(PAR NARCISSE PRAZ)
Hier au soir, sur le court de Wimbledon, Roger Federer a lancé son κύκνειον ᾆσμα / kúkneion âisma,
En grec ancien, il y a dans ces deux mots une résonance de COCORICO ASTHMATIQUE.
Pendant tout son match contre Djokovic l’on a pu suivre à la télévision sur le visage de son épouse Mirka l’angoisse d’assister à la mort du héros de sa vie et de leurs 4 enfants, leurs jumeaux et leurs jumelles, leur vraie réussite.
Elle avait saisi, elle, les conséquences que pourrait avoir pour l’homme de sa vie cette ultime tentative d’exister encore et encore dans leur monde commun à travers une ultime victoire.
Or, cette subliminale tentative se conclut par un échec !
Et cet échec signifie pour Roger que c’est fini! Tu es devenu vieux dans ton sport ! Tu n’es plus dans le coup !Quelle humiliation!
Quel drame intime pour Roger que d’envisager sa rentrée au foyer familial et d’entendre leurs enfants demander machinalement à leur mère:
– Alors, il a gagné, papa, bien sûr?
– Non, papa a perdu.
En un jour papa Roger est devenu vieux. Et chaque membre de ce sextuor familial d’imaginer ce qu’eût pu être pour le flamboyant combattant pater familias l’annonce solennelle, à la fin de son ultime défi triomphal lancé au Numéro Un présent du tennis qu’ainsi il mettait fin définitivement à sa carrière! Ovation publique debout, interminable, s’il vous plaît !
Hélas, hélas, cette défaite hantera désormais la vie quotidienne du légendaire héros vaincu un peu par Djokovic mais surtout par la fatalité de l’inéluctable vieillissement du monde animal et donc humain.
Le voici condamné à méditer ad aeternum sur la portée des mots » être et avoir été ».
Mais revenons au ras du gazon: Roger tombant à Wimbledon, ce n’est tout de même pas Roland tombant à Roncevaux en sonnant de son olifant ! Y a-t-il vraiment de quoi en tirer une hagiographie intitulée « LA CHANSON DE ROGER » damant le pion à « LA CHANSON DE ROLAND »?