Justice valaisanne. L’affaire Luca résolue par l’Affaire Saint-Aubin (avec la réponse de Me Langlois !)

8 février 2020

Denis Langlois, avocat et écrivain, auteur notamment de L’Affaire Seznec, qui obtint le prix des Droits de l’Homme, un confrère français que je ne connais pas, m’a fait parvenir récemment l’un de ses livres, L’Affaire Saint-Aubin. J’ai lu la quatrième de couverture et décidé de m’atteler à une lecture attentive de cet incroyable feuilleton, peut-être parce que j’ai appris, avant la lecture de la première ligne, que la famille Saint-Aubin avait reçu une indemnisation pour « mauvais fonctionnement de la justice ». L’1Dex, c’est un peu la bible des mauvais fonctionnements de la justice de chez nous; alors pourquoi pas, me disais-je, lire avec sérieux ce document rédigé par un avocat précis et méticuleux.

Je le dis tout de go. Ce livre devrait être une lecture obligatoire pour tous les magistrats de ce canton, singulièrement pour tous ceux qui fréquentent la Rue des Vergers, tous ceux qui, devenus procureurs, savent que jamais plus ils ne pourront se tromper.

Ici, à L’1Dex, dans plusieurs articles, j’ai fait passer ce message, une conviction en fait, que l’incapacité psychologique du procureur général Nicolas Dubuis à supporter le doute l’avait obligé, contrainte psychique s’entend, à faire part dans une décision judiciaire de sa certitude, celle qu’un chien, Rocky, avait été la cause de l’agression sur l’enfant Luca lors du drame de Veysonnaz. Ne pas pouvoir vivre avec le doute provoque inéluctablement ce genre d’inepties et de sornettes.

L’Affaire Saint-Aubin peut être vue comme un simple accident de circulation : un jeune conducteur, un peu trop fatigué, roulant trop vite et finissant sa vie contre un platane, âgé de 23 ans et accompagné d’une amie de la famille, âgée de seize ans. Deux destins tragiques finissant leur voyage sur terre contre un arbre, alors qu’ils voulaient simplement se rendre en vacances près de Fréjus. La justice est certaine, l’enquête est rapidement menée, la vérité judiciaire ne souffre d’aucune discussion, toute discussion est close. Et puis, voilà cette justice qui sait, cette justice qui jamais ne se trompe, ces magistrats qui paressent et qui lisent les dossiers avec un peu trop de nonchalance, qui sont subitement confrontés à une mère désespérée qui, mue par une tristesse indépassable, commence à réfléchir, à penser, à enquêter et à troubler le monde de la vérité. Et voilà L’Affaire Saint-Aubin qui naît, le lecteur s’interroge, s’impatiente, se scandalise et retombe, parfois, sur ses pattes.

Denis Langlois, je n’en doute pas une seconde, contrairement à notre procureur général, eût pu être un excellent membre du parquet. Pour un motif tout simple ? Il sait douter. Le pire crime que peut connaître un magistrat contre la justice, qu’il est sensé servir, est de ne pas douter, de prétendre savoir et de ne jamais changer ses certitudes. Denis Langlois n’est pas de cette race d’hommes.

« Dans notre société, il est de bon ton d’avoir des certitudes, de dire : « Voilà comment les choses se sont déroulées ! Voilà ce qu’il faut en penser ! » Ceux qui espéraient que je leur révélerais « la vérité, toute la vérité » sur l’affaire Saint-Aubin seront sans doute déçus. Je n’ai dit que ce que j’ai appris, ce que j’ai vu, entendu et lu. Mais, ce faisant, je pense avoir considéré les lecteurs comme des adultes. Un demi-siècle après avoir consulté le premier document concernant cette affaire, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé exactement le 5 juillet 29164 sur la route nationale 7 entre Puget-sur-Argens, au lieu-dit Les Esclpes. J’en suis réduit aux hypothèses et donc au doute ».

La justice pénale en Valais a besoin de gens qui doutent, qui réfléchissent, qui travaillent, qui savent voir, entendre, écouter et lire. 

Qu’ils commencent par lire Denis Langlois !

Et qu’ils interrogent ensuite, dans un grand exercice collectif et interdisciplinaire, leurs pratiques d’aujourd’hui.

Est-ce trop leur demander ?

Bonjour à tous ceux qui ont résolu L’Affaire du petit Luca de Veysonnaz !

