CES SI (F)RIGIDES ARTICLES DE LOI…

28 août 2018

(PAR PJ INVESTIGATIONS ET JOËL CERUTTI)

 

A Sion, elle a fourni des habits chauds en plein hiver sibérien et s’est ramassé une amende. Un beau geste sanctionné par un autre – de la police – qui applique le règlement, rien que le règlement, tout le règlement. Quand les nobles intentions laissent sourds autant les institutions que les cons.

En ce moment où tu dégoulines, tu perles, tu t’auréoles les aisselles, tu oublies que l’hiver fut rigoureux. L’homme blanc avait débité plein de bois et on se caillait ferme des roupettes dans les rues sédunoises. La réalité sociale ne cache pas toujours les SDF. Prévenante, Chantal-Pralong Costa avait décidé – début mars et à – 10 degrés – d’une récolte d’habits qui serait mise à disposition sur la place du Scex. Avec sa voiture, elle s’est permis, le temps de décharger de lourds cartons, de se garer là où que c’est rien que pas permis. Un petit moment, Pas une éternité. Avec la célérité coutumière « propre » aux employé.e.s de la maréchaussée municipale, la verbalisation a fusé.

La prune avait un gros noyau de 100 francs.

Chantal-Pralong Costa a contesté l’amende, argumentant quelques motifs humanitaires et pratiques. Du poste, la réclamation est montée au Tribunal de Police qui n’en a rien eu à secouer ou à battre de la solidarité. L’ordonnance pénale a conclu qu’il n’y avait « aucun motif valable » à regimber du porte-monnaie. Et hop, 50 balles en bonus pour le temps administratif grillé à cette décision.

La photo qui circule sur Facebook – assortie du (res)sentiment de Chantal Pralong-Costa – fait chaudement causer dans les chaumières valaisannes, voire les rédactions. En lieu et place des 150 francs, Chantal-Pralong Costa pourrait passer un jour en taule. Chacun.e propose de participer à la douloureuse ou de lui apporter des oranges si elle opte pour la version « barreaux ». En terme de com’, c’est du pas terrible lamentable.

Croire que cette décision ne créerait pas le buzz à l’époque où chaque addition finit en version numérique relève d’une bêtise ou la candeur se dispute avec l’application aveugle des règlements.

Distribuons les baffes de façon large car elles ne frappent pas que les bureaucrates aux (f)rigides articles de loi.

Depuis que le Valais se doit de trier ses déchets, combien de crétinoïdes citoyens ont été flanquer leurs ordures dans des lieux dévoués aux Boîtes à Dons ? Des gestes débiles qui ont fini par fermer ces endroits d’échanges. Dans le même mood, je vous avais déjà parlé de ce frigo solidaire interdit et amendé par un piètre fonctionnaire de l’inspection alimentaire (http://www.pjinvestigation.ch/?p=9705).

Et, par pur égocentrisme, j’ajouterai un exemple personnel, celui du livre « L’urgence d’être humain » réalisé avec le professeur Philippe Morel. L’ouvrage parle de dons d’organes, ses bénéfices partent intégralement à une Fondation qui œuvre pour sa promotion. Ceci n’a pas freiné un patient – une année après sa publication – d’attaquer le chapitre le concernant. Celui-ci lui avait été relu à voix haute, il ne s’était pas opposé à sa sortie, le sieur en question avait été sauvé deux fois sur la table d’opération par le professeur Morel à qui il devait, par la suite, encore une place de travail. Ceci n’a pas retenu ses velléités procédurières, un terme qui rime avec un autre mot que je freine, pour une fois, l’homme ayant le réflexe légal.

Au final, les bonnes intentions de base finissent immanquablement sanctionnées par des états qui manquent singulièrement d’esprit. Ils seraient plutôt hantés par le formalisme de la cupidité, qu’elle soit communale, policière, citoyenne. Il est des jours où l’on préférait nettement danser avec des loups qu’avec des cons, moi je dis.

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