Oh je les vois autour de moi depuis toujours, ces confrères avocats évidemment plus riches, souvent plus intelligents, certains d’entre eux plus doués, dont les salles de conférence ont plusieurs sièges de plus que la mienne, que les juges et les procureurs regardent avec une amitié inversement proportionnelle aux sentiments qui poussent ces magistrats – et même parfois leurs greffiers – à détourner les yeux quand ils me croisent.
Eux-mêmes m’ont toujours regardé de haut, de très haut. De si haut qu’ils en ont parfois perdu des procès juste pour m’avoir sous-estimé. Il faut les comprendre, ces grandes personnes-à-la-Saint-Exupéry, car elles voient en moi ce qui se voit en premier : le cabotin, le fanfaron, les excès, l’avion, mes pitoyables billets d’humeur sur Facebook, mes moeurs selon eux immorales. Ils ont certainement raison, d’autant que le vernis un peu glauque que le garçon que je suis, resté un fils unique obsédé par le besoin de plaire et de déplaire, jongleur de la transgression et de la provocation, est aussi épais qu’il est opaque. Qu’il en faut, de la patience et de l’amitié, pour traverser ces couches de maquillage et d’apparences superposées !
Mais quand c’est le cas…
Mes « mandants » deviennent souvent des amis au point qu’aucun de ces avocats ne peut imaginer, sauf peut-être les rares d’entre eux que je considère comme des purs, comme des missionnaires, comme des guerriers aussi passionnés que désintéressés. Les rares avocats que la vie m’a donnés pour amis. Je pense évidemment en tout premier lieu à des William K. Rappard, des Yael Hayat, des Stéphane Riand, des Jean-Luc Marsano, des Philippe Nantermod (que je découvre depuis peu sous ce jour) et des Christian Grosjean, mon associé, un des seuls qui depuis 20 ans ne m’ait jamais déçu.
Mais même, mes chéris… quelqu’un vous a-t-il jamais fait pareille marque d’affection que l’homme de la photo, seulement pour l’avoir aidé à sortir de prison et m’être – indirectement (merci Ludovic Haefliger !) – occupé de ses chiens pendant sa détention.
Il vient de m’envoyer ça ce matin.
Je suis bouleversé.
Il compense toutes les ingratitudes, tous les procès perdus, tous les regards condescendants, tous les ressentiments, tous les Michel Ducrot qui peuplent tous les barreaux du monde.
Pour moi, après ça, plus grand chose d’autre ne compte.