Alban Traquet (prononcez « Traquer » !), vous connaissez ? Non ? Alors, voici les prénom et nom d’un journaliste, qui travaille pour le quotidien sportif le plus lu en France. Et Alban Trachet est allé enquêter dans le « demi-canton » du Haut-Valais pour tenter de découvrir ce que peut-être la « Haut-Valais Connection ». Les abonnés valaisans de L’Equipe se sont précipités sur ce document dès sa sortie; quelques Valaisans se sont précipités au kiosque de La Planta et ont constaté que tous les exemplaires du journal avaient disparu (il semblerait qu’un fonctionnaire haut-valaisan a eu le flair de « piquer » les exemplaires avant que ses collègues ne lui posent trop de questions sur les amitiés particulières, liant Gianni Infantino et Rinaldo Arnold.
Pas sûr que cet article de L’Equipe va favoriser l’élection de Viola Amherdt au Conseil fédéral ! En effet, il y a trop de Haut-Valaisans à proximité du pouvoir pour que certains parlementaires ne veuillent pas arrêter l’hémorragie et lancer le balancier dans une autre direction.
Utilisant la fonction « copier-coller », je vous propose quelques extraits très valaisans de cette traque de Traquet, à Brigue et ailleurs :
- Sepp Blatter, l’ex-président de la FIFA (1998-2015), est originaire de Viège (Visp, en allemand), où l’école communale porte son nom et où le maire de la ville, Niklaus Furger, est également patron de la fondation du vieux « Seppi » .
- Le premier procureur du Haut-Valais, Rinaldo Arnold, copain de jeunesse d’Infantino, habite à Brigue. Et Arnold est lui-même ami avec André Marty, le porte-parole du ministère public de la Confédération (MPC). Marty, un ex-journaliste de la télévision suisse qui a démarré sa carrière au Walliser Bote, le quotidien haut-valaisan, et qui a grandi à Gampel, un peu plus bas dans la vallée.
- De sa retraite forcée, Blatter (82 ans), qui compte profiter de ce remue-ménage (voir par ailleurs), observe ce décor avec amusement. « Ces trois personnes, c’est la connexion du Haut-Valais, lance-t-il. Moi, je suis le quatrième, mais certainement pas l’ami des trois autres ! »
- Les récentes révélations issues des Football Leaks ont éclairé les liens suspects de ce trio d’acteurs aux racines communes et se rendant mutuellement service. Grâce à sa relation avec Arnold, et celle d’Arnold avec Marty, Infantino a eu un accès privilégié au MPC et à son chef, Michael Lauber, chargé des procédures en lien avec la FIFA au parquet suisse.
- Le procureur de la Confédération ajoute qu’« il n’y avait et qu’il n’y a aucune relation personnelle » entre Marty et Arnold, alors que ce dernier a déjà reconnu qu’il était son « ami » et que c’était « à ce titre qu’il l’avait contacté ».
- De son côté, Infantino s’est montré bienveillant avec son « super amigo »magistrat, qui lui donne parfois du « Ciao capo » (« Salut patron ») dans les courriels exploités par les Football Leaks.
- De son côté, Infantino s’est montré bienveillant avec son « super amigo »magistrat, qui lui donne parfois du « Ciao capo » (« Salut patron ») dans les courriels exploités par les Football Leaks.
