VERBIERGATE. LES CUPIDISSIMES

7 juillet 2018

Il est beau le chalet sis sur la parcelle numéro 2841. Il est beau le chalet des Hauts de Sonalon.

 

Elle est belle la loi des Bagnards de tout là-haut. Elle est belle la justice des constructions, celle des coups de vents à la mode Scirocco.

 

Oyez, oyez, braves gens ! Si le Valais était un état de droit, jamais vous n’auriez comme aujourd’hui vibré de tout votre corps au son de cette musique si sensuellemrnt sensuelle. Préparez-vous à jouir, avec Saint Éloi et Saint Frédéric dans une partouze de déchaînés cupidissimes.

 

Le 22 avril 2015

 

Le chalet est achevé. Les acheteurs sont trouvés. L’architecte n’est pas encore payé, il attend le doux versement de quelque 1’400’000 francs (prix de construction, environ 9’000’000 fr.). D’autres artisans bagnards attendent leur dû. Le solde à payer correspond à quelque 4’400’000 francs.

 

Les 23 avril 2015 et 1er juin 2015

 

Un technicien du service de l’édilité de la commune se rend sur les lieux. Il doit examiner si le permis d’habiter peut être délivré. Il n’est pas manche et a dû nécessairement se rendre compte que la réalité du terrain dépasse la fiction : la construction érigée correspond à quelque 505 m2, celle des plans déposés lors de l’autorisation de construire de 370 m2. Des modifications autres non mineures ont été effectuées. La baie vitrée donnant sur l’arc alpin est magnifique. Le permis d’habiter ne pourra être délivré, nul besoin d’être un clerc éclairé pour en être certain.

 

Le 2 juin 2015

 

Le temps presse. Les vendeurs, l’architecte, les entrepreneurs bagnards ont su être convaincants. Le président de la commune, Éloi Rossier, et le secrétaire municipal, Frédéric Perraudin, délivrent le permis d’habiter. Assorti de petites cacahuètes salées, le champagne a dû couler à flots ce jour-là sur les Hauts de Sonalon.

 

Le 9 juin 2015

 

Jean Baillod, le maître électricien de la commission communale des constructions, en l’absence des deux autres édiles communaux, organise une séance informative de la commission. Il s’informe lui-même de l’existence de l’octroi des deux permis d’habiter. Il a oublié de renseigner son esprit du fait que la commission n’avait pas préalablement autorisé la construction du chalet effectivement réalisé. L’adjonction de 135 m2 supplémentaires lui a certainement paru dérisoire en ces terres où la cupidité de certains promoteurs ou entrepreneurs rejoignait avec tant de grâce la richesse d’importants conquérants de tranquillité.

 

Le 16 juin 2015

 

Une information est donnée au conseil communal sur la délivrance du permis d’habiter. Personne ne semble se souvenir que la construction telle que projetée n’a jamais été mise à l’enquête publique; que la Lex Weber de l’époque interdisait absolument tout agrandissement; qu’une mise en conformité est impossible du fait que les agrandissements effectués sont majeurs et ne pourront être validés. On se réjouit en revanche que des entrepreneurs locaux pourront être remboursés (« remboursés » ? pas « payés » ?) et recevoir plus de 4’000’000 francs). Mais que tout le monde se rassure : une information ultérieure sera donnée au « CC » (conseil communal, pas empereur d’Octodure !) par le greffe communal.

 

L’histoire ne dit pas si les artistes politiques de là-haut ont été informés du fait que la commune ne paraît pas avoir envisagé une procédure portant sur les gains illicites réalisés de quelque 4’000’000 francs. L’histoire est également muette sur l’existence à l’époque d’hypothèques légales protégeant les artisans de la truelle, de la peinture à la chaux ou des câbles électriques illuminant la piscine destinée à de langoureux [d]ébats entre amoureux ou adultes consentants.

