CONSEIL D’ETAT 2017. LE SILENCE, LA DISPUTE ET LA RAISON

(PAR GENEVIEVE LEVINE-CUENNET)

 

Du raffut, du boucan, du tintamarre. Des wagonnées de jérémiades. Des chœurs de Pythies. Dans nos enceintes électroniques, et entre nos doigts crispés de geeks, des voix qui VOULAIENT avoir le dernier mot.

Vos oreilles ne demandent-elles pas grâce ?

Il y eut le matraquage de « Coupons-lui la voie ! ». Il y eut l’euphorie du 18 février.

Seules quelques voix – très éparses et ne portant aucune bannière – plaidaient le silence. « Epingler tel et tel, et lui faire de la pub ? Ô que non. »

Cette posture m’a interrogée, et, je l’avoue, quelque peu fascinée.

Roland Barthes me glissait à l’oreille : « Toute désinvolture affirme que seul le silence est efficace. » Voulais-je être désinvolte ?

L’à-quoi-bonisme quémandait des lettres de noblesse auprès de Camus : « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde. »

En Valais, le silence déraisonnable consiste à voter par tradition familiale, à ne jamais s’approcher des urnes, ou – soumission paradoxale - à choisir la plus « grande gueule ». Péchés dont je ne m’étais guère rendue coupable. Pour autant, mes paroles ne couraient-elles pas le risque de s’éclaffer sur ce silence ?

L’incroyable mois de mars que nous vivons apporte la démonstration suivante : oui, le silence EST déraisonnable, et NON, l’appel humain n’est pas porteur d’absurdité.  Les 160'000 tous-ménages distribués par « Coupons-lui la voie », le geste public de se rendre sur la Place du Scex le 18 février, ont secoué l’incroyable résignation de tous ceux qui ne font « pas de politique ».

Dans l’1dexmag n°1 (que vous avez tous acheté et lu !), Béatrice Riand propose un texte poétique sur le silence (que je vous conseille de lire si ce n’est fait). Petit extrait :

(…)

La vie s’invite, la vie s’impose.

Et s’en va le silence heureux.

(…)

C’est bien de ça qu’il s’agit. Le Valais est à nouveau VIVANT.

Je terminerai par une petite incursion au pays dans lequel notre (toujours) Ministre de la formation situe le dernier rempart de la liberté. Le sens pratique très solide des Russes affirme :

« Bon silence vaut mieux que mauvaise dispute. »

La mauvaise dispute laisse bien entendre en creux qu’il en existe de bonnes. Comme celle que nous venons de mener. Et j’espère que le candidat malheureux du 19 mars poursuivra sur la voie qui consiste à nous gratifier d’un bon silence.

Commentaires : 2

  1. Le décodage de Mme Geneviève- Lévine Cuennet constitue à mon sens la meilleure réponse à tout ce brouhaha médiatique électoral et post-électoral . Et si Mars représente le dieu de la guerre dans la mythologie romaine, le résultat des urnes nous prouve que le peuple valaisan sait au8ssi gagner des batailles dans le silence non violent de l’isoloir. Non, le silence n’est pas une posture désinvolte quand il manifeste une vraie résistance à l’inique. Cet appel symbolique à la résistance silencieuse , initié par Yannick Délitroz, le 18 février sur la place du Scex, prouve à l’envi combien le silence peut-être porteur de sens, d’espoir et de joie, Bien plus haut que toutes les doctrines, toutes les propagandes haineuses et toutes les idéologies. . A tel point qu’il faudrait renommer la place du Scex et lui donner le nom de place de l’Appel du 18 février de façon à ce que nos gouvernants et les formations politiques dont ils sont issus n’oublient pas la leçon!

    • Ne dit-on pas que la parole est d’argent et le silence est d’or ?
      Ou encore : les grandes douleurs sont muettes.

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