- Dans un de ses courriels envoyés à son ami Gianni, fin mai 2016, Arnold s’était même proposé au poste de secrétaire général adjoint de l’instance mondiale. Interrogé la semaine dernière au siège de l’instance, à Zurich, par plusieurs médias,
- Gianni Infantino peut également être convié à s’exprimer devant la Commission du Grand-Cosneil, comme invité, mais il a le droit de décliner. « Il y a le volet fédéral et le volet valaisan, remarque Madeline Heiniger, la présidente de cette commission de justice. Mais le fait que ce dossier soit lié à une enquête internationale lui donne une envergure particulière. Il est d’autant plus important de faire la lumière sur tout ça… »
- Thomas Burgener (64 ans) pose un oeil critique sur cette situation. « Comme ancien responsable politique, je me fais du souci pour la justice valaisane, dit-il. C’est intolérable. Un procureur (Arnold) qui use de sa fonction pour aider un ami et utilise son temps et son ordinateur professionnels pour le faire… Il a déjà une mauvaise réputation dans le milieu judiciaire du Valais et il n’a plus beaucoup de soutiens, sauf M. Bregy. »
- Face à la tempête déclenchée par les Football Leaks, Bregy joue l’équilibriste et pousse le ballon vers le procureur fédéral Michael Lauber, à Berne : « Rinaldo Arnold n’a pas fait de faute grave mais il a manqué d’acuité, explique-t-il. Dans la situation actuelle, la nomination d’un procureur extraordinaire est une bonne solution. Il est vraiment important de clarifier les choses pour Infantino et lui. Concernant les relations établies avec Michael Lauber, ce n’est pas de la compétence du parlement valaisan. C’est fédéral et c’est là où le problème est sur la table. Le responsable de ces deux réunions (du printemps 2016, avec Infantino et Arnold, entre autres), c’est Lauber. »
- En Haut-Valais, l’action et le comportement du procureur Arnold font l’objet de charges régulières. Députée de l’Alliance de gauche (AdG) à Sion, Doris Schmidhalter-Näfen (également vice-présidente du FC Brigerberg, un club voisin) réclame même sa suspension, en qualifiant de « magouilles » ses interventions. Dans la dernière édition du mensuel critique Rote Anneliese, auquel elle collabore, elle lui adresse une lettre ouverte incisive, intitulée « Hallo Capo », où elle fustige sa légèreté dans cette histoire. « J’ai toujours supposé que nous n’étions pas autorisés à accepter des cadeaux d’une valeur supérieure à 100 francs (suisses) », écrit-elle.
- Dans les conversations, une autre anecdote, au fumet d’abus de pouvoir, revient régulièrement : la longue bataille judiciaire d’Arnold avec l’ex-président (aujourd’hui consultant) du club rival, le FC Viège, Andreas Eder, pour une infraction présumée à la loi sur les étrangers. Arnold, patron du FC Brigue, avait traîné son collègue devant les tribunaux au sujet du permis de séjour d’un joueur croate, qui effectuait une pige dans l’équipe viégeoise. Après plusieurs années de procédure et deux instances, Eder a été acquitté l’an dernier. L’épisode l’a visiblement éprouvé, puisqu’il ne « souhaite plus être contacté au sujet de cette affaire ».
- Dimanche, à Viège, avait lieu la fête patronale de saint Martin, qui était passé à la postérité pour avoir déchiré et partagé son manteau avec un mendiant. À la sortie de la messe matinale, l’évocation de ce Filz (copinage) entre Haut-Valaisans déclenchait inévitablement des sourires en coin. « C’est Cosa Nostra ! », plaisante un habitant, mimant la confession à voix couverte. « Le danger est sur Rinaldo Arnold, reprend Thomas Anthamatten, le chef de l’administration municipale. Il a manqué de prudence. »
- «Vous êtes chez les brigands (jeu de mot avec Brigue). C’est la République des petits copains !» – Luzius Theler, figure du journalisme valaisan.
- Sous les hauts sommets alpins, l’enclave du Haut-Valais sait aussi rire de sa célèbre incongruité. « L’ancien président de la FIFA vient de Viège, l’actuel est de Brigue et le prochain viendra de Naters (un bourg voisin) », dit une blague du coin. Chiche ?
L’article du journaliste Traquet a donné lieu à des commentaires sur le site de L’Equipe. Voici certains de ceux-ci qui ne pourront qu’intéresser les dominants du Haut-Valais et quelques autres :
- Le merveilleux canton du Valais abrite ce qu’on ose appeler en Suisse « une petite mafia locale » qui dans cette affaire rayonne à l’internationale. Dans cette région alpine, se rendre des services mutuels fait partie de l’ADN du lieu. Peu importe l’orientation politique et la classe sociale de chacun, si l’on a fréquenté la même école, la même paroisse, les mêmes bistrots, on se serre les coudes. Et si on peut s’en mettre plein les fouilles, aucun souci, l’omerta veille…
- Cette magnifique région ne mérite pas d’être associé à ces charlatans qui salissent la beauté du canton.
- La rigueur et l’honorabilité suisses. Mais du Valais francophone ou germanophone?C’est le Valais Germanophone. Le Valais a une réputation en Suisse pas très flatteuse avec beaucoup de clichés qui lui collent à la peau, malheureusement très souvent à juste titre.
Merci pour cet article et le lien avec l’Equipe, un journal français.
Cette justice des copains expliquera comment la vérité a pu être si aisément travestie dans un dossier bancaire.