IL EST CINQ HEURES, LA JUSTICE S’EVEILLE (61). LA CRAPULERIE

9 juin 2019

Le lecteur attentif aura eu peut-être cette pensée : mais comment se fait-il que l’auteur, qui a créé L’1Dex le 1er mai 2011, se soit montré si silencieux depuis des années sur ce sujet captivant ? Que voilà une question remarquablement bien formulée et fort pertinente.

En nos temps d’instabilité, il est toujours incertain de faire une distinction entre des choses très privées, des jets de classeurs dans un jardin privatif, une trahison entre amis, un goût immodéré pour les grands crus et les grands restaurants, et de la corruption institutionnelle, claire ou opaque, mâtinée d’une volonté, tardive ou préparée, d’une destruction de l’honneur d’un homme.

Il y a donc eu, à un moment donné, un glissement d’une gravité scélérate inoubliable, assorti à un séisme moral stupéfiant, qui m’a convaincu de franchir le pas d’une simple lettre privée adressée à un traître à la rédaction d’un feuilleton hors normes dans la sphère institutionnelle et judiciaire.

 

Le but de ce feuilleton n’étant pas de faire ingurgiter au lecteur un Big Mac et trois cheeseburger en une bouchée inappréciée, mais de lui permettre de savourer le travail soigné des grands chefs tout en appréciant de grands crus, il sied d’approcher la vérité à petits pas. Je comprends l’impatience du glouton, mais je veux ici privilégier le plaisir gustatif de celui qui sait qu’au terme de sa digestion le souvenir culinaire sera inoubliable. Et puis, comme le sait maintenant le lecteur, je ne veux pas faire perdre du temps à mon premier lecteur, le procureur général Carlo Bulletti, qui doit pouvoir disposer d’une vue synthétique sur l’ensemble avant de s’atteler – peut-être – à quelques prises de mesures coercitives : pour quelle raison la détention préventive serait-elle réservée à des voleurs de boîtes de conserve ? Je suis ici le délicat conseil que le procureur Bulletti a donné à ce vigneron valaisan qui a préféré faire valoir ses dons d’artificier avant d’écrire au parquet fédéral. Ayant eu l’opportunité de recevoir un conseil avisé gratuit de ce magistrat, je poursuis ma décomposition des faits, visant à parfaire dans l’esprit de mon premier lecteur la parfaite impartialité de la juge-arbitre, sans lien avec les parties et dotée, de par son parcours professionnel qui l’a conduite jusqu’au sommet de la pyramide judiciaire fédérale, d’un sens aigu de l’équité et de la bonne foi en procédure.

 

L’éthique pragmatique de la dominance ayant été illuminée en un seul chapitre, le précédent, avant de sombrer dans la crapulerie, je veux faire une pause.

 

Et c’est alors que m’est venue l’idée d’aller enquêter sur le terrain, avec cette seule question : « ça mène où la disparition de l’éthique ? ».

Et, surprise, rares sont les personnes qui ne m’ont pas répondu. Le sujet questionne, les gens s’y intéressent. Voici donc quelques réponses, les premières, qui me sont parvenues et avec lesquelles je compose ce chapitre particulier :

« A la crapulerie ».

« Dans des endroits où je m’efforce de ne pas sombrer. Et j’ai pas envie d’aller voir ».

« Quand l’éthique disparaît … je ne sais pas où cela mène, mais j’aimerai bien le savoir … Quelle est ta réponse ? »

« A dire des conneries ».

« … au monde actuel ».

« J’y crois pas, il faut se reconnecter à soi pour la voir plus souvent; elle se cache autre part ».

« Au néant ? »

« A ici ».

« Ca veut dire quoi ? »

« ? ».

« Un peu ce que nous, pères, subissons ».

« En 2019 ? ».

« A l’absence totale d’une morale où tout est possible, ne distinguant plus le bien du mal, qui amène l’homme sans éthique, vers une bassesse intellectuelle mortelle ! »

« Ca dépend chez qui ? »

« La disparition de l’éthique de qui ? »

« Heu, c’est bien à moi que tu adresses cette question ? »

« Aux mafias, au chaos ou à Genève. C’est pour ton prochain article ? »

« A l’errance du sens ».

« C’est philosophique ou rhétorique ? »

« A la présidence d’une certaine commune ».

« Ca mène là où on va maintenant : à un nouvel ordre mené par l’intérêt personnel et la consommation immédiate ».

« Pour un flic, ça va le conduire vers les dérives à la genevoise, pour le politique on ira vers les profits personnels et gestion déloyale à la Maudet, pour un magistrat ça le poussera à l’erreur judiciaire bâclée, pour un commerçant, il arnaquera ses clients, … ».

« Je ne sais pas non plus, c’est une bonne question pour ces gens ».

« Cela mène à la destruction des familles dans l’impunité ».

« Cela mène à la corruption du tout et au rabaissement des choses sur le fumier de paysans ».

« Cela mène à un monde inqualifiable ».

« Au final on perd la boussole, ne sachant plus où est la ligne rouge et qui est de quelle côté de la barrière ».

« A une absence totale de moralité ». »

Un magnifique mannequin : « A nulle part ».

Un psychiatre française : « Au chaos ».

« Dans quel domaine … ».

« Pour ceux qui n’en ont pas … à rien. Pour ceux qui en ont … à la désillustion, au chagrin, … puis à la sagesse ».

« A ne plus pouvoir se regarder soi-même dans le miroire… A être rejeté du cercle des bien-pensants… A ne plus savoir quelles valeurs inculquer à ses enfants … »

Ma réponse personnelle : « A ce livre ».

 

Post Scriptum : a) je trouve qu’il fait froid dans cette chambre; b) traduction : « va fermer la fenêtre, s’il te plaît, je ne veux pas me lever »; c) Alexandre Elsig, ancien président de la Bourgeoisie de Sion, rencontrant Bernardo, en ville de Sion : « tu as vu, Riand, il a été sympa avec toi dans son feuilleton »; d) traduction : « quelle volée de bois vert, il envoie Riand à Zouzy et à ses amis dans son feuilleton, je me marre chaque jour » !

 

 

 

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

One thought on “IL EST CINQ HEURES, LA JUSTICE S’EVEILLE (61). LA CRAPULERIE”
  1. L’épisode de demain, le 62ème du feuilleton : « VALEURS NULLES ». L’impartialité infinie de Marie-Claire Pont fera l’objet d’une délicate première approche, de même que ses remarquables compétences dans le champ de la comptabilité financière. Tous les comptables valaisans apprécieront. Et pas seulement les comptables les pas crétins aussi.

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