Eric Fottorino, L’homme qui m’aimait tout bas, Gallimard 2009
Ma fille Jade, 17 ans, sait que j’aime beaucoup les livres. Je l’imagine avoir pris du temps pour dénicher à La Liseuse un livre dont la quatrième de couverture l’a convaincue de me l’offrir pour ce Noël : « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil ». Et, par le titre, elle m’a dit à sa manière qu’elle était cette fille qui m’aimait tout bas.
Et me voici découvrant l’écrivain Eric Fottorino avec cette première phrase : « Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle, mon père s’est tué d’un coup de carabine ». Un homme du soleil a donc pressé la détente, en ne voulant pas se rater.
Une certitude : Eric Fottorino ne s’est pas raté. Son cri d’amour à son père mort est tout simplement éblouissant. Magnifique. Extraordinaire. Emouvant. Remarquable. Inestimable. Un coup de coeur incomparable. Un immense livre d’amour, qui vous emmènera sur des chemins, doux ou escarpés, desquels vous ne pourrez vous dégager sans des larmes, de joie et de tristesse à la fois.
Tous les mots de Eric Fottorino dansent devant mes yeux sans que je ne sache vraiment pourquoi l’accordeur, de corps et de coeur, de l’auteur imbibe le lecteur de ce bonheur nostalgique indépassable. Pourtant on devine que l’écrivain émeut et convainc parce que, simplement, dans la sérénité et la vérité, « il écrit. Il est lui-même. Jamais il n’a été si bien qu’à cet instant, je crois. Il est libre car il s’est libéré de tout ce poids, Il n’a plus qu’à dérouler. C’est réglé comme du papier à musique ». Et Eric Fottoroni déroule, tel un cycliste qui s’en va cueillir la victoire de l’amour que personne ne pourra plus lui contester.
Le livre de Eric Fottorino est une lettre « pleine de choses qui font pleurer, alors ça n’a pas manqué ». Pourtant, la prochaine phrase, la dernière du chapitre 20, n’émouvra personne qui n’a pas lu « L’homme qui m’aimait tout bas » : Je regarde cette plaque et je pense à une autre sur laquelle était écrit : Michel Fottorinio, masseur-kinésithérapeute ».
Michou aimait le football et le cyclisme. Pas le basket, ni les formalités administratives. Et il a aimé ce fils adoptif, devenu journaliste et écrivain, par la grâce peut-être de ce moment où, à dix ans, il a pu appeler Papa le mari et compagnon de sa mère, cette bannie de la cité ayant conçu trop jeune, à dix-sept ans, un fils, dont le talent des mots a rejoint une profondeur inégalée dans la description de la relation d’un fils à son père.
Michel, lui, quittant Tunis pour Nice (la logique du signifiant, non ?), a été un père formidable, jusque dans ce moment éperdu où, avec son pouce ou son index, il a choisi de se donner (s’offrir ?) la mort dans un parking, en être libre et conscient d’avoir vécu une vie formidable.
« L’homme qui m’aimait tout bas », ne vous y trompez pas, est un livre d’amour et de vérité, que je vous invite à offrir à quiconque avec qui vous souhaiteriez, avant de quitter cette terre, tenter de parler vraiment et de partager ce temps qui, déjà, s’envole au-delà de l’impossible à dire.
Eric Fottorino est un fabuleux écrivain des silences éternels, donc de l’instant d’aujourd’hui.
« L’homme qui m’aimait tout bas » ? Un grand livre.
Bonjour à tous les amoureux de méchouia tunisienne.
Eric Fottorino. Souvent vu et surtout écouter un Monsieur,dans des débats sur certaines chaînes de tv.Déjà son regard et sa tranquillité,merci. Une fille qui dit je t’aime à son papa. MAGNIFIQUE.