La position de Darius Rochebin a été fixée dans un communiqué de presse repris par l’Agence France Presse dans son article destiné à l’attention des médias nationaux et internationaux.
Mediapart, qui n’a pas enquêté sur le sujet, sous le titre « #MeToo: le présentateur Darius Rochebin se retire quelques jours de l’antenne de LCI », reprend, le 31 octobre 2020, notamment, les deux paragraphes suivants qui incluent, si l’on comprend bien la systématique de l’article, la position défensive actuelle de Darius Rochebin :
« « Aucun incident de cette nature n’a jamais été signalé à LCI à l’encontre de Darius Rochebin », indique pour sa part le groupe TFI, qui se dit « très attaché à la présomption d’innocence ». L’entreprise « suit très attentivement cette affaire et prendra les mesures qui s’imposent selon son évolution »
Dans le communiqué transmis par son avocat, Darius Rochebin dénonce « un récit malveillant », qu’il « conteste absolument ». « Jamais je n’en ai fait une position de pouvoir. Je n’ai d’ailleurs jamais exercé d’autorité hiérarchique », a-t-il ajouté ».
Nous sommes naturellement certain que « aucun signalement de cette nature » – « de cette nature » – n’a jamais été signalé à LCI, chaîne pour laquelle Darius Rochebin travaille depuis peu. A contrario, peut-on déduire de ce renseignement, la chaîne eût immédiatement pris des mesures si un « signalement de cette nature » eût été émis contre son nouveau présentateur vedette. Les actes « de cette nature » étant prohibés en France, on imagine sans peine que LCI eût pris les mesures nécessaires pour que Darius Rochebin n’apparaisse plus du tout à l’antenne.
On peut admettre de même sans peine que le « récit » sur l’affaire Rochebin publié par Le Temps soit « malveillant ». Ce qui est contesté est ici en l’état le « récit », non les faits.
Un récit (ou intrigue) est une forme littéraire consistant en la mise dans un ordre arbitraire et spécifique des faits d’une histoire. Pour une même histoire, différents récits sont donc possibles.
Le récit s’oppose à l’histoire, qui est parfois définie comme la succession chronologique de faits se rapportant à un sujet donné.
Walter Benjamin propose d’opposer le récit au roman (littérature) en disant que le premier est une œuvre créée et lue de façon coopérative, alors que le second l’est de façon individuelle. Le récit se délivre sans explications, son interprétation est laissé à la liberté de chaque auditeur, qui peut le reprendre comme il le souhaite. Le récit a un « pouvoir germinatif » et il est à ce titre capable de transmettre une expérience. Mais pour Walter Benjamin la crainte est le développement de l’information, chargée d’explications, qui se ferme sur elle-même.
La mise en récit de thèses saugrenues ou de théories complotistes contribue à les rendre plus crédibles. Une affirmation est en effet évaluée beaucoup plus positivement lorsqu’elle est scénarisée, et encore plus lorsqu’elle se base sur un « effet de dévoilement », c’est-à-dire lorsque le récit met en cohérence des éléments intrigants qui paraissaient disparates jusque-là. Cette manipulabilité des croyances fondée sur le récit est appelée « effet Othello » par le linguiste M. Piatelli Palmarini.
En « théorie du récit » (théorie de la littérature) intervient la notion de « narrateur non fiable ». Le narrateur non fiable est un narrateur, en littérature, au cinéma ou au théâtre, dont la crédibilité est compromise. Le terme aurait été utilisé en 1961 par Wayne Booth dans The Rhetoric of Fiction. Bien que les narrateurs non fiables soient normalement présents dans des récits à la première personne, les récits à la deuxième personne et à la troisième personne existent aussi, notamment dans le contexte des films et de la télévision.Il n’est appliqué qu’aux histoires combinant deux critères :
-
on a des raisons objectives de ne plus pouvoir se fier aveuglément au narrateur ;
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cela joue un rôle déterminant dans la lecture et les interprétations de l’œuvre.
Avec un narrateur non fiable, le lecteur se retrouve face à l’histoire comme si elle lui était racontée par un inconnu dans le monde réel, et il est obligé de garder la même prudence ou suspicion face au dispositif narratif que face à tout ce qu’il lit ou entend au quotidien : il en résulte une lecture rendue plus active par le maintien d’un certain scepticisme de la part du lecteur (1).
On voit ici que l’avocat de Darius Rochebin, en ne contestant pas à ce stade les faits avancés dans l’article du journal Le Temps, veut placer cet article dans le champ du « récit » développé par un « narrateur non fiable ». En somme, Darius Rochebin, par l’utilisation du syntagme « récit malveillant » diffuse l’idée que Le Temps n’est pas crédible et que la narration n’est pas fiable et est méchante, malveillante.
