le crime ! » Il suggérait ainsi que le propriétaire du jardin avait organisé lui-même l’expédition nocturne. Je vous laisse ici apprécier la qualité perverse de la suggestion. Reste donc un dernier suspect : Philippe Lorétan lui-même. Les policiers s’inquiétèrent de la présence de traces ADN ou d’empreintes sur les classeurs. On n’eut pas à vérifier la chose, car Philippe Lorétan, qui n’avait jamais eu en mains le classeur « Jean-Michel Ripa », celui d’un éditeur qui m’avait adressé des affiches de cinéma, affirma sans sciller qu’il était tout à fait probable que ses mains et ses doigts aient laissé des traces sur les classeurs.

La présomption d’innocence, à ce stade, s’effrite sérieusement, car la volonté de Philippe Lorétan était alors claire même pour le plus nul des policiers du Far-West. Et ces classeurs boueux déversés dans la propriété de l’associé expulsé n’étaient-ils pas, pour quiconque était sain d’esprit, la démonstration d’un acte symbolique remarquable. Nul besoin de disposer d’une brigade de psychanalystes forensiques pour dénouer l’énigme.

Le principe in dubio pro reo s’étiolait, des indices concordants pouvant renverser le doute, qui devenait ainsi certitude.

Quant au principe in dubio pro duriore, il était très simple à appliquer : le procureur pouvait encore douter, mais il devait tout de même alors renvoyer la cause à jugement. Le fit-il ? Naturellement non, ignorant des principes élémentaires de droit pénal pour favoriser un avocat qui ne méritait aucune indulgence.

Mais, me direz-vous, la Chambre de Surveillance des Avocats n’oserait pas, elle, fermer les yeux, il en allait de l’honneur du Barreau. Que nenni, ignorant totalement la parole de l’épouse qui dut apaiser l’angoisse de jeunes enfants allant à l’école, ignorant le dossier, évoquant une récusation salvatrice, l’autorité de surveillance décida que rien n’avait eu lieu, puisqu’une ordonnance de classement avait été rendue par un magistrat intègre et impartial.

Stupéfait, – quoique … ! -, par la bienveillance de la juridiction pénale et par l’amabilité sans limite de la Chambre de Surveillance des Avocats, Philippe Lorétan comprit, en ce mois d’avril 2008, qu’il pourrait tout se permettre. La route vers la gloire lui était ouverte !

Et, je vous le dis sans l’ombre du plus frêle des doutes, 2008 révéla à Filou la force de sa destinée d’impuni.

Et tout ce qu’il commit par la suite fut renforcé par ce vol « légal » de classeurs jetés avec rage et colère  dans le jardin privatif d’un « ami » qui avait refusé que ses deux autres camarades ne s’en débarrassent au printemps 2006.

Ce petit événement, mesquin et bas, me conduit aujourd’hui, après d’autres épisodes homériques, à soutenir avec une grande fermeté et un profond sens de la justice que la seule voie de raison est la radiation de cet avocat.

Le Cas Sembrancher, à peine embranché, révélera l’évidence de la chose.

Restera en suspens à la fin du feuilleton cette question posée à sa mère par ma fille ce lundi : « mais pourquoi en veut-il tellement à Papa, puisque les juges lui ont tout donné ? ».

Les enfants, ça pose les bonnes questions [2].

Les gentils, les méchants ne les voient pas venir.

KEEP CALM AND ENJOY THE SHOW

[1] Eric Voutaz, Pincées d’espoir, Editions La Maison bleue, mai 2017

[2] A laquelle Marie-Claire Pont ne voudra pas répondre

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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