Lecture

 

OEUVRES DE GUY DEBORD 

 
Je ne suis aujourd’hui qu’un messager de la parole de Guy Debord (Commentaires sur la société du spectacle) : »Il est permis de changer du tout au tout le passé de quelqu’un, de le modifier radicalement, de le recréer dans le style des procès ce Moscou; et sans qu’il soit même nécessaire de recourir aux lourdeurs d’un procès. On peut tuer à moindres frais.
 Les faux témoins, peut-être maladroits – mais quelle capacité de sentir cette maladresse pourrait-elle rester aux spectateurs qui seront témoins des exploits de ces faux témoins ? – et les faux documents, toujours excellents, ne peuvent manquer à ceux qui gouvernent le spectaculaire intégré, ou à leurs amis. Il n’est donc plus possible de croire, sur personne, rien de ce qui n’a pas été connu par soi-même, et directement. Mais, en fait, on n’a même plus très souvent le besoin d’accuser faussement quelqu’un. Dès lors que l’on détient le mécanisme commandant la seule vérification sociale qui se fait pleinement et universellement reconnaître, on dit ce qu’on veut. Le mouvement de la démonstration spectaculaire se prouve simplement en marchant en rond : en revenant, en se répétant, en continuant d’affirmer sur l’unique terrain où réside désormais ce qui peut s’affirmer publiquement, et se faire croire, puisque c’est de cela seulement que tout le monde sera témoin. L’autorité spectaculaire peut également nier n’importe quoi, une fois, trois fois, et dire qu’elle n’en parlera plus, et parler d’autre chose; sachant bien qu’elle ne risque plus aucune riposte sur son propre terrain, ni sur un autre. Car il n’existe plus d’agora, de communauté générale; ni même de communautés restreintes à des corps intermédiaires ou à des institutions autonomes, à des salons ou à des cafés, aux travailleurs d’une seule entreprise; nulle place où le débat sur les vérités qui concernent ceux qui sont là puisse s’affranchir durablement de l’écrasante présence du discours médiatique, et des différentes forces organisées pour le relayer. Il n’existe plus maintenant de jugement, garanti relativement indépendant, de ceux qui constituaient le monde savant; de ceux par exemple qui, autrefois, plaçaient leur fierté dans une capacité de vérification, de croire au moins qu’elle méritait d’être connue. Il n’y a même plus de vérité bibliographique incontestable, et les résumés informatisés des fichiers des bibliothèques nationales pourront en supprimer d’autant mieux les traces. ON s’égarerait en pensant à ce que furent naguère des magistrats, des médecins, des historiens, et aux obligations impératives qu’ils se reconnaissaient, souvent, dans les limites de leurs compétences : les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père.

Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses.
On croyait savoir que l’histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu’elle disparaît du monde avec elle.
Il faut pourtant ajouter, à cette liste des triomphes du pouvoir, un résultat pour lui négatif : un Etat, dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances théoriques, ne peut plus être conduit stratégiquement ».
Guy Debord, par son style, le contenu de sa parole, ses actes posés dans la vie réelle, la précision de ses écrits et la majesté de ses amitiés est un guide, au-delà du révolutionnaire, du situationniste, du cinéaste, du lettriste, du critique flamboyant du spectacle de la société et du combattant de Mai 68 qu’il fut. 

2000 pages, c’est pas rien. Mais la lecture de ce critique libertaire fut remplie de moments magnifiques. A ne pas mettre entre des mains paresseuses, conservatrices, bureaucratiques ou capitalistes ! 

Stéphane RIAND 

 Guy DEBORD, Oeuvres, Quarto Gallimard, 2006, 1903 p.  