Pour anticiper cette critique sémantique, Le Temps explique dans son article princeps qu’une enquête a été menée de longs mois non pas par un seul « narrateur » mais par trois journalistes qui ont travaillé de longs mois. Le quotidien suisse se situe dans le champ de l’investigation historique, et non du récit, comme le serait une brigade de policiers qui confierait des tâches différentes à plusieurs fonctionnaires et non à un seul, dont l’attitude envers le « présumé innocent » serait affecté par une « malveillance » subjective à la source improbable. Le Temps, de plus, anticipe tout doute dans l’esprit du lecteur en expliquant à celui-ci qu’il ne s’agit pas de sources anonymes, mais de sources protégées, bien connues de ses journalistes. Enfin, la multiplicité des exemples, similaire également à la technique rédactionnelle utilisée dans certains rapports de police, convainc le lecteur qu’il ne peut s’agir d’un simple « récit », mais d’un complexe de faits documentés qui éloignent de ce qui aurait été sans cela un simple « récit » à caractère « malveillant ».
Darius Rochebin, par son avocat, annonce vouloir examiner les mesures à prendre. En fait, la question est aujourd’hui très simple : Darius Rochebin va-t-il attaquer en justice Le Temps pour atteinte à son honneur (code pénal) ou pour atteinte à sa personnalité (code civil) ? Oui ou non ?
Si la réponse est affirmative, Rochebin va devoir affronter la possibilité que toutes les sources du quotidien Le Temps soient révélées judiciairement. Aimerait-il à ce point le poker ?
Si la réponse est non, le lecteur impartial de l’article du journal Le Temps ne pourra que constater que le Roi de l’audimat se sera contenté de la technique usuelle utilisée dans ce genre d’affaires, celle du déni, souvent l’arme absolue du coupable déchu.
En fait, la seule inconnue aujourd’hui est la réaction finale de LCI : sachant que le harcèlement sexuel n’est pratiquement pas punissable en Suisse, quoi qu’en disent des artistes du droit hors la réalité du terrain, la chaîne française d’information va-t-elle se contenter d’observer qu’il n’y aura pas de poursuite pénale à Genève et invoquer l’existence de la présomption d’innocence, ou va-t-elle, sur la base de l’article du journal Le Temps qui n’est pas qu’un récit, dire avec force que la conservation de son image lui impose d’éloigner de l’antenne son « fils prodigue », le Roi Darius ?
Bonjour à tous ceux qui s’attachent aux faits, au bon sens et … à l’État de droit.
Post Scriptum I : que les 45 vertueuses se bougent le cul ! (cliquer ici)
Post Scriptum II : Darius, pour quelle raison y aurait-il eu désir malveillant de création d’un récit fictif ?
(1) Source : Wikipédia
A lire dans L’1Dex :
C est un mode operatoire même policier en Valais pour détruire une personne en montant des cabales ; du genre violeur à la cagoule ! Ensuite est ce que mr Rochepin auriez vous porte une cagoule ?
Toute une question …
Une synthèse cette affaire pour celui qui suit le développement du harcèlement moral en Suisse.
Il y a eu les faux-culs gauchistes refusant de légiférer sur l’harcèlement moral mais ayant concocter une loi sur l’homophobie (Loi Reynard).
Bref, Darius n’a pas trop de craintes à se faire, bien au contraire : il a une loi très vague soutenant son mouvement homosexuel.
Décidément, Reynard fut à côté de la plaque ou bien peut-être du côté des harceleurs ?
Je trouve l’article du Temps scandaleux d’un point de vue éthique et suis surprise que personne ne le souligne . Pourquoi si ce n’est pour faire le buzz et par malveillance et jalousie, livre-t-on Darius Rochebin en pâture et tait-on le nom des autres personnes accusées de mêmes attitudes ?
Vieux lecteur de la tribune de Genève et puis du TEMPS je suis effaré de l’article digne de GALA , VOICI et Consoeur !! de la virulence de cet article.
Ca sent la vengeance .
L’1Dex publie ce commentaire.
Mais …
Voici un renversement des faits parfaitement illustratif de ce qu’est le déni, l’arme absolue du pervers qui la complète par l’agression contre le messager, signe avant-coureur d’une dénonciation calomnieuse contre les victimes.
Je ne peux que vous inviter à lire « J’aurais préféré Baudelaire heureux » et vous vous reconnaïtrez peut-être dans l’épisode « les profs peinent à suivre la cadence » ou dans celui imaginé par Jean-François Lovey « laisser les chiens se battre entre eux ».
La violence, que vous nommez virulence, n’est pas dans l’article du Temps mais dans les faits relatés par l’article.
En fait, vous pourriez fonctionner parfaitement à l’intérieur d’une organisation au sein des ressources humaines : vous y seriez compréhensif, à l’écoute, analyste et descripteur de la situation, et vous renonceriez à toute action de Gala, car Voici, pour vous, c’est digne de rien du tout.
Je fais enfin observer que la vengeance, que réprouve l’Evangile de Sainte Choupette, est parfois un moyen DIGNE de reconstruction, lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre de l’Etat de droit.
Et, en l’espèce, l’Etat de droit permet à une direction, qui ne serait pas molle et dénuée de courage, de renvoyer du personnel, laissant ensuite le soin aux Tribunaux de statuer en toute liberté.
Halte au silence, à la lâcheté, à la crasse ignorance.
Si Darius peut être le vecteur d’une pénalisation du harcèlement en Suisse, il aura contribué à l’insu de son plein gré au bien-être de la Cité. Je lui en saurais ALORS gré !