10 humains pour un bovin

Tout près de nous, à portée de mémoire, il y a eu le Sida. Les premiers morts officiels étaient homosexuels, et l’opinion publique – celle qui n’engage à rien – s’est laissée aller à dire plus ou moins doucement qu’on n’allait pas faire une histoire d’une punition de pédés. La punition n’avait pas vraiment l’air divine, mais on n’en était pas loin et on s’accommodait assez bien de cette fatalité-là. Rien à foutre d’une maladie qui élimine ce qui ne devrait pas être, puisqu’immoral, dissolu et tellement contre la volonté d’un Dieu qui n’a pas de la vie sexuelle.

Commerce et trafic

Un trafiquant de drogue est un commerçant dont le buisines est illégal. Quand la marijuana devient légale, le trafiquant devient commerçant, il paye des impôts sur ses bénéfices et devient fréquentable. Les banquiers, qui le connaissent depuis longtemps (ils ont recyclé les millions du trafic d’antan), arrangent de bons mariages entre rejetons fortunés et jouent au golf dans le même club. Ce beau monde a sans doute les mêmes bonnes œuvres.

Les riches et les pères-noël sont des ordures

Paris a ses arrondissements et ses banlieues. Les frontières y sont spacialement discrètes et symboliquement violentes : Sa Majesté Le Périphérique sépare les « vrais parisiens » des un peu moins vrais et les logiques de classe se lisent selon que l’on est du 16e ou du 20e. Paris s’est tragiquement gentrifié depuis 30 ans, mais des pauvres continuent d’y vivre, assez mal d’ailleurs. Entre le premier janvier et le 14 mars 2016, 21 personnes sont mortes dans la rue, faute d’hébergement.

Les riches et les pères-noël sont des ordures

Paris a ses arrondissements et ses banlieues. Les frontières y sont spacialement discrètes et symboliquement violentes : Sa Majesté Le Périphérique sépare les « vrais parisiens » des un peu moins vrais et les logiques de classe se lisent selon que l’on est du 16e ou du 20e. Paris s’est tragiquement gentrifié depuis 30 ans, mais des pauvres continuent d’y vivre, assez mal d’ailleurs. Entre le premier janvier et le 14 mars 2016, 21 personnes sont mortes dans la rue, faute d’hébergement.

Scélératesse et célérité

Le lapsus dit ce que l’on voudrait taire. Quand Frank Bascombe[1] dit à son ex-femme que leur fils « est en rut » au lieu de prononcer distinctement que ce dernier « est en route », Frank énonce, à l’insu de son plein gré, ce qu’il pense de son fils : ce petit crétin est un consommateur frénétique de femmes. Ann (l’ex) ne relève même pas, tant le lapsus dit ce que les deux savent bien.

Petite sidération valaisanne

Machiavel nous l’avait bien dit : le pouvoir n’a pas d’autre fin que lui-même. L’accumulation du fric n’est que secondaire, la gloriole des falbalas honorifiques n’est que décorative. L’essentiel étant d’être là où se distribuent quelques prébendes et de le rester. Minuscule jouissance sans doute, mais quasi universelle. Un Tornay gagne peut-être moins qu’un Giroud mais, dans la hiérarchie des truands politiques et économiques, le politicien compte double parce qu’il tient sa place par la volonté de ses électeurs. Il y a des jours où la démocratie est la preuve absolue de l’impuissance humaine à dépasser l’irrévocable bêtise.

Qu’elle était verte ma vallée

Cette année finissante se pare des reliques écologistes. Les puissances discutent de la mort de l’humanité sur le ton habituel et badin du chacun pour soi et dieu pour tous, avec la conviction que les pauvres crèveront heureusement en premier. Le champion de la énième trahison socialiste, Normal premier, volète d’un mensonge à l’autre avec cet air replet du courtisan-courtisé qui lui va si bien. Nicoléon la faisait à l’agitation frénétique, Normal nous la joue à l’endormissement armé. Citoyens, ayez la trouille, de Daech et des CRS. Vos nuits et vos jours sont en état d’urgence et faites silence dans vos barres HLM ou vos pavillons préfabriqués.

