Dans son premier livre, « Jaurais préféré Baudelaire heureux », d’essence littéraire, Béatrice Riand, passionnée de lettres, démembre, dans le champ du harcèlement, à l’aide de ses pairs professeurs, le borné, le serpent qui se lovait, la bactérie clivée et le nain du château. Y font défaut la bite tranchée, les yeux troués et les doigts arrachés.
Dans son premier roman, « La peine des petits », polar noir parsemé de patronymes de notre coin de terre (Michelet, Fornage, Moos), Axelle Herren, professeur de français, propose une voie différente de résolution du crime. Du rouge, du sang, du noir, de la manipulation, du poison, des somnifères et des faux papiers.
Les vilains de Baudelaire ont eu le bon goût de s’attaquer à une douce. Si leurs actes avaient eu pour cible Axelle, la Rouge, les croque-morts se seraient goinfrés.
Bon, les puristes diront que le code pénal est un objet moins contondant dans le Baudelaire de la prof sierroise qu’il ne l’est dans le livre primé de la prof martigneraine.
En tout état de cause, un lecteur fervent de justice n’est pas certain de privilégier le réel de Béatrice à l’imaginaire d’Axelle, car « La peine des petits », même avec une bite coupée, alignée dans deux articles du code pénal, paraît moins amère (a-mère!) (1), un semblant de justice ayant tout de même été rendue.
Un autre point commun, telle est du moins ma lecture comparative, entre les deux livres : les deux écrivains valaisans (auteures valaisannes, me soufflent une obsessionnelle du langage épicène !) ne sont pas tendres avec les représentants des institutions. L’une fait « resplendir » l’ineffable comportement d’un magistrat (2), l’autre « dévisse » un homme d’affaires, un magistrat, un policier, un assistant social, un père immonde et une épouse purulente. Ici encore, dame Riand est plus tendre que dame Herren, quoique toutes les deux sont d’une férocité qui ravage.
La langue n’est pas la même. L’une invoque Duras, l’autre le polar. Et Axelle ne trompe pas le lecteur dès le premier paragraphe, cherchant sûrement à l’agrafer, avant qu’elle ne soit quittée :
« – Sale con de flic ! T’es bien comme tous tes abrutis de congénères toi, vieux et sournois, un petit insecte à écraser entre ses doigts. Va te faire mettre enculé ! »
Axelle, ne crains rien, je ne vais pas révéler l’énigme au lecteur de L’1Dex, mais simplement l’encourager à te lire, tout en lui indiquant qu’à la toute fin, il pourrait vouloir « baiser » Céline. Et c’est là que l’on devine que « faire l’amour », c’est bien autre chose que « baiser ». J’esquisse ici un vrai sourire.
Souriez-moi en retour et lisez ce que personne ne peut pardonner.
Bonjour à tous les professeurs de français du Valais de chez nous et à tous les lecteurs du feuilleton « Patatras » ! (3)
(1) Un enfant meurt à cause du harcèlement, un enfant naît après « la bite coupée » !
(2) Lire sans faute le chapitre 26 de « J’aurais préféré Baudelaire heureux »
(3) Les fans de « Patatras » peuvent lire « La peine des petits », ils seront réconfortés l’espace d’un instant
Post Scriptum : pas sûr que Axelle n’ait pas aussi « dansé sur sa tombe »
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