Procès pour viol au « 36 », quai des Orfèvres: deux policiers condamnés à 7 ans de prison

3 février 2019

(PAR RTBF INFO)

 

Antoine Quirin et Nicolas Redouane ont été condamnés à sept années de prison par la cour d’assises de Paris. Les deux policiers étaient accusés du viol d’une touriste canadienne au 36 Quai des orfèvres en avril 2014.

« Ils ont été reconnus coupables du viol en réunion d’Emily Spanton », a déclaré le président de la cour d’assises, Stéphane Duchemin. Un verdict conforme aux réquisitions de l’avocat général.

Les deux hommes devront aussi verser 20.000 euros de dommages et intérêts à la victime. La cour a été « convaincue » par « les déclarations constantes de la victime » et par « les éléments scientifiques et techniques », dont les expertises ADN et les analyses de la téléphonie, a ajouté le président. Elle a également pris en compte « la particulière gravité des faits » à l’encontre d’une jeune femme sous l’influence de l’alcool et le « lieu de commission des faits », les locaux du « 36 », le siège de la police judiciaire.

En outre, les deux anciens policiers de la BRI (brigade de recherche et d’intervention), seront inscrits sur le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS).

De la colère, des larmes… et du soulagement

Entouré de ses collègues, Antoine Quirin a éclaté en larmes à l’énoncé du verdict, assommé par cette décision. Tous sont restés assis de longues minutes. La victime, Emily Spanton est restée assise droite sur son banc et n’a pas eu un regard vers les accusés pendant toute la lecture de l’arrêt du président.

La Canadienne avait rencontré les deux fonctionnaires dans un pub, situé en face du « 36 », où l’ambiance était au flirt et où l’alcool coulait à flots. Ils s’étaient ensuite rendus au siège de la police judiciaire. Deux heures plus tard, elle en était ressortie en état de choc et dénonçant un viol collectif.

Les accusés ont toujours clamé leur innocence.

Le scandale a éclaté il y a près de 5 ans, éclaboussant le célèbre 36 quai des Orfèvres. Le siège, l’état-major et les services communs de la Direction régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris. Les deux policiers ont toujours nié. Le premier parle d’une fellation consentie, sans éjaculation. Après avoir démenti tout rapport, le second a reconnu tardivement, des caresses sexuelles dans la voiture, avec une pénétration digitale.

Emily Stanton n’a jamais caché qu’elle s’était rendue de son plein gré au 36. « J’avais beaucoup bu, je me voyais mal rentrer à l’hôtel dans cet état et je pensais qu’en allant dans un commissariat, je me sentirais plus en sécurité », a-t-elle expliqué aux enquêteurs.

Mais sur l’heure et demie passée dans les locaux de la police, les versions ont systématiquement été différentes. La Canadienne, aujourd’hui âgée de 39 ans, a affirmé : « Quatre policiers m’ont violée avec condoms (préservatifs) ». Elle a ensuite décrit les fellations et pénétrations vaginales forcées d’au moins trois violeurs.

Examens médicaux et analyses des GSM

L’examen médico-judiciaire a révélé une lésion gynécologique traumatique sur le sexe d’Emily S. Les empreintes génétiques des deux accusés ont été retrouvées sur son string. Un troisième ADN se trouvait également sur le sous-vêtement. Malgré une opération de prélèvement sur plus de 100 fonctionnaires de la PJ, cet ADN n’a jamais pu être identifié.

Sur les téléphones des policiers, des SMS compromettants ont été retrouvés. Envoyé par Nicolas Redouane sur le portable d’un collègue, il était notamment écrit ceci : « Ça est une touseuse(partouzeuse, NDLR), dépêche ».

Les experts sont restés partagés sur la personnalité de la victime présumée. Certains ont posé « une forte réserve » sur la possibilité de s’appuyer sur son seul témoignage. L’expertise toxicologique a révélé qu’Emily S. avait pris des antidépresseurs, des opiacés et avait consommé du cannabis. Pendant l’enquête, elle a été présentée comme « extravertie », « joviale », « libérée ».

En 2016, les juges d’instruction avaient prononcé un non-lieu pour les deux policiers. « Les mensonges des mis en cause s’expliquent plus simplement que les incohérences dans le discours de Madame S. », avaient alors jugé les magistrats.

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