Joël Jenzer. Le garçon qui ne prenait jamais de but

14 octobre 2023

Référence :

Joël Jenzer, Le garçon qui ne prenait jamais de but, Slatkine, 2022, 115 pages.

Johan Cruyff, le Catalan des Pays-Bas, l’a dit : « Jouer au football est simple, mais jouer simplement au football est la chose la plus difficile qui soit ». Joël Jenzer, moins doué que notre idole avec le ballon, transforme ce sport qu’il chérit en littérature et avoue par cette citation introductive qu’il sait que faire un livre, c’est simple, mais écrire simplement est la chose la plus difficile qui soit.

Le foot comme la littérature c’est affaire de technique un peu, mais surtout pour les passionnés affaire d’émotion. Ce match qui bascule à la dernière seconde, ce soir où dans ma chambre à coucher ma fille et moi avions assisté au dernier but du FC Barcelone éliminant le PSG par la grâce d’une illumination de Neymar conclue par Sergio Roberto, saisit notre corps et notre esprit qui oublie l’obscur de la chose, le fric, la tricherie, les fautes d’arbitrage et les coups bas. Cette émotion incandescente que les fans de foot ont tous connue, par exemple Alexandre Rey et David Orlando en finale de coupe de Suisse contre Young Boys, Joël Jenzer la recrée de flamboyante manière par la grâce de la littérature. Les pleurs des Hollandais volants de 1974 et 1978 sont recréés non pas par une défaite sportive imméritée, mais par Lisa qui a quitté la loge f’Anfield Road à Liverpool pour nous transporter sur une plage de sable littéraire.

Un but encaissé peut être un acte d’amour.

Les amoureux du foot anglais et catalan croiront en me lisant que ce livre est destiné aux amateurs de foot. Mais, ce faisant, ils se font berner par cette critique qui cache ce qu’elle ne veut pas révéler, et qui pourrait être assimilée à une histoire d’amour jamais écrite.

Joël Jenzer, dans ce petit livre édité par Slatkine mais qui s’inscrit clairement dans la collection Uppercut de BSN Press, fait vibrer sur un mode de fantaisie chère à la maison Okama, des mots qui s’inscrivent dans le champ non pas de ces collections concurrentes, mais dans celui de la douceur, de la tendresse et de l’amour des mots, chers à ces trois éditeurs. Nous entrons dans ce livre avec Ray Clemence, le gardien mythique de Liverpool, que l’auteur n’a pas craint de mettre sur le banc au coup d’envoi, et au coup de sifflet final, le jour de la mort de Elvis Presley, nous, lecteurs, nous bénissons en pensée Mozart pour son requiem.

Mais, putain, que serait le monde d’aujourd’hui si Cruyff avait été écrivain ? Question d’un cerveau malade ? Pas si sûr, mes amis !

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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