 

POST SCRIPTUM :

Me Langlois me répond ainsi :

« Merci, Cher Confrère, pour cet excellent « papier ».

J’ai bien aimé que pour l’affaire Saint-Aubin vous reteniez le terme de feuilleton. C’en est un effectivement. Je ne connais pas l’affaire Luca, mais vous avez raison de dénoncer cette justice qui « jamais ne se trompe ». Le doute est incontestablement la valeur la plus importante pour juger et pour vivre tout simplement. Le début de la sagesse.

Encore merci. Bon courage pour continuer à faire votre bon boulot.

Bien cordialement.

Denis Langlois »

 

J’ose le dire, j’ai aimé ce mot d’encouragement, qui, je n’en doute pas, sera apprécié à sa juste mesure par tous les fans de mes feuilletons judiciaires (un petit salut ici tout particulier à l’Ours de Bagnes, qui en connaît un bout sur les feuilletons judiciaires, et sur les attitudes proprement incroyables de nos autorités de chez nous, qui n’ont donc rien appris de l’affaire Luca, du Tornaygate, du Giroudgate, des pérégrinations en Valais de Dick Marty, des Patatras, de « La Vérité sur l’affaire Alain Cottagnoud », de « Il est cinq heures, la justice s’éveille » et de toutes les aventures judiciaires racontées ici à L’1Dex. Je vais peut-être adresser « Jakob » à mon confrère. Mais c’est quoi encore ce Jakob, me direz-vous ? Un feuilleton judiciaire encore plus captivant que tous ceux que je vous ai contés jusqu’ici, chers lecteurs. Patience !

 

Référence :

Denis Langlois, L’Affaire Saint-Aubin, Editions de la Différence, Paris, 2019

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

4 thoughts on “Justice valaisanne. L’affaire Luca résolue par l’Affaire Saint-Aubin (avec la réponse de Me Langlois !)”
  1. Effectivement, si l’on enseignait à ces procureurs à reconnaître constamment leur non-savoir, ça n’en ferait plus de potentiel majesté.

    Le savoir-faire c’est…

  2. De l’affaire du petit Luca j’ai tiré un roman intitulé « Le chien des Bascaroli » (Editions Mon village) dans lequel j’ai imaginé et envisagé d’autres explications
    aux lésions irréversibles infligées au corps du petit Luca. Aucune de ces solutions possibles à ce problème n’a la prétention d’être la vérité. Mais la vérité de la Justice selon laquelle le chien Rocky, l’ami quotidien du petit Luca, aurait pu agresser son compagnon et le maltraiter de cette façon-là m’est immédiatement apparue stupide.
    Sans prétention, je puis témoigner de ma familiarité personnelle avec l’éducation (mot que je préfère au dressage) d’un chien. J’en ai moi-même possédé et éduqué trois, deux boxer et un improbable « braque » autrichien et cela sous l’égide de mon frère aîné qui, lui, avait fait de son « berger allemand » Gitan le vice-champion valaisan des chiens d’avalanche, d’attaque, de défense du maître et autres disciplines.
    Soutenir que c’est le copain quotidien du petit Luca qui l’a ainsi massacré est absurde. En revanche, une intervention humaine est d’autant plus plausible que le petit Luca était Italien. Et ça, dans certaines régions de Suisse en général et du Valais en particulier, ça ne se pardonne pas! Surtout lorsque l’on sait que son père incarnait une certaine réussite sociale.
    Comme l’on a pu lire à Zürich sur la porte d’entrée d’un restaurant « Interdit aux chiens et aux Italiens », n’en aurait-il pas été de même à Veysonnaz?
    Narcisse Praz

  3. Denis Langlois est un vrai confrère, car les faux, ils ne visent jamais la sagesse et ne concoivent pas à la nécessité de douter, car ils sont confiants grâce à leur bandes incultes d' »injusticiers » !… Jusqu’à au jour où,… le savoir-faire,…

    Jakob ? Certainement, encore une force obscure et maléfique à mettre en lumière !

  4. Si je me souviens bien, dans cette très très triste affaire Lucas, le chien Rocky, était , en fait, un chiot. Comment un chiot aurait-il pu faire autant de mal à Lucas alors que le petit frère était présent ?? Le petit n’a jamais prétendu que le chiot avait agressé Lucas. D’ailleurs , cela relève de l’impossible.
    Que le procureur se réveille . Le cas est extrêmement grave.
    Que vraie justice soit rendue !

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