Arithmétique et géométrie politique

En Suisse l’extrême droite du centre pèse 30%. Il faut s’en accommoder et c’est assez pénible, même si ce n’est jamais que la chronique d’une histoire annoncée. Notre petitesse nationale ne se mesure pas seulement en kilomètres carrés, elle se révèle dans des pratiques de pleutres et des attitudes d’avares. « Pas de sous, pas de Suisses » disaient les rois de France qui faisaient cyniquement leur marché de mercenaires aux bras noueux. Le mercenariat n’a plus la cote dans nos paroisses, et c’est heureux.

Il y a eu des enfances sanguinaires et haineuses

Il y a longtemps que l’on bourre le crâne des enfants. Entre 1914 et 1918, les écoles, de la maternelle au certificat d’études, ont travaillé à la fabrication de futurs soldats, main dans la main avec les publications destinées à la jeunesse. En Allemagne, en France, en Autriche et en Angleterre. Le tout au nom respectivement de la Kultur germanique, de la civilisation française ou de la race britannique. L’autre étant le barbare, tandis que les « nôtres » menaient une guerre civilisatrice au nom de l’humanité.

Remettez-nous une brassée d’impunité

On connaît assez bien la justice des vainqueurs, ils font la loi, jugent et condamnent selon leurs intérêts. Vieille histoire et tristes horizons des humains. La vérité, leur vérité, est un rapport de force que l’on décore parfois avec des dorures démocratiques. Les grecs se sont fait entuber par les liquidités qu’on leur a refusées et l’austérité qu’on leur a imposée. Si l’on alignait les corps des enfants morts de misère sur les plages germanisées et privées, peut-être aurions-nous un semblant d’élan compassionnel et reconnaitrait-on une petite filiation entre les austères privations médicales et la mortalité infantile chez les Hellènes.

Einstein était un socialiste révolutionnaire

Comme génie de la physique, il était « inexpulsable ». Comme célébrité utile, il était « inassassinable ». Un peu comme ces banques qui sont trop grandes pour tomber. Son dossier au FBI pesait 1800 pages, et Edgar Hoover le considérait comme un danger politique. Dans ces « Etats unis d’Amérique du nord dont la capitale est Washington » où l’on résout assez souvent la question politique par l’élimination physique, Einstein n’a pas été truffé de plomb pour sympathie communiste.

Un hôpital-usine, mais avec de la tendresse

Le Monde est un journal conservateur, il n’est pas sarkozyste, surtout depuis que ce rigolo présidentiel a fait fliquer les téléphones de ses enquêteurs dans l’affaire d’une milliardaire un rien affaiblie. C’est un journal foncièrement embourgeoisé, mais pas aussi ridicule que Le Temps comme soutien inconditionnel du néolibéralisme. Ces Messieurs du Monde, qui sont parfois des Dames, tiennent à leur réputation d’honnêtes gens, ils se risquent, de temps en temps, à dire des choses qui dérangent, mais avec une politesse très bien mise et cultivée. Ces derniers mois, ils et elles traitent avec une obsessionnelle constance Varoufakis et Tsipras comme des gamins irrespectueux et mal élevés, les communistes comme des attardés et les cégétistes comme des rustres isolés. Au Monde on sort des mêmes écoles que les gouvernants, et on a tenu à bonne distance les trop à gauche depuis la nuit des temps.