 

Le 7 juillet 2018

 

Jean-Pierre Greter, le procureur général adjoint du ministère public, qui a cherché pendant dix ans des pous dans les cheveux de chauves innocents, n’a pas encore pris le temps de se rendre sur les lieux pour constater de visu, par lui-même, la qualité des constructions illicitement réalisées et la beauté de la vue depuis le centre de la baie vitrée aux fraises des bois. Il semblerait qu’un cours d’appui lui sera donné avant sa retraite sur les délits d’abus d’autorité, de gestion déloyale des intérêts publics et de corruption passive.

 

Mais qu’est-ce qui a mû tous ces acteurs ? Quoi d’autre que l’indécente cupidité de ces cupidissimes cravatés si bien orientés par leur époustouflant sens d’un entrepreneuriat délicat et si fructueusement bénéficiaire ?

 

Est-il nécessaire encore de dire simplement que ces faits, et d’autres nombreux à l’évidence, n’ont pas été portés à la connaissance de Léonard Bender, de Pierre-André Veuthey et d’autres experts, qui n’ont pu dès lors mettre leur grain de sel légitime dans ce best-seller de la voyoucratie  et de la canaillerie.

 

Si le Valais était un état de droit, la prison des Îles aurait accueilli depuis longtemps de prestigieux visiteurs qui auraient apprécié ces rondes quotidiennes aux côtés d’Amir Le Cinglé, de Mohammed Le Sniffeur et de Pat Le Cisailleur de Fesses Enfantines, dont les droits n’ont souvent pas été correctement préservés.

 

Il était une fois sur les Hauts de Sonalon un État de droit.

 

Bonjour aux passionnés de tramontane littéraire, de foehn poétique ou de sirocco majestueux !

 

 

 

 

Post Scriptum I : quand on a du pognon à la pelle, on peut acheter plein de sacs Hermès. Je m’interroge : le petit Greter aura-t-il le culot de séquestrer de si beaux sacs, produits d’infractions à la chaîne ? Et fera-t-il application des normes réprimant le recel ?

 

Post Scriptum II : « ceux qui nous attaquent ne sont que des jaloux ». La ligne de défense de ceux dont les crimes ont été découverts est ma marque de leur saisissante cupidité. Ces braves ne peuvent pas même imaginer que les vies de certains peuvent ne pas être dominées par ce dieu, l’argent, qu’ils vénèrent plus que leurs propres enfants. Les pauvres, avoir osé être si bêtes, si bêtes et si cons à la fois.

 

Post Scriptum III : ne jamais oublier la présomption d’innocence (on se fend les côtes !)

 

Post Scriptum IV : Dès l’instant où le si beau chalet a été vendu à une société tierce, les gains illicites ont été réalisés. La commune est donc dans l’obligation légale de poursuivre les bénéficiaires. À défaut, ils commettraient un acte de gestion déloyale des intérêts publics pour un montant de quelque 4’200’000 fr. (505 m2 x 30’000 fr./m2 = 15’150’000 fr. – 3’500’000 fr. [valeur cadastrale] X 36,5 % [augmentation des surfaces] = 4’250’250 francs. Un conseil gratuit à certains : déguerpissez !

 

Post Scriptum V : Les Hauts de Sonalon ne doivent pas faire oublier au ministère public le dossier encore plus flamboyant du Parking des Marais-Verts.

 

 

 

Quelques personnages du Verbiergate

 

Grégoire Comina, architecte

Éloi Rossier, président de Bagnes, réélu brillamment en 2016

Frédéric Perraudin, secrétaire communal

Jean Baillod, entrepreneur, ancien conseiller communal et membre de la commission des constructions

Jean-Pierre Greter, procureur général adjoint

Léonard Bender, architecte, expert rédacteur. mandaté par la commune

Pierre-André Veuthey, avocat, expert mandaté par la commune

 

L’1Dex mérite-t-il votre soutien ? A vous de répondre, ICI !

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

4 thoughts on “VERBIERGATE. LES CUPIDISSIMES”
  1. J’aimerais croire que justice soit rendue. Que les responsables soient punis à la hauteur de la malversation et que cela serve d’exemple pour le futur.

    Hélas le doute domine.

  2. Au-delà de nos frontières quel est le qualificatif le plus couramment attribué au comportements de certains Valaisans ou actifs dans ce canton ???
    Je vous le donne en mille!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.