
(PAR RAYMOND LORÉTAN)
« Tout ce qui est exagéré devient insignifiant. » — Talleyrand
C’est la première pensée qui vient à l’esprit en lisant la newsletter de l’UDC accusant le conseiller fédéral Ignazio Cassis de « détruire la Suisse » et sa neutralité.
Réflexion faite, pourtant, il ne faut pas laisser passer ce type de campagne. Elle est habile. Elle prépare déjà le terrain pour la votation sur l’initiative dite de neutralité qui aura lieu dans quelques mois. Et sa grande force est souvent le silence de ceux qui pensent autrement.
Critiquer la politique européenne du Conseil fédéral est parfaitement légitime. Mais transformer ce débat en procès d’intention contre un conseiller fédéral n’élève pas la discussion et affaiblit inutilement la confiance dans nos institutions.
Sur le fond, il faut aussi rappeler quelques faits. La neutralité suisse n’a jamais été synonyme d’isolement. Elle n’a jamais empêché la Suisse de coopérer avec ses partenaires, de participer à des missions de paix ou de défendre le droit international. C’est même cette neutralité active et crédible qui a fait la force et la réputation de notre pays.
Le paradoxe est ailleurs : en voulant figer la neutralité dans un texte rigide et idéologique, l’initiative risque précisément d’affaiblir la diplomatie suisse et de réduire notre capacité d’action dans un monde instable.
La neutralité n’est pas un slogan politique. C’est un outil de politique extérieure, fondé sur le pragmatisme et la liberté d’appréciation.
Le débat aura lieu, et c’est très bien. Mais il mérite mieux que des caricatures. Car au fond, la neutralité suisse a toujours été forte lorsqu’elle servait la liberté d’action de notre pays et non lorsqu’elle devenait un instrument de politique intérieure. Ma
N’a-t-il pas été à Lisbonne pour le Bilderberg en 2023 ?