
(Un grand merci à celle qui m’a mis sur la piste de ce sujet … passionnant)
Un État voyou à l’ère numérique
On connaît la Corée du Nord pour ses parades militaires, ses missiles mal peints et ses discours hallucinés. Mais le vrai arsenal, celui qui rapporte des milliards, n’est pas dans les bunkers : il est dans les claviers.
Sous la houlette du Bureau 121, division du renseignement militaire, des milliers de jeunes formés dès l’université Kim Il-sung ou Kim Chaek sont recrutés pour devenir soldats d’un nouveau genre : les cyber-guerriers.
Braquages planétaires : le jackpot numérique
En 2016, Pyongyang ose l’impensable : un casse à la Bangladesh Bank via le réseau SWIFT. Objectif : 1 milliard de dollars. Résultat : 81 millions envolés vers des casinos aux Philippines. La signature du gang Lazarus.
Depuis, la liste ressemble à un palmarès de hold-up mondialisés :
- 2019 : 42 millions USD d’ethers siphonnés d’une plateforme sud-coréenne.
- 2022 : le casse du siècle, 620 millions USD dérobés à Ronin (Axie Infinity).
- 2023-2025 : attaques en série contre des banques chiliennes, indiennes, vietnamiennes et sud-coréennes.
- Selon le lanceur d’alerte ZachXBT(Nouvelle fenêtre), le groupe de hackers Lazarus, lié à la Corée du Nord, est à l’origine de cette cyberattaque le 24 février 2025 portant sur la somme de 1,5 milliard de dollars sur la plateforme BYBIT.
À chaque fois, les enquêteurs trouvent les mêmes traces : un code, un serveur, une IP rattachée au royaume ermite.
Crypto : le carburant nucléaire
Pyongyang n’attaque pas pour le plaisir. Les milliards volés financent les programmes d’armes nucléaires et balistiques.
La CIA, l’ONU et même les services sud-coréens le disent : la cryptomonnaie volée est convertie via des mixers, des prête-noms chinois, des plateformes de DeFi, puis réinjectée dans les circuits du régime. En clair : chaque missile testé à la mer du Japon pourrait bien être payé par un compte bancaire vidé à Séoul, Santiago ou Genève.
Les victimes symboliques : quand BTS passe à la caisse
Même les icônes sud-coréennes ne sont pas à l’abri. En 2025, une tentative vise directement Jungkook (BTS). Des hackers essayent de subtiliser ses actions HYBE, valeur estimée à 8,4 milliards de wons (≈ 6 millions USD). Grâce au gel rapide du compte, le coup échoue. Mais le message est clair : personne n’est intouchable.
L’art du phishing patriotique
Le génie nord-coréen est cynique. Fausse offre d’emploi à 200’000 dollars l’année pour un développeur blockchain, email piégé d’un faux investisseur, SMS frauduleux liés à une carte SIM clonée : tout est bon pour accéder aux identifiants bancaires.
Les cibles ? Banques, entreprises crypto, mais aussi particuliers fortunés. Derrière chaque clic malheureux, un Kim Jong-un hilare qui alimente son budget militaire.
Quand la communauté internationale joue à l’autruche
Sanctions de l’ONU, avis d’Interpol, saisies d’avoirs… Résultat ? Zéro effet. La Corée du Nord n’exporte rien, ne vend rien, mais elle pirate tout. Et ses hackers, installés en Chine, en Malaisie ou en Russie, sont protégés par des alliés complaisants.
Conclusion : une guerre froide 2.0
Pyongyang n’a pas besoin d’envahir Séoul. Elle le vide déjà de ses comptes bancaires.
Le cyberespace est son champ de bataille, les banques et plateformes crypto ses champs de pétrole.
On peut rire des missiles en carton de ses défilés militaires. On rira beaucoup moins le jour où l’on se rendra compte que le banquier de Kim n’est autre que nous-mêmes, à travers nos failles numériques.