DIPLOMATIE. LES OMBRES DE LA JALOUSIE

5 octobre 2025


Il est des âmes que la lumière irrite. Dans un canton où tout se sait, où les carrières se mesurent souvent à la longueur des rumeurs, un homme a choisi de ne pas rester à sa place. D’aucuns le disaient trop simple, trop discret, trop peu préparé pour un destin de grandeur, trop peu éduqué. Pourtant, porté par une force obstinée, il a franchi les frontières, appris les langues du monde, écouté son époque mieux que tous ceux qui prétendaient la comprendre. Et le voilà, désormais, diplomate international. L’enfant de la rue et de la fonte, celui qu’on croisait jadis sans le voir, représente aujourd’hui plus que lui-même : il incarne la possibilité d’un dépassement.

Mais dans l’ombre de cette ascension, les cœurs étroits s’agitent. On feint l’indifférence, on distribue des sourires amers, on épie le moindre faux pas. La province a sa manière de punir ceux qui s’élèvent : non pas par la violence, mais par l’ironie, par la petite phrase, par le soupir jaloux, par des mots dictés par la petitesse. Car rien ne blesse davantage les médiocres que la réussite d’un semblable. Et lorsque cette réussite n’est due ni aux relations ni à la fortune, mais à la seule volonté, elle devient insupportable.
Lui, pourtant, ne s’en offusque plus. Du haut de ses nouvelles responsabilités, il observe les siens avec une forme de compassion. La jalousie, il l’a comprise : elle n’est que la souffrance de ceux qui se sentent laissés en arrière. Elle se nourrit du regret, du renoncement, de ce mélange d’envie et de honte qui brûle les cœurs impuissants. Jalouser, c’est tourner la lame contre soi. C’est avouer, sans le dire, que l’autre a eu le courage qu’on n’a pas trouvé.
Ce diplomate ne porte pas sa réussite comme un trophée. Il sait d’où il vient, et c’est peut-être ce qui lui permet de ne pas mépriser ceux qui le jalousent. Il garde la mémoire de la poussière des routes, des soirs d’étude à la lumière froide, des doutes qu’il a dû dompter un à un., des attaques perfides et des jugements hâtifs. Alors, il laisse les envieux à leurs murmures. Il comprend que la vraie noblesse consiste moins à être admiré qu’à ne pas haïr en retour.
La jalousie, lorsqu’elle s’installe dans une communauté, ronge les fondations mêmes de la joie. Elle transforme les conversations en tribunaux, les regards en flèches, les félicitations en soupçons. Mais le temps finit toujours par révéler la vérité : celui qui agit est libre ; celui qui juge est prisonnier de lui-même.

Et dans cette ville où les langues se délient plus vite que les esprits, un homme continue de sourire. Non par orgueil, mais parce qu’il a compris que sa plus belle victoire n’est pas d’avoir réussi, mais d’avoir cessé d’envier.

Et c’est en souriant à son voisin de tablée qu’il croque dans son petit pain au lait, feignant de ne pas avoir entendu ce mot de trop prononcé par cet homme au béret si mal porté.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

One thought on “DIPLOMATIE. LES OMBRES DE LA JALOUSIE”
  1. Apotres du chaos ; de qui profite ce crime ?
    Defiance que guerre s y glisse …
    Mort argentiere de personnages perfides !
    Narcissiques imbeciles qui niquent ! Pique nique diabolique ! Qui est ce diable ?
    Justice !

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