Alain Badiou

LA RELATION ENIGMATIQUE ENTRE PHILOSOPHIE ET POLITIQUE� 

A une heure télévisuelle de grande écoute, le penseur de Sarkozy, Alain Minc, a qualifié récemment Alain Badiou de bouffon, de rigolo et de farceur (« un génial farceur », « un farceur sans intérêt »). A lire le dernier opuscule du mathématicien et philosophe lacanien, professeur à l’Ecole Normale Supérieure, on peut comprendre l’ire des hommes au pouvoir, des bureaucrates et de tous les filous du capitalisme : Badiou est un corrupteur qui enseigne « la possibilité de refuser toute soumission aveugle aux opinions établies ». Et ça donne, en peu de pages, de l’air à la liberté de penser, des poumons à l’inséparation des « révoltes logiques » et un cœur à l’extension du champ des possibles génériques (« Trouver la nouvelle grande fiction est la possibilité d’avoir une croyance politique ultime »). Et, dans ses trois conférences, Badiou nous guide sans le savoir vers une autre zone, celle du courage politique à réinventer, soit « le nom de quelque chose qui n’est réductible ni à la loi ni au désir ». Alain Badiou n’est ni un farceur, ni un bouffon. Il dit simplement à de faux penseurs que la logique des révoltes n’est pas de louer les méfaits du capitalo-bureaucratisme. Et ça peut faire mal à certains dont les neurones conservateurs sont constitués de cellules impensantes. 

Stéphane RIAND�
Alain BADIOU, La relation énigmatique entre philosophie et politique, Germina, 89 p. 

 
LES SITUATIONNISTES ET MAI 68 

 
Utilisant la grande focale du mouvement situationniste, l’auteur amène le lecteur sur la route commune de la théorie et de la pratique révolutionnaire.
On y voit, on y sent, on y hume, on y touche, on comprend presque cette histoire au-delà de l’histoire, cette histoire d’un moment actuel, d’un moment de passion de vie, d’un moment où tout aurait pu basculer dans un autre monde. Guy Debord, l’Université de Strasbourg, la Rue Gay-Lussac, les Enragés de Nanterre, les conseillistes, Cheval, Vaneigem, Riesel, quelques slogans de vie, d’autres bourgeons ouvriers, autant de moments, d’hommes ou de signifiants qui, liant théorie avancée et pratique du réel, ont concouru à faire renaître du mois de mai 68 les ouvriers des Asturies et les vaincus de Catalogne. Cohn-Bendit, les Maoïstes, les Trotzkistes, les étudiants gauchistes ou bureaucrates deviennent presque les suppôts du capitalisme, les ennemis des occupants d’usines et les sauveurs d’un Gaullisme déjà mort. Les tomates et les navets fusèrent sur les professeurs, les pavés sur les policiers et la poésie sur les murs. La cybernétique devient pathétique, les diplômes du papier hors-la-loi et les sociologues Touraine, Morin, d’autres encore, des filous du langage à la solde des Staliniens arrivistes et couards. Le détournement devient la règle, les dérives font le sens de l’histoire et les situationnistes tentent de créer une organisation démocratique. Dumontier, sans le dire, vomit la récupération de mai 68 et transmet au lecteur le souvenir organisé d’un passé révolutionnaire, instant de vie, de vérité, et déjà dépassé (des passés révolutionnaires s’entend [sans temps]!). 

Stéphane RIAND�
Pascal DUMONTIER, Les situationnistes et mai 68, Théorie et pratique de la révolution (1966-1972), Editions IVREA, 1995,  307 p.  

Michel Foucault

LECONS SUR LA VOLONTE DE SAVOIR 

 
Un honorable professeur de philosophie me voyant il y a peu avec ces « leçons » me lance : « Foucault est illisible ». Péremptoire, définitif et hâtivement énoncé. Ce premier cours au Collège de France de Michel Foucault est magnifique. Il traverse, s’arrimant aux formes judiciaires, le vrai et le faux, à la découverte de la vérité que l’auteur dissocie de la connaissance. S’appuyant sur les maîtres de la pensée grecque, découvrant un Oedipe différent de celui de Freud, maniant le savoir qui défie le pouvoir, s’arrimant à Nietzsche et à quelques autres, Foucault, dès la première leçon, prend par la main son auditeur, aujourd’hui le lecteur, et cherche à travers les textes et sa pensée une morphologie du savoir. La lecture n’est pas sans effort. Mais, au terme du parcours, avec Foucault, nous comprenons un peu mieux en quoi, autour de lui, tout est en trop. A quoi avait jadis répondu Lacan avec son « rien de trop ». Merci donc à Gallimard et au Seuil d’avoir justement édité cette première année du cours de l’auteur de « Surveiller et punir ». 

