À l’occasion de la sortie du dernier livre illustré de Geneviève et Alexandre Lévine, L’1Dex a choisi d’interviewer l’un des deux auteurs en feignant la paresse dans la rédaction des questions et a été remis au pas par le sérieux des réponses. Pouchkine et Lévine méritaient donc assurément cette UNE de L’1Dex accessible à tous. L’ouvrage de Geneviève et Alexandre Lévine est accessible dans toutes les bonnes librairies.
INTERVIEW DE GENEVIEVE LEVINE
C’EST QUI POUCHKINE ?
L’ivresse du monde est mortelle,
Et nous sommes pris vous et moi,
Chers amis, dans son tourbillon.
Tiré du poème Eugène Onéguine d’Alexandre Serguieievitch Pouchkine (1799-1837)
Autrement dit : Pouchkine était romantique, génial, susceptible, décembriste,… ses diverses ivresses connurent une fin tragique.
Les tempêtes de neige qui ponctuent son oeuvre nous rendent encore plus délicieux le dépaysement dans la Russie impériale.
Et notre Secrétariat d’Etat aux Migrations devrait savoir ceci : le grand-père de Pouchkine était érythréen !
C’EST QUI ROUSSLAN ?
Rousslan a les faveurs d’un roi, d’un peuple. Il incarne la droiture, la bravoure (qualités à qui la grammaire, juste retour des choses, a donné un genre féminin !), tel le Lancelot de Chrétien de Troyes.
C’EST QUI LUDMILLA ?
Dans les légendes du fond des âges, seules les sorcières ont une volonté propre, les princesses et autres femmes n’étant guère plus que des butins. Grâce à Pouchkine, Ludmilla (bien que butin convoité) est espiègle face à l’adversité, elle est l’éternel féminin auquel nous aimerions toutes nous identifier.
C’EST QUI GENEVIEVE ?
Une Sédunoise aux racines multiples. Sans quoi les tourbillons l’auraient emportée. Une branche d’un clan hérensard a élu domicile… ah non ce n’est pas la bonne question !
Geneviève est occupée le plus clair de son temps à doter les autres de mots, autrement dit à enseigner…
C’EST QUI ALEXANDRE ?
C’est le fils de Boris et Valentina Levine. Il est né à Yaroslavl’, il vit dans les couleurs, et en Suisse depuis 20 ans.
C’EST QUI LEVINE ?
My Heritage en témoigne, les vents de l’histoire ont semé des Levine aux quatre coins du globe. Une branche ukrainienne des Levine s’est installée depuis 4 générations 1’ooo km plus au Nord, au bord de la Volga, où elle compte une lignée de bûcherons, de policiers et d’ingénieurs. Le tourbillon glacé des années Eltsine a fait cadeau de leur rejeton d’artiste, à la Suisse, au Valais, à Sion.
C’EST QUOI UNE TRADUCTION ?
La tentative de donner à voir le sommet d’un iceberg, à un spectateur qui sans même s’en apercevoir en verrait la partie immergée. A ne pas faire en temps de gros temps.
Exercice particulièrement périlleux lorsque traitant d’un auteur comme Pouchkine, qui a un langage d’images et mélange brillamment les registres : pauvres de nous qui ne pouvons le lire qu’en traduction…
C’EST QUOI LA RUSSIE ?
Un pays qui, après des siècles d’immobilisme, va de métamorphose en métamorphose… La Russie d’aujourd’hui n’est plus celle que j’ai pu connaître il y a une quinzaine d’années. Au-delà du fait de rester LE pays du haussement d’épaules.
C’EST QUOI UN DESSIN ?
Un tourbillon de couleurs qui s’est posé … là !
LE LIVRE DE POUCHKINE
L’action de Rousslan et Ludmilla se déroule dans un cadre historique bien réel, autour de l’an 1000. Le Grand-Duc de Kiev, Vladimir-Soleil marie sa fille Ludmilla au chevalier Rousslan. Foule joyeuse, attitude haineuse des prétendants éconduits. Les jeunes mariés se retirent dans leurs appartements quand soudain c’est la catastrophe : au moment-même où le mariage va être consommé, Ludmilla est enlevée par une force invisible. Dès lors, les événements se précipitent et l’imagination va bon train, le tout se déroulant comme sous nos yeux tant ce texte musical est visuel.
Roman d’amour? Chanson de geste? Fantasmagorie? Qu’importe : Rousslan et ses rivaux se lancent à la recherche de la belle. Leur chevauchée à travers des paysages étranges et familiers mènera le seul Rousslan jusqu’au repère du sorcier Tchernomor, un nain sénile qui retient captive Ludmilla. C’est au cours de cette chevauchée rêveuse que se rencontrent tous les protagonistes du drame dont le sage Finnois qui veille sur Rousslan, le jeune et beau khan khazare, Ratmir, le rival assagi, la Tête monstrueuse transformée en roc, la belle Naïna devenue une sorcière lubrique.
Dans les scènes de batailles qui jalonnent ce récit se retrouvent des traces de vieilles chroniques mais aussi des événements qui relèvent de l’histoire de la Russie, comme l’investissement de Kiev par les nomades Pétchénègues. Tout au long, le jeune auteur mêle, en grande liberté, les éléments d’une réalité ancienne à ceux puisés dans les mythes russes, nordiques ou gaéliques et aussi ceux de la tradition orale, berçants et terrifiants, entendus dans l’enfance de la bouche de sa nourrice.
Il y a dans tout cela la fraîcheur du jeune âge, l’amour des mots et des sons, la soif de vivre et aussi un aspect ludique qui vient recouvrir, comme d’un voile léger, le désespoir face à l’inéluctable fin du destin.
