Affaires FIFA, le procès Blatter – Platini. Les impostures du ski parallèle (36)

21 juin 2022

Le Valais est au coeur du Fifagate. Par cette madeleine proustienne, j’ai suivi le fil de ma pensée et je suis parvenu à cette constatation : l’affaire FIFA – Michel Platini, c’est très exactement l’image – inversée (?) – de l’affaire CRPE – Ignace Rey, celle de l’imposture des matadors.

Suivez bien le fil des scénarios qui ont été proposés aux juges.

La police débarque au siège de la FIFA; la police débarque au siège de la caisse de retraite (CRPE).

Le parquet met la main à Zurich sur des documents compromettants, dont plus de 80 versements suspects; le procureur met la main à Sion sur des factures compromettantes, dont plus de 59 opérations qui se révéleront criminelles.

Dans le Fifagate, les plus grands criminels sont embarqués puis condamnés aux USA; le gestionnaire des fonds de la CRPE à la BCVs, parti avec les honneurs de cet établissement bancaire, trouve la mort, et ne sera donc jamais jugé.

Le hasard si hasardeux qu’il en devient miraculeux, puisque dans les deux cas la masse des documents pouvait rendre improbable la découverte des prétendus crimes, débouche sur la découverte d’une « facture » de Platini et d’une « facture » de Rey.

Devant ces « découvertes » magnifiques, les parquets adoptent des attitudes différentes : le MPC organise des réunions secrètes avec la partie civile, le procureur général valaisan organise une conférence de presse avec l’Etat qui gère les caisses de retraite au moment même de la mise en détention préventive d’un présumé innocent.

Le nom de Platini est balancé aux médias, de témoin le footballeur devient rapidement un présumé coupable; le nom de Rey est balancé aux médias qui comptent en Valais, et de présumé innocent, Ignace devient un condamné en puissance.

Je fais ici une pause, que d’aucuns critiqueront, mais qui me tient à coeur. Le Valais a fait beaucoup plus fort que la Suisse, puisque le procureur, avant même le premier mot prononcé par le prévenu menotté, est entré dans une colère rouge, hurlant dans la salle d’audience que l’homme à abattre était un menteur, « un menteur », « un menteur », parce qu’à la première question la pupille de son oeil droit avait fait un  mouvement vers le haut. Tout était dit.

Dans les deux affaires, ce qui a été décisif, outrageusement décisif, fut la construction de l’interprétation des pièces savamment découvertes. Le scénario devant aboutir à la construction de la culpabilité des deux méchants pouvait faire fi de la réalité des faits. Ici, les paroles des parties étaient assimilées à des mensonges de circonstances, les documents signés par la FIFA et l’ancien joueur à des modalités astucieuses de tromperie; là, les mis en examen devenaient des menteurs avant même un souffle dans la voix, les documents signés par la CRPE et l’ancien secrétaire fédératif constituaient des faux, puis des pièces à ignorer, puis enfin des pièces non lues.

Ce qui a rendu les gens fous, peut-être par jalousies inconscientes, fut dans les deux situations des sommes jugées astronomiques par les citoyens ordinaires, un peu moins de deux millions dans le premier cas, un peu plus de deux millions dans le second.

Dans les deux affaires, l’instruction était menée à charge, les preuves pouvant aller en faveur des ciblés étaient mises de côté, pas lues ou, plus graves, retournées faussement contre les présumés coupables.

Dans les deux affaires, le ministère public eut la main lourde : 20 mois contre Platini, six ans contre Rey, la différence des sanctions requises pouvant s’expliquer par le fait que la FIFA est une association de droit privé, et la CRPE un établissement de droit public.

Dans les deux affaires, la presse eut un rôle décisif à des moments-clefs et a créé, peut-être à l’insu de son plein gré, deux coupables boucs-émissaires.

Dans les deux affaires enfin, les parties civiles furent les miroirs glaçants des prétendus défenseurs de la société, les procureurs.

On dira aussi que dans les deux affaires les destins des membres du parquet ne furent pas des plus heureux.

La question devient aujourd’hui celle-ci : la comparaison s’achèvera-t-elle au moment du verdict du 8 juillet 2022 ? Un acquittement pour Michel Platini, une condamnation exécutoire à plus de quatre ans de prison pour Ignace Rey ?

Ceux qui voudront considérer cet article comme un simple exercice de style hésiteront à trop le penser ainsi lorsqu’ils sauront que les deux personnages clefs de ces deux affaires sont deux Viégeois, Wilhelm Schnyder, président de la CRPE, et … Sepp Blatter, président de la FIFA, deux inimitables slalomeurs.

Un grand bonjour à tous les skieurs, champions de ski parallèle.

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Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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