Stéphane RIAND�
Michel Foucault, Leçons sur la volonté de savoir, Cours au Collège de France 1970-1971, suivi de Le Savoir d’Oedipe, Hautes Etudes, Gallimard, Seuil, Paris, Février 2011
 

  

Agnès Afflalo

L’ASSASSINAT MANQUE DE LA PSYCHANALYSE 

Avec une passion mesurée et dans le souci d’une argumentation pensée et bien formulée, Agnès Aflalo nous invite à découvrir à quoi a échappé récemment la psychanalyse en France. A rien de moins qu’à un assassinat.
L’auteur est désigné avec certitude : le discours de l’évaluation. Sous le couvert d’une fausse science, d’une batterie de tests et de statistiques, une meute assassine de psychiatres, de psychologues, de charlatans de la psyché humaine ont tenté de réduire la psychanalyse au silence. L’auteur du livre, membre de l’Ecole de la cause freudienne, trace ce moment d’histoire où les adeptes des thérapies cognitives et comportementalistes, arrimés à leur pulsion de mort, ont tenté de réduire le sujet à un objet. Le symptôme de l’être humain pourrait être traité hors du langage, à coups de pratiques pavloviennes, de produits chimiques ou des neurosciences. La clinique de la parole du sujet est abandonnée, le langage devient un code informatique, la jouissance de chaque homme est forclose dans un prétendu souci de gestion des masses humaines. 

Se sont alors élevées quelques voix dont, la première, celle de Jacques-Alain Miller. Devant l’opinion éclairée, et face à Bernard Accoyer, aujourd’hui président de l’assemblée nationale française, le gendre de Lacan osa : « Plus vous avez d’autorité parmi les hommes, moins il m’est permis de me taire quand vous voulez comprimer le discours analytique et enchaîner ceux qui le servent ». A ses côtés surgirent les amis de la liberté : Bernard-Henri Lévy, Catherine Clément, Philippe Sollers, Jean-Claude Milner, bien d’autres, des psychanalystes, des analysants, des professeurs, des philosophes, puis des politiques (Bayrou, Kouchner, Douste-Blazy) et maints autres anonymes, convaincus et décidés.
Des réunions furent organisées dans toute la France ; des articles furent rédigés ; un journal fut animé (Le Nouvel Âne) ; des rencontres aménagées ; des paroles furent entendues. Le parlement français avait voté à l’unanimité une loi qui signait, dans ses conséquences, la mort de la psychanalysée. Les décrets ne purent jamais être mis en vigueur. Le souffle de la liberté, dans laquelle est ancrée la psychanalyse, empêcha cet assassinat manqué.
Agnès Aflalo démontre dans ce livre que l’obscurantisme est à nos portes. Le combat de la liberté est toujours incertain. Et il fallut du courage, de la conviction et un art consommé du combat collectif pour faire reculer «ce populisme mâtiné de positivisme et de haine de la pensée »

Stéphane RIAND�
Agnès Aflalo (L’assassinat manqué de la psychanalyse, Collection Psyché, Editions Cécile Defaut, 2009) s’adresse à ceux qui veulent être éclairés sur les dangers liés à vouloir définir la santé mentale et à se l’approprier, en ignorant la parole du sujet. 

On aimerait que quelques-uns en Valais, oeuvrant avec la parole de l’autre, fassent l’effort de cette lecture autrement plus exigeante que les facéties publiques et littéraires de Michel Onfray, autre fossoyeur de Freud et du discours analytique.
Agnès Aflalo : merci.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

La traduction anglaise (Lola Rogers) se lit bien, la française par contre (Sébastien Cagnoli), est malheureusement décevante, rendant un texte ennuyeux et mal écrit (ce qui a motivé une lettre à l’éditeur).

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Purge

Puhdistus  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Assurément un roman incontournable, un de ces livres dont on se souvient longtemps. A lire de préférence en anglais,… à défaut (malheureusement !) du finnois.

 

Prix du roman Fnac, Prix Femina étranger

Prix du livre européen

Trois prix littéraires finlandais, dont le Finlandia (équivalent du Goncourt)

Etc.

