7 juillet – Indignation de Tolstoï (1857)

9 juillet 2018

(PAR VALAIS LIBRE)

 

Je me sentis tout à fait confus, car je ne comprenais pas. Debout à ma place, je suivais sans pensée dans les ténèbres, ce petit homme qui allongeait le pas vers la ville et les promeneurs qui riaient derrière lui. Une douleur sourde montait en moi et comme une honte, pour le petit homme, pour la foule et pour moi-même…

Ces lignes de Léon Tolstoï, tirées d’Une tourmente de neige, témoignent de son indignation après une expérience vécue ce 7 juillet 1857 devant l’hôtel Schweizerhoff de Lucerne. Après le repas du soir, un chanteur de rue est venu distraire les clients du prestigieux hôtel. Accompagné de sa guitare, il chante quelques airs locaux.

Les touristes sont sous le charme. Ils semblent apprécier l’aubade. Mais lorsque l’homme pauvrement habillé tend son chapeau, personne ne répond à son appel… il tendit à nouveau sa casquette. Puis, sans attendre, il la remit sur sa tête. Toujours rien, et la foule impitoyable se mit à rire franchement…

Léon Tolstoï est révolté, il va rejoindre le mendiant et l’invite à boire un verre. Pas dans une gargote quelconque, mais au Schweizerhoff. Après avoir été dirigé vers une salle secondaire, le comte Tolstoï se fâcha. Ils s’installeront presque de force dans la grande salle pour goûter au champagne et découvrir l’histoire de ce chanteur itinérant.

Il quittait chaque année son Argovie pour courir à travers les Alpes gagner quelques sous en chantant devant les grands hôtels. Il avait été menuisier, mais une atrophie des os de la main l’empêchait de travailler. L’amour du chant et de la guitare l’envoie sur les routes.

Tolstoï conclut sa description par une révolte contre l’argent: est-ce encore pour de l’argent que vous êtes restés debout et silencieux ?Non. Ce qui vous a poussés à cela et ce qui, plus fort que tout, vous poussera éternellement, c’est ce besoin de poésie dont vous ne voulez pas convenir, mais que vous sentirez tant que quelque chose d’humain sera en vous…

One thought on “7 juillet – Indignation de Tolstoï (1857)”
  1. Merci pour la sublime leçon, ô grand Léon Tolstoï. Les riches n’aiment l’art que lorsqu’il leur donne l’occasion de se pavaner à l’Opéra en tenue fastueuse de soirée, les Jules en smoking et leurs dames en robe de grande marque. Cracher sur les riches, les très riches, les hyper-riches n’est pas seulement un droit, c’est un devoir de bienséance intellectuelle et morale. Par chance, alors que les gens normaux meurent, les riches, eux, crèvent de rage de se trouver privés de continuer de profiter et d’abuser de leur statut de riches repus. C’est la seule justice du monde.

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