Deux coeurs pour une bête. Miquel de Palol ou l’urgence de la poésie
13 juillet 2022
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Convoquant en préface Flaubert, « où la vanité s’amuse », et Bob Dylan, « I treated her like a fool », Miquel de Palol signe un magnifique poème « deux coeurs pour une bête » publié chez Jacques André Editeur dans une traduction de François-Michel Durazzo.
Architecte de formation, l’auteur catalan a choisi le monde des lettres. Romancier à succès avec « Le Jardin des Sept Crépuscules », une cathédrale tentaculaire formée de centaines de personnages et de nouvelles enchevêtrées, Miquel de Palol est aussi un essayiste et un chroniqueur politique réputé. Amoureux de Jean-Sébastien Bach et de la musique classique, de toutes les formes d’art, le Catalan est peut-être et surtout un poète.
Un mot d’abord pour Jacques André éditeur qui a eu l’excellence de faire traduire Dos Cors per una Bestia par le traducteur qui suit les traces de Miquel de Palol depuis de nombreuses années, ajoutant ainsi un titre d’un auteur réputé à sa collection de livres de poésie, tels Caresser la mer de Stéfan Causse ou Lumière du silence de Jean Poncet. En ces temps de bling bling et de Culture Digest, cet effort dans l’édition mérite une vraie reconnaissance.
Deux coeurs pour une bête est un poème magnifique.
J’avais perdu la poésie. J’y étais revenu il y a quelque vingt ans en relisant entre autres Les Fleurs du Mal de Baudelaire, cité en postface. Et j’ai ressenti, dès les premières lignes, la même urgence de lecture, le même réel transfiguré, la même passion ténébreuse, une symbolique voisine et cet effet de tête posée sur le billot de la vie « pour recevoir la hâche ».
Qu’est-ce qu’au fond la poésie ? C’est le réel de la vie mis en mots d’une manière si franche que le temps de l’instant nous capture dans l’éternité.
Tous les amoureux d’aujourd’hui et d’hier se reconnaîtront peu ou prou dans la dureté du langage palolien.
« Ce n’est qu’un poème. »
Car le doute, pour les poètes,
les philosophes jamais ne sera
celui de l’honnête prochain; ce poison
t’as déjà atteint, avec son air de désir
et la couleur folle de la joie
des criminels.
L’amour est une tricherie.
L’union de deux coeurs est pour Miquel de Palol une impossibilité, tout au plus une fulgurance qui se dénoue dans une déchirure de souffrance et d’amertume.
Au fond de moi, je devine, mais je peux me tromper comme l’amour est trompeur, que le rire de l’autre a pu déclencher à la fin ce torrent de mots transformé en un poème inoubliable. Miquel de Palol a été l’amoureux de ce rire.
L’acte d’amour n’est jamais gratuit.
Si bien que cette folie
devient la vérité nocturne,
celle qui te fait si mal
dont tu n’oses pas douter.
Des nuages théâtraux s’ouvrent
pour laisser se montrer les étoiles
au fond du ciel illuminé.
L’amour, d’ici et d’ailleurs, est déchirant et inoubliable.