Saint-Cergue, le 3 juillet 2011

Evelyne SCHULTE

en finnois. C’est tout ce qui est lié à l’action de nettoyer, explique Sofi Oksanen. Nettoyer, laver, épurer, désinfecter… mais aussi purifier ethniquement, purger au sens de Staline…

, titre identique en anglais et en français, est la traduction de

 

 

L’auteure, née en 1977 de père finlandais et de mère estonienne, vit en Finlande. Bisexuelle affirmée, un joli visage rond entouré de dreads rouges, violettes ou bleues, un rouge à lèvre souvent épais et lourd sur une bouche souvent boudeuse, farouchement engagée contre l’admiration et le soutien aux totalitarismes de gauche, cette étonnante jeune femme signe avec son troisième roman – Purge – un bestseller mondial. Vendu à 140’000 exemplaires en Finlande, il lui vaut d’être déclarée personnalité de l’année 2009 dans son pays,… et persona non grata en Russie !

 

Mettez pêle-mêle l’Estonie, l’occupation allemande, les purges staliniennes, les non-dits, les mensonges, la honte aussi. Une histoire d’amour impossible, à sens unique et dévastatrice. La fin du communisme, l’indépendance estonienne. La description du quotidien, précise sans jamais lasser, une lutte perpétuelle pour vivre, s’en sortir, parfois survivre. Les crèmes médicinales fabriquées avec un art ancestral à base de souci, carvi ou autre prêle des champs, comme autant d’espoirs de panser les blessures d’antan. Une grosse mouche à viande aux yeux globuleux, narquoise, qui ouvre le livre, échappant sans cesse à la tapette pour revenir encore et encore, comme le passé et son lot de souffrances, de mensonges et d’actes inavouables.

 

Les femmes surtout, leur résistance face à la soumission forcée, les violences subies, le prix qu’elles ont à payer bien malgré elles dans des situations non choisies. La rencontre d’Aliide Tru, très âgée et de Zara, beaucoup plus jeune, leur histoire, le poids de leur quotidien, leur destin, le lien qui les unit, dévoilé au fil des pages par flash back successifs.

 

Ajoutez le talent et l’engagement de Sofi Oksanen, qui a su notamment éviter avec l’habileté qui est la sienne les pièges de la lourdeur et du pathos, il en sort un roman admirable et captivant, inquiétant et dérangeant parfois, touchant à l’universalité.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

La traduction anglaise (Lola Rogers) se lit bien, la française par contre (Sébastien Cagnoli), est malheureusement décevante, rendant un texte ennuyeux et mal écrit (ce qui a motivé une lettre à l’éditeur).

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Purge

Puhdistus  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Assurément un roman incontournable, un de ces livres dont on se souvient longtemps. A lire de préférence en anglais,… à défaut (malheureusement !) du finnois.

 

Prix du roman Fnac, Prix Femina étranger

Prix du livre européen

Trois prix littéraires finlandais, dont le Finlandia (équivalent du Goncourt)

Etc

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Purge, The International Bestseller (LP) (en anglais)

Purge, Stock, La Cosmopolite (en français)

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Evelyne Schulte

 

en finnois. C’est tout ce qui est lié à l’action de nettoyer, explique Sofi Oksanen. Nettoyer, laver, épurer, désinfecter… mais aussi purifier ethniquement, purger au sens de Staline…

, titre identique en anglais et en français, est la traduction de

Mettez pêle-mêle l’Estonie, l’occupation allemande, les purges staliniennes, les non-dits, les mensonges, la honte aussi. Une histoire d’amour impossible, à sens unique et dévastatrice. La fin du communisme, l’indépendance estonienne. La description du quotidien, précise sans jamais lasser, une lutte perpétuelle pour vivre, s’en sortir, parfois survivre. Les crèmes médicinales fabriquées avec un art ancestral à base de souci, carvi ou autre prêle des champs, comme autant d’espoirs de panser les blessures d’antan. Une grosse mouche à viande aux yeux globuleux, narquoise, qui ouvre le livre, échappant sans cesse à la tapette pour revenir encore et encore, comme le passé et son lot de souffrances, de mensonges et d’actes inavouables.

