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La folie est un souffle qui s’échappe d’une crevasse. Mon mur à moi est impénétrable. Je semble normal derrière mon bureau. Ma parole est un monologue qui s’étire derrière les barreaux d’une cage. Je suis tour à tour ravisseur et otage. Je suis le Syndrome de Stockholm dans une maison aux volets bleus, avec vue sur la mer. Je ne suis pas fou. Je me sens étourdi comme après un réveil brutal, dans la brume épaisse d’un rêve étrange et poisseux qui s’étale aux pieds de mon lit. Une sorte de radeau à la dérive bercé par l’écume salée de l’isolement. Et pris de vertige par un immense sentiment de liberté. Je me réveille lentement.

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Note: Pour faire suite à l’annonce de Stéphane Riand, je me lance dans l’écriture de… je ne sais pas encore… j’espère pondre un livre,  une nouvelle… que sais-je ? Merci d’avance aux lecteurs de me lire et de critiquer mon travail.

Double-Face

L’utilisation de l’adjectif positif est sans nul doute l’attribut qui témoigne le plus de la traîtrise intellectuelle de notre époque. En effet, la supercherie qui consiste à imputer une dualité systématique aux principes conceptuels, parfois force de loi ou de valeur, démontre l’omniprésente influence du manichéisme dans nos sociétés, comme si les débats ne pouvaient que s’exprimer au travers d’un duel de yin et de yang.

La Notte

La pluie s’écrase sur la vitre du bus. La ville défile dégoulinante sur le bitume trempé et se raccroche aux fils de lumière. La cabine sent le mouillé et la fatigue, la nuit s’ébroue dans le ciel et le car file vers les cavernes habitées. J. enfonce un peu plus les écouteurs dans ses oreilles. La musique au lieu du bourdonnement d’une vieille carcasse. Des graves qui tirent vers le bas, comme une ancre coulée dans la lassitude.

Chroniques d’un Misanthrope : le Dîner

Je suis encore en retard. La perspective d’un dîner avec un ami et sa nouvelle copine ne m’enchante guère. J’ai traîné des pieds toute la journée. J’ai fait quelques siestes pour me mettre en retard volontairement. Je souhaite être ailleurs, mais les liens amicaux tissés depuis plusieurs années me ramènent à la raison, aux fondamentaux mêmes des conventions sociales élémentaires : l’écoute, le partage et l’attention. La trinité de l’hypocrisie. La révérance au clan. Je peux être un bon petit soldat. Inspirer, expirer. Ce sera peut-être un grand soir, qui sait ? Je sonne.

Merci pour ce moment

Une femme écrit et on se déchaîne. Moi qui croyait les liens brisés ou d’une extrême fragilité, voilà qu’on lapide Valérie. Non pas avec des pierres – on laisse cela aux instincts caverneux – mais avec le mépris d’une civilisation obséquieuse. On juge l’intéressement et l’avidité. La bassesse d’une privilégiée qui tire vers elle les derniers revenus d’une position déchue, avant que ces gens-là ne l’oublient, comme sa fugace jeunesse dans les limbes d’un cabinet de chirurgie. Oubliée dans un tiroir avec des couteaux sales. Une vie qui sent le sapin, dont il ne reste plus qu’un lambeau d’honneur qu’il fallait jeter à la face du monde : cette fosse aux lions de notre humanité. Sur l’autel de notre animalité.

Béatitudes

En ce jour de Pentecôte, célébration chrétienne de la venue du Saint Esprit sur les Apôtres, et à 4 jours de la fête païenne de la FIFA, accueillez ces petites langues de feu sur votre chemin de vie:

À propos d’ « L »

Elle vient de fêter ses trente-cinq ans. Son nom se termine par un crépuscule. Elle fait des études de commerce et elle est un modèle d’intégration. Toujours discrète, toujours souriante. On l’invite à des fêtes et à des anniversaires. Elle est de bonne compagnie. Toujours un mot gentil. Toujours bien habillée et élégante. À l’école, elle est silencieuse. Studieuse. Elle se donne beaucoup de peine et travaille un peu plus que les autres. Elle angoisse souvent pendant la nuit et a le sommeil léger. Pas vraiment sportive, elle a le goût de l’effort. Elle pratique le ski pour faire comme les copines. Même si elle préfère la chaleur du sable et la fraîcheur de la mer. Même si elle n’est pas agile et qu’elle a peur. Elle fait tout comme il faut. Comme dans les manuels. Comme ses parents.