WILLIAM SHAKESPEARE LOUNGE BAR CLUB

4 mai 2019

Après Van Gogh, Caligula, Littoral et d’autres encore, Stéphane Albelda, professeur de français au Collège des Creusets à Sion, a invité tous ceux qui aiment le théâtre « brechtien » à savourer sa dernière réalisation, « Before the tempest, my beloved », une création personnelle née de sa lecture de « La Tempête » de William Shakespeare.

Le metteur en scène, après nous avoir fait frémir en Transylvanie avec son Dracula, dans la cour des Creusets, nous a proposé de nous attarder dans son nouveau Lounge Bar Club, à l’intérieur de l’établissement. Avant de poinçonner votre billet et de vous retrouver à quelques mètres de la grande scène, vous n’hésiterez pas, au pied de l’escalier, à financer un voyage de classe à l’étranger et à croquer dans un merveilleux cake au citron.

La salle est pleine à craquer et vos oreilles sont imbibées de guitare électrique. Ce son à la Dire Straits vous accompagnera tout au long de la soirée, anticipant une mise en scène colorée, incluant des photographies, de la video, de la danse, du mouvement, du silence, de la tristesse, de la joie et une énergie remarquable.

Au delà de la tempête shakespearienne et d’une invention costumière foisonnante, au-delà de la folie humaine et de la mise en abyme des situations, j’ai été emballé par cette vitalité solidaire qui anime la troupe. On sent vibrer plus qu’une envie d’épater, un désir de transmettre quelque chose de soi, accepté dans le groupe et devant envahir le spectateur. Plus encore que dans Caligula ou dans Dracula, pour une raison inexpliquée pouvant avoir sa source dans l’âme collective de cette troupe de collégiens, le spectateur ressent quelque chose qui tient de la communion. L’aventure, à laquelle est conviée un soir le spectateur, est un feu qui n’épargne aucun des acteurs. Même les imperfections sont utilisées pour inventer un moment, déjà oublié, mais qui aura contribué à un supplément de vie.

Près de deux heures de théâtre, et pas une seconde d’ennui, A l’approche du final, d’une grande douceur, vous regrettez déjà que les lumières s’éteignent, que les acteurs vous quittent, que la musique s’échappe; ce moment déjà passé, vous voulez le retenir au creux de votre main, et vous sentez que tous les acteurs viennent vous attraper par la main pour être encore accompagnés par ceux pour qui ils ont engagé leurs corps et leurs esprits.

Car, que personne ne se trompe de registre, avec Stéphane Albelda, le théâtre, ce n’est pas juste une occupation pour passer du temps, c’est un engagement vivant, quelque chose qui fait que vous croyez presque à Dieu au moment de rejoindre votre vie de petit mortel. Le théâtre, avec Shakespeare, relève du sacerdoce, donc du sacré.

Tout bien pesé, je crois que Stéphane Albelda veut être une courroie d’espoir vers notre monde inintelligible.

La salle est noire. Le spectacle est fini. Et, l’espace d’un instant, avant de quitter ma place, je me dis, sans pouvoir mettre des mots sur cette sensation de plénitude fugace, que j’ai pu acquérir, par la grâce de ces collégiens et de cette mise en scène, quelque chose qui s’apparente à un gain de vie.

C’est pas rien d’avoir été l’espace d’un soir serein et heureux.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.