Les femmes surtout, leur résistance face à la soumission forcée, les violences subies, le prix qu’elles ont à payer bien malgré elles dans des situations non choisies. La rencontre d’Aliide Tru, très âgée et de Zara, beaucoup plus jeune, leur histoire, le poids de leur quotidien, leur destin, le lien qui les unit, dévoilé au fil des pages par flash back successifs.

Ajoutez le talent et l’engagement de Sofi Oksanen, qui a su notamment éviter avec l’habileté qui est la sienne les pièges de la lourdeur et du pathos, il en sort un roman admirable et captivant, inquiétant et dérangeant parfois, touchant à l’universalité.

La traduction anglaise (Lola Rogers) se lit bien, la française par contre (Sébastien Cagnoli), est malheureusement décevante, rendant un texte ennuyeux et mal écrit (ce qui a motivé une lettre à l’éditeur).

Purge, titre identique en anglais et en français, est la traduction de Puhdistus en finnois. C’est tout ce qui est lié à l’action de nettoyer, explique Sofi Oksanen. Nettoyer, laver, épurer, désinfecter… mais aussi purifier ethniquement, purger au sens de Staline…

Assurément un roman incontournable, un de ces livres dont on se souvient longtemps. A lire de préférence en anglais,… à défaut (malheureusement !) du finnois.

Prix du roman Fnac, Prix Femina étranger

Prix du livre européen

Trois prix littéraires finlandais, dont le Finlandia (équivalent du Goncourt)

Etc

Purge, The International Bestseller (LP) (en anglais)

Purge, Stock, La Cosmopolite (en français)

Saint-Cergue, le 11 juillet 2011

Evelyne Schulte

Mettez pêle-mêle l’Estonie, l’occupation allemande, les purges staliniennes, les non-dits, les mensonges, la honte aussi. Une histoire d’amour impossible, à sens unique et dévastatrice. La fin du communisme, l’indépendance estonienne. La description du quotidien, précise sans jamais lasser, une lutte perpétuelle pour vivre, s’en sortir, parfois survivre. Les crèmes médicinales fabriquées avec un art ancestral à base de souci, carvi ou autre prêle des champs, comme autant d’espoirs de panser les blessures d’antan. Une grosse mouche à viande aux yeux globuleux, narquoise, qui ouvre le livre, échappant sans cesse à la tapette pour revenir encore et encore, comme le passé et son lot de souffrances, de mensonges et d’actes inavouables.

Les femmes surtout, leur résistance face à la soumission forcée, les violences subies, le prix qu’elles ont à payer bien malgré elles dans des situations non choisies. La rencontre d’Aliide Tru, très âgée et de Zara, beaucoup plus jeune, leur histoire, le poids de leur quotidien, leur destin, le lien qui les unit, dévoilé au fil des pages par flash back successifs.

Ajoutez le talent et l’engagement de Sofi Oksanen, qui a su notamment éviter avec l’habileté qui est la sienne les pièges de la lourdeur et du pathos, il en sort un roman admirable et captivant, inquiétant et dérangeant parfois, touchant à l’universalité.

La traduction anglaise (Lola Rogers) se lit bien, la française par contre (Sébastien Cagnoli), est malheureusement décevante, rendant un texte ennuyeux et mal écrit (ce qui a motivé une lettre à l’éditeur).

Purge, titre identique en anglais et en français, est la traduction de Puhdistus en finnois. C’est tout ce qui est lié à l’action de nettoyer, explique Sofi Oksanen. Nettoyer, laver, épurer, désinfecter… mais aussi purifier ethniquement, purger au sens de Staline…

Assurément un roman incontournable, un de ces livres dont on se souvient longtemps. A lire de préférence en anglais,… à défaut (malheureusement !) du finnois.

Prix du roman Fnac, Prix Femina étranger

Prix du livre européen

Trois prix littéraires finlandais, dont le Finlandia (équivalent du Goncourt)

Etc

Purge, The International Bestseller (LP) (en anglais)

Purge, Stock, La Cosmopolite (en français)

Evelyne Schulte

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