INTERVIEW DE GABRIEL BENDER A L’OCCASION DE LA SORTIE DE SON DERNIER LIVRE « CUBA LIBRE »

30 décembre 2018

Après Fioul Sentimental, Gabriel Bender nous propose Cuba Libre, une fiction drôle et foutraque dans un Cuba crépusculaire. Maurice-Guillaume galope comme un chien errant à la recherche de son âme et de sa libido noyée dans les fantasmes et l’alcool. Il découvre une île en trompe l’oeil qui va le révéler à lui-même au fur et à mesure qu’il se dépouille.

 

Interview :

 

Le nom Boniek a-t-il été choisi parce que vous aimez le foot ?

J’avais d’abord choisi un nom de famille plus lourd à porter Chianski. L’éditeur m’a fait remarquer que ce patronyme est trop proche de Chinasky utilisé dans les premières œuvres de Bukowski. « Cuba Libre » est le premier volet d’une œuvre en triptyque, dans le troisième tome le lecteur saura que Boniek a la passion du foot et qu’il a été accusé d’un meurtre particulièrement sordide pour le punir de cela.

 

C’est quoi un couple ?

Je réponds à peu près comme Lacan. Le couple c’est la volonté désespérée d’offrir à l’autre ce que l’on n’a pas et qu’il ne veut pas recevoir. C’est la plus belle et la plus désespérée des illusions. Un magnifique mensonge qui s’écrit à deux mains : l’une apporte les voyelles du mot OUI et c’est souvent l’autre qu’on sonne.

 

Une famille oppressante : un oxymore ou un pléonasme ?

La famille est forcément oppressante et c’est de cette oppression que naît la vie. Le désir de s’en échapper pour aller en reproduire une autre, à deux pas de là.

 

Cuba Libre : un pléonasme ou un oxymore ?

C’est un oxymore. Cuba a gagné beaucoup de combats au prix de la liberté. C’est une social-dictature tropicale (comme on avait la social-démocratie.) Ceci étant dit, il vaut mieux être jeune à Cuba qu’en Haïti ou à Saint Domingue. Le régime garantit la dignité pour tous, à défaut de la liberté.

Pour le jus c’est pareil. Le Cuba Libre réunit le rhum et le coca, soit le meilleur des Caraïbes avec le pire des Etats-Unis.

 

Che ou Fidel ?

Ce sont deux personnages de roman. J’aime bien le Che parce qu’il est mort en Bolivie avant d’atteindre la quarantaine. Il n’a plus commis d’erreurs à partir de là. Che, c’est un tic de langage des Argentins. Ils disent : tche de l’amitchié pour étchienne. Et lorsqu’ils s’appellent les uns les autres ils commencent toujours par dire Che.

Fidel a régné 50 ans de trop.

 

Le reconquête de la libido passe-t-elle plus par Amsterdam, par Saint-Jacques de Compostelle ou par La Havane ?

La libido est en soi. C’est un bernard l’hermite qui s’installe dans une coquille Saint-Jacques, il faut parfois des trésors d’imagination pour la faire quitter sa cachette. Il faut être à l’affût et patient.

 

En 2019, ce sera un cigare du Nicaragua fumé avec Baudelaire ou un rhum dominicain apprécié avec un prêtre défroqué ?

Vous ne pensez pas si bien dire. Deux ouvrages sont prévus l’année prochaine. Dans le premier on donne dans la pipe érogène au Grand Saint Bernard. Dans le second, le lecteur perd et retrouve sa mémoire dans un désert aragonais.

 

Maurice-Guillaume Boniek ! Pourquoi pas Alexandre-Martin Valderama ?

Maurice parce que tous les valaisans qui comptent s’appellent Maurice et Guillaume parce que tous les Suisses qui visent des pommes avec des arbalètes s’appellent ainsi. Il n’y a pas plus patriote comme prénom c’est pour cela que les parents Boniek l’ont choisi, eux qui sont étrangers. Boniek père a été accueilli au camp de Tobrouk à Saillon comme interné militaire. Il n’a jamais quitté le Valais depuis. La mère a fui l’Espagne franquiste. Maurice-Guillaume est donc le fruit valaisan de deux réfugiés. On en saura beaucoup plus sur cette famille dans les prochains volumes.

 

 

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