ROLLAND COURBIS EST MORT

12 janvier 2026

Roland Courbis, figure aussi charismatique qu’insoumise du football français, vient de s’éteindre — emportant avec lui un pan entier de ce football à la fois populaire, romanesque et terriblement humain qu’il incarnait mieux que quiconque.

Roland Courbis a été peut-être le dernier des baroudeurs du football français. Il avait la gouaille de Marseille, l’esprit de la rue et la science du ballon. Roland Courbis n’était pas seulement un entraîneur : il était un conteur, un bateleur de vestiaire, un stratège intuitif et une voix qui donnait au football français ce parfum de vécu et de vérité qui manque tant aujourd’hui. À 70 ans passés, “Roro la science” — comme l’appelaient affectueusement ses fans — s’en est allé, laissant derrière lui une carrière bigarrée, marquée par des coups d’éclat, des polémiques et des phrases restées dans la mémoire collective.

Né à Marseille, joueur avant tout, Courbis connut une honnête carrière de défenseur avant de s’imposer sur les bancs. Mais c’est en entraîneur qu’il forgea sa légende : Montpellier, Bordeaux, l’OM — son OM, celui des rêves un peu fous et des tempêtes médiatiques — furent les scènes de son théâtre. Il vivait le football comme d’autres vivent le tragique, avec passion, excès et panache.

Maître du “coaching à l’instinct”, Courbis ne se revendiquait ni philosophe ni théoricien. Il préférait parler “réalisme”, “situation”, et surtout “hommes”. Son franc-parler légendaire, souvent irrésistible, fit de lui une figure de radio incontournable. Derrière ses formules taillées dans la tchatche marseillaise, une vraie finesse de lecture subsistait, celle d’un homme qui connaissait par cœur à la fois les vestiaires et les rouages psychologiques du jeu.

Son héritage tient autant à ses résultats qu’à son personnage. Il aura traversé quatre décennies de football français en refusant la tiédeur : entraîneur de tempérament, consultant à la verve inimitable, il aura donné à son sport une voix populaire, spontanée, et surtout libre. Libre comme il l’aura toujours été, sur comme hors du terrain.

Aujourd’hui, le football français perd un de ses conteurs les plus singuliers — un baroudeur du verbe et du jeu, un homme qui n’avait jamais cessé de croire que, dans le foot comme dans la vie, l’improvisation pouvait être une forme d’art.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.