Pour les fans de football : Juan Branco et le FC Barcelona

4 octobre 2020

Liminaire de L’1Dex : voici un texte connu de quelques happy fews signé par Juan Branco, qui n’apprécie pas seulement le combat des Gilets Jaunes et de Assange, le cinéma de Godard, mais également l’esthétisme dégagé par le FC Barcelona de Pep Guardiola. A lire !

 

(PAR JUAN BRANCO VIA TELEGRAM)

 

Je vous laisse avec une vidéo qui m’a fait pleurer, cette semaine, et dont vous aurez tout loisir de rire de l’absurdité. C’est le départ d’un joueur essentiel du FC Barcelone, lors d’une conférence de presse imposée par le président du club.

Le DISCOURS d’Adieu de LUIS SUAREZ – (les larmes ont coulé)

https://youtu.be/HOsOWlIRCTM

Le « barça », club de mon enfance là où toute ma famille portait au « réal » (en Espagne, il est très habituel, outre le club local, d’avoir à choisir entre les deux), fonctionne démocratiquement, avec les « socios » qui sont en mesure d’élire leur Président, tous les quatre ans, dans le cadre d’une campagne électorale très organisée, menée notamment avec l’appui de deux quotidiens nationaux quasi exclusivement focalisés sur l’activité du club, qui appartient à ses abonnés.

J’ai d’évidence traversé tous les drames avec cette équipe, commencée à être aimée alors que la dream team de Cruyiff s’étiolait, accompagnant de rage les trahisons de Figo, les médiocrités de Van Gaal, Serra Ferrer Antic, le mandat de Gaspart, puis l’arrivée miraculeuse de Laporta, Rikjaard et Ronaldinho, de Davids qui ferait le lien entre tout cela, avec l’éclosion d’une utopie merveilleuse qui durerait quelques années, en plein milieu du sport business, où un club qui n’avait jusqu’alors jamais porté de publicité commencerait à afficher le logo de l’UNICEF pour seul étendard, composant des équipes qui, en certains matchs, seraient exclusivement composées de joueurs formés localement, faisant face à l’atrocité arrogante du Real Madrid, le mélange des genres incarné par son président (propriétaire de la plus importante entreprise de BTP espagnole), la mauvaise foi et obsession tricheuse de son entraineur (passé, dans sa jeunesse, par le barça, Mourinho), l’arrogance de son porte étendard, Ronaldo, les magouilles arbitrales, électorales et j’en passe.

Nous incarnions une forme de pureté qui, pendant quelques années, par l’émergence miraculeuse d’un ancien ramasseur de balles devenu capitaine de l’équipe, puis entraîneur de la deuxième équipe, qui arrive avec de jeunes joueurs habitués à trainer leurs guêtres en des petits terrains, une philosophie de jeu radicale, sans la moindre compromission, qui va porter le football à quelque chose s’approchant de l’art et obtenir les plus grands succès de l’histoire du club,

Les innovations tactiques, la sédimentation des acquis des années précédentes, vont se succéder jusqu’à proposer une forme de jeu qui devient discours, dans lequel les mouvements portent des mots. J’ai eu la chance d’assister à un certain nombre de matchs au Camp Nou, des plus glorieux (le 5-0 contre le Real madrid, que je vous engage à télécharger et voir dans son intégralité) jusqu’à l’effondrement face à Chelsea.

Je me souviendrais toujours des larmes de Rikjaard, quelques matchs avant son départ, voyant son équipe, désengagée, abandonner toute lutte, le laissant seul et humilié. Le sentiment d’injustice qui s’en dégageait. Je me souviendrais toujours de ces années de bonheur qui ont suivi , où chaque weekend, une joie était garantie, simple et humaine, face un groupe nous portant et nous représentant, revendiquant gloire, simplicité et dignité.

Je vous écris tout cela, à vous qui n’y entendez rien et refuseriez d’y voir ce que le football est: une parabole de l’existence qui permet, par projections, de s’identifier et de déterminer à quelles valeurs se vouer. Tout s’est rapidement par la suite effondré, me débranchant de ce sport dont je ne m’étais jusqu’alors jamais éloigné. La vulgarité s’est généralisée, le Qatar a remplacé UNICEF, l’argent à repris ses droits et le jeu de cette équipe n’a plus ressemblé à rien. Une dégénérescence hallucinée, qui s’incarnera dans le départ forcé de ce joueur, pourtant arrivé après la gloire, accueilli alors qu’il venait de mordre un adversaire, protégé, rendu divin, puis littéralement dégagé.

Rien, en moi, ne pourra égaler l’intensité du but d’Iniesta en demi finales contre Chelsea, la force de cette époque et l’impression qui s’en dégageait, à savoir qu’une forme d’absolu pouvait exister, équilibrant beauté et résultat, de l’humanité et de l’engagement enfantant une joie collective, immense et partagée par des millions de personnes que rien ne reliait.

Je chercherais quelques années plus tard à me faire recruter comme traducteur d’un certain Marcelo Bielsa, inspirateur de Guardiola arrivé dans le club français de mon coeur, un certain olympique de Marseille. C’était l’époque où à Vinci Construction, on me proposait de me recruter pour superviser la construction d’un tunnel londonien, et où, de visite des sièges de Total à ceux d’Yves Saint Laurent, je découvrais un monde dont je me tiendrais finalement distant. C’était l’époque qui précéderait Crépuscule, et un choix qui, loin de tout cela, m’amènerait.

 

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