Partenariat privé-public, encore une arnaque

Le capitalisme accumule du profit et organise sa confiscation par quelques uns, qui sont parfois quelques unes. La richesse ne ruisselle pas du sommet de la pyramide sociale jusqu’à sa base par gravitation, l’argent reste au sommet et la légende de la redistribution ne tient que par l’effort opiniâtre des chiens de garde médiatiques et la complicité niaise des petits bourgeois qui jouent dans la cour des grands. Petit bourgeois pourtant ne devient jamais grand, ou si rarement…

Et tout restera pareil, sans un semblant de changement

Le Valais aura un « Conseil supérieur de la magistrature » quand on sera sûr de l’allégeance de nominés (et il est probablement inutile de les mentionner avec une possible féminisation). Ce canton pensera à se doter d’une « Assemblée constituante » quand on aura la certitude qu’elle ne touchera à rien de ce qui fait le charme désuet des magouilles usuelles.

La méfiance généralisée et les lendemains tristes

Jean Furtos disait que la pauvreté c’est quand on a peu et que la précarité c’est quand on a peur. C’est assez juste. La société du « précariat » est une rutilante machine a fabriquer de la trouille. Et le Valais, très catholique, trépassera sous les hordes musulmanes, et l’on confondra les sœurs du sacré cœur avec les porteuses de bombes voilées du djihad, tandis que les minarets prolifèreront sur les décombres des clochers… Ces peurs idiotes ont l’incroyable puissance des délires collectifs.

Des milliers de milliards de dollars et des millions de couillons

Ces derniers temps, les dettes publiques et les fraudes fiscales se balbutient en milliards de dollars, en milliards d’euros ou en milliards de francs suisses. Les néolibéraux traitent la dette publique comme un danger planétaire et considèrent la fraude fiscale comme une peccadille. Les endettés sont soumis à la menace de représailles, contraints à l’austérité et leurs biens publics sont bradés sur le marché des banquiers. Les fraudeurs, quand un tiers a fait un travail d’enquête que les autorités fiscales ont bâclé, font l’objet d’une légère réprimande, on leur propose un arrangement à l’amiable et on les amnistie. Il est assez curieux de constater que souvent le montant de la dette est assez semblable au montant de la fraude. Par une incohérence spécifique au capitalisme, on voit même les banquiers spéculer sur l’insolvabilité des finances publiques, alors que ces individus ont, comme vertu première, de pomper l’argent public quand ils frisent la faillite, de se refaire une santé en prêtant l’argent qu’on leur a donné à des pays qu’ils mettent en difficulté en planquant l’argent de ceux qui ne veulent pas contribuer au ménage commun. C’est un peu vertigineux de connerie.

Les Grecs ont « désobscurci » le ciel politique

En Grèce, l’austérité imposée par la troïka a détruit tout ce qui fait société, beaucoup n’ont plus de travail, de nombreux enfants sont déscolarisés, les soins médicaux sont hors de portée de la majorité de la population, les retraités n’ont plus de quoi vivre et les jeunes ne pensent qu’à la nécessité d’émigrer. Un Etat européen voit s’installer une dénutrition de masse, pendant que les spéculateurs charognards achètent les ports, les aéroports, les plages, les musées, les vestiges archéologiques et les services publics. La privatisation obligée de ces derniers les rend inaccessibles pour le commun des mortels avec les conséquences sociales que l’on peut difficilement ignorer. Sur cette misère, a grandi le fascisme d’Aube dorée, qui distribue des aumônes alimentaires aux Grecs de souche et organise des chasses à l’étranger.

Il est interdit de nourrir les pigeons et les pauvres

Saint-Ouen est une ville célèbre pour son marché aux puces où l’on ne chine pas à deux euros les colifichets de grand-mère. Les dernières municipales l’ont politisée à droite, et les droitiers n’aiment ni les mendiants, ni les sans-domicile-fixe, ni les pauvres en général, c’est une généralité européenne. Les socialo-libéraux se retiennent encore de le dire trop fort, mais ils n’en pensent pas moins. Se prépare une sorte de solution finale contre la pauvreté, qui tend à devenir une élimination des pauvres par ostracisme, dans un premier temps on leur interdit le centre ville, puis on sature les foyers d’urgence et, dans le même mouvement, on criminalise la mendicité.