Verbiergate. C’est la faute à Voltaire, le dévoyé

14 août 2018

Le scandale des constructions illicites de Verbier est largement comparable dans sa gravité à ceux des affaires Filippini, Pasquinoli, Vernay (1970), Dubuis – Dussex (1980), BCV – Dorsaz (1990), Otto-G. Loretan (1990), CRPE (2000). Chaque dix ans, le Valais est abonné à des crises judiciaires et politiques qui ne sont pas anodines.

 

Le Verbiergate a surgi dans une époque dominée médiatiquement par les réseaux sociaux. Si, en 1992, l’AGEFi, avec le Sédunois Christophe Roulet, avait distribué aux députés valaisans le quotidien genevois, incluant en pleine page un homérique « Tout le monde savait », si Le Matin, sous l’impulsion de Jean Bonnard, avait titré sur ses manchettes un dimanche « Hans Wyer a menti », en 2010, ce sont les réseaux sociaux et les média en ligne qui conduisent la charge.

 

Il n’est pas inutile de rappeler, l’histoire ne faisant que bégayer, qu’en 1992, après l’épisode de l’AGEFI, le juge-instructeur, Dominique Favre, avait dans un premier temps rendu une ordonnance de classement dans l’affaire BCV – Dorsaz, avant qu’un autre magistrat, Bernard de Preux, n’ait été contraint sous la pression médiatique, et avec sa propre jugeotte, mis un semblant d’ordre dans le dossier pénal (tout en s’abstenant de mettre en accusation les membres principaux du conseil d’administration et le chef du département des finances.

 

Aujoutd’hui, sans les réseaux sociaux et sans internet, on peut être certain que le Valais institutionnel se serait débarrassé depuis longtemps du Verbiergate. Les révélations quasi quotidiennes sur facebook (page Gabriel Luisier) des actes commis par la commune de Bagnes, les mises en perspective et les révélations complémentaires de L’1Dex, les nouveautés transmises par Le Matin Dimanche et Julien Wicky, les enquêtes en cours à quelques jours du troisième anniversaire du scoop du Nouvelliste (21 août 2015), mettent les fervents du ne rien faire pour sauver les dominants de Verbier dans une position impossible. On doute même qu’ils aient le bras assez long pour faire du Verbiergate un nouveau mercure, c’est-à-dire un semblant d’enquête ne débouchant sur rien de grave.

 

Car, et maintenant chacun le sait, le Verbiergate est sur le plan institutionnel d’une gravité inouïe. Filippini avait gagné par de fausses factures moins de 400’000 francs. Ici, à Verbier, par la grâce de la complaisance des autorités communales, des propriétaires, des entrepreneures, des architectes (un seul ?), des intermédiaires, ont gagné des millions de francs, qui ne seraient jamais tombés dans leur escarcelle si la loi avait été appliquée pour eux comme elle l’a été pour tous leurs concurrents. Ainsi, la commune de Bagnes a choisi, pour des raisons que l’enquête pénale devra établir, mais parmi lesquelles personne ne pourra écarter une indépassable cupidité. de favoriser au-delà de l’imaginable, en violation caractérisée avec la loi, et dans des domaines légaux différents (lois sur les constructions, LAT, LFAIE, densité, …), un groupe d’intérêts économiques proches des autorités communales ou/et de leurs « amis ».

 

Cette « dévoyance » délinquante, récurrente, systématique, organisée, toujours ou presque liée au même groupements d’intérêts économiques convergents, laisse un arrière-goût de la plus sale criminalité économique qu’a connue le canton du Valais dans son histoire. En effet, si le critère de la malignité des présumés innocents est celui de l’argent gagné par les bénéficiaires des opérations illégales, alors le Verbiergate dépasse en ampleur tous les scandales précédents. Dans l’estimation de cette rémunération indue, il ne faudra pas oublier, par exemple, de prendre en considération toutes les locations intervenues sur la base des permis d’habiter illicitement accordés.

 

Et, là-haut, à Verbier, aux Sonalons et ailleurs, les dominants ont un autre discours sur les responsabilités : tout ça, c’est la faute au dévoyé !

 

Voltaire, en Valais, c’est peut-être un ours.

 

Bonjour à tous les Bagnards, qui n’ont pas (encore) de casier judiciaire !

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

One thought on “Verbiergate. C’est la faute à Voltaire, le dévoyé”
  1. Un récent arrêt du TF dans un cas similaire exigeait une remise en l état .

    Les remises de jardin c est moins compliqué et ça peut servire d offertoire a
    consciences réduites . J ai pas dit la tête !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.