(PAR NARCISSE PRAZ)
AU-DESSUS DE LA MÊLEE
planent les poètes.
Le Doute et le Scepticisme face aux prétendues vérités assenées par prêtres, grands-prêtres et autres gourous, ne fut pas l’apanage exclusif des penseurs de la Grèce antique. Les poètes eux-mêmes comptent parmi eux, outre Voltaire, des esprits éclairés qui se sont interrogés sur leur propre rôle dans l’univers. En voici un exemple en la personne de l’écrivain Gérard de Nerval (1808-1855) qui, dans un poème, célèbre son panthéisme jubilatoire :
« Homme ! Libre penseur, te crois-tu seul pensant ?
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’Univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la nature éclose.
Un mystère d’amour dans le métal repose.
Tout est sensible. Et tout, sur ton être, est puissant.
Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie.
A la matière même un verbe est attaché.
Ne la fais pas servir à un usage impie.
Souvent, dans l’être obscur habite un dieu caché.
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres. »