VERBIERGATE. DU RAPPORT BAECHLER COMME SOURCE D’HOMMAGE AUX VRAIS POMPIERS

11 avril 2020

De la lecture du rapport de Me Jean-Luc BAECHLER, le lecteur peut déduire que l’expert mandaté par le Conseil d’État n’était surtout pas chargé d’examiner les errements et les illégalités commises par les chefs de service de l’État du Valais. On ne saura donc pas ce qu’a fait Adrian ZUMSTEIN des annexes du rapport BENDER & VEUTHEY; on ne saura pas pourquoi Signore BIONDO n’a pas voulu prendre soin de la LFAIE; on ne saura surtout pas pourquoi Maurice CHEVRIER s’est empressé d’oublier ses compétences dans le champ de la LFAIE, ni pourquoi il a choisi de faire la peau de Gabriel LUISIER en se désintéressant totalement de la clef USB attestant les mensonges du président de Bagnes. Savoir éviter soigneusement la description des frasques de son client est une qualité essentielle que doit avoir un mandataire diligent. L’exercice, sur ce plan-là, fut une réussite remarquable.

 

Dans le même temps, l’expert fait observer que le système institutionnel valaisan ne laisse pas de place aujourd’hui à la possibilité de renvoyer sans délai un conseiller communal élu, qui n’est confronté qu’au risque d’une non-réélection. Cette seule mention est déjà en elle-même un indicateur de la gravité de la situation juridique et situationnelle à laquelle a été confronté Me BAECHLER. Celui-ci n’eût pas eu besoin d’introduire dans son rapport cette impossibilité de sanction légale contre un élu gravement défaillant ou criminel si les cas qui lui ont été soumis ne présentaient pas une gravité extraordinaire. D’ailleurs, l’expert utilise à plusieurs reprises le terme de gravité pour qualifier ce à quoi il a été effectivement confronté. Mais, malgré ces faits graves portés à sa connaissance, l’expert ne peut proposer une sanction contre ces élus délinquants, puisqu’aucune procédure d’impeachment n’existe en Valais. Le lecteur aura donc compris que l’élu communal bénéficiera d’une sorte d’immunité administrative ou politique tout au long de la législature. En revanche, l’expert envisage la possibilé de sanctions pénales en fonction des résultats de l’enquête pénale.

 

Cela étant, un point crucial n’a pas été évoqué par l’expert BAECHLER : la possibilité légale et simple pour la commune de Bagnes de résilier le contrat de travail la liant au secrétaire communal, l’un des deux principaux responsables – et coupables – (1). Cet « oubli » est assez remarquable dans le cas particulier, dans la mesure où la publicité presque effrayante donnée au Verbiergate est née de la résiliation du rapport de travail liant Bagnes à Gabriel Luisier, lanceur d’alerte (2) émérite, à qui on a à l’époque fait croire que la commune voulait se réorganiser. Dans ce contexte, une personne de bon sens et sain d’esprit, n’oserait imaginer laisser un incendiaire l’accompagner pour éteindre les feux dévastant le paysage, de crainte que dans son dos le pompier de façade ne déclenche d’autres foyers (3).

 

Pour sa défense, de pacotille, l’expert pourrait soutenir que son mandant, le Conseil d’État, ne lui a pas demandé de s’étaler sur les moyens juridiques dont dispose la commune pour rétablir le droit en terre bagnarde. À cette objection, nous répondrions ensemble, chers lecteurs, que l’intégralité du rapport de Me BAECHLER ne regorge que de conseils gratuits fournis à la commune pour régler de manière proportionnée la catastrophe qu’elle a elle-même causée. Dans ce contexte, la moindre des choses eût été de s’étonner non pas de la qualité de l’excellence du travail du sous-groupe de travail mis en place par le Conseil d’État, mais du fait que ZUMSTEIN et consorts n’ont pas « forcé » le départ du principal incendiaire.

 

D’autres énormités d’erreurs factuelles évidentes figurent en toutes lettres dans ce rapport. On absoudrait presque l’expert d’avoir été roulé dans la farine par ses interlocuteurs directs, s’il n’avait pas la responsabilité personnelle d’avoir refusé de rencontrer Gabriel Luisier, le meilleur connaisseur du Verbiergate, qui l’avait pourtant sollicité.

 

On aura compris une fois de plus qu’un expert, dans tous les domaines de la cité, a cette caractéristique immuable que d’être attaché incestueusement à celui qui lui a conféré ce rôle d’expert toujours fondé sur de supposées connaissances d’excellence antérieures. Qui donc aurait assez d’indépendance, financière (3) et d’esprit, pour échapper à ce sinistre attachement ?

 

Une fois de plus, il faut ici sincérement s’étonner de la qualité du travail effectué par Feu Pierre-André VEUTHEY et Monsieur Léonard BENDER, mandatés par la commune de Bagnes. Peut-être serait-il intéressant de connaître les mandats postérieurs à leur rapport d’expertise obtenus auprès de la commune par ces deux redoutables hommes : pas sûr que la réponse ne renforcerait pas plus encore leur immense crédibilité.

 

La conclusion provisoire est la suivante : le procès pénal sera sanglant.

 

Bonjour à tous les vrais pompiers.

 

 

(1) N’oublions pas l’ineffable et comique présomption d’innocence que mérite(rait) l’orange secrétaire, qui n’aurait agi que sur ordre du conseil communal (good luck, fellow).

(2) S’il n’était pas à l’origine, à ses dires, lanceur d’alerte, il l’est assurément devenu par la suite.

(3) La commune s’est débarrassé du pompier qui avait prévenu de l’existence de graves foyers d’incendies, et a fait confiance à l’incendiaire qui avait organisé le déclenchement des feux !

(4) Le prix des honoraires n’est pas encore connu.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

3 thoughts on “VERBIERGATE. DU RAPPORT BAECHLER COMME SOURCE D’HOMMAGE AUX VRAIS POMPIERS”
  1. Il semble que l’on va voir le bout du tunnel ? une lueur ou une supernova ? au pire, un trou noir.

    Que cette analyse est somptueuse, encore une fois bravo !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.