XVII. UN NOUVEAU MONOPOLY DES CONFLITS D’INTERÊTS

3 mai 2020

Une des caractéristiques du Valais, liée au fonctionnement même du parti majoritaire, le PDC, est son clanisme, engendrant du copinage et des conflits d’intérêts massifs, souvent à l’origine d’une perte significative de compétences professionnelles citoyennes. L’histoire valaisanne du HRC, en droite ligne de celles, multiples et variées, de Savro, de la BCVs, des Caisses de pension, du RSV, de Loèche-Les-Bains, de l’Autoroute A9, des Patatras des APEA, du Verbiergate, n’est que le prolongement désespérant de cette incapacité du Valais à créer des institutions au service des citoyens formant un tissu sain et non point au bénéfice de quelques élus aux torses bombés.

Faisant référence au rapport du Conseil d’administration du RSV de l’année 2015, la Commission du Grand-Conseil de la Santé, des Affaires sociales et de l’Intégration (SAI) s’est prononcée ainsi :

« …en outre, compte tenu de la participation du Valais à concurrence de 25 % à l’Hôpital de Rennaz, le directeur général a été nommé par le Conseil d’administration de l’HVS au Conseil d’Etablissement de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) ».

Ainsi, il apparaît que le Conseil d’administration de l’Hôpital du Valais a validé la présence du Professeur Eric Bonvin au Conseil d’administrationi du HRC (1).

Eric Bonvin est l’un des trois « Valaisans » ayant la responsabilité de défendre les intérêts des Valaisans au sein du HRC, les deux autres étant les « retraités » et « pensionnés » Jean-Jacques Rey-Bellet et Georges Dupuis, tous deux au bénéfice d’une jolie rente versée par … l’Etat du Valais.

La position du Professeur Eric Bonvin, directeur de l’Hôpital cantonal du Valais, de siège social à Sion, est tout de même très préoccupante s’agissant de la problématique des conflits d’intérêts. Personne ne peut faire abstraction du fait que les investissements et coûts d’exploitation devant être investis ou payés par l’Etat du Valais au HRC ont des implications massives – MASSIVES, car les majuscules s’imposent ici -, puisque les budgets, d’investissements et de fonctionnements, affectés à la santé publique, ne sont pas extensibles à l’envi. Le Professeur Eric Bonvin le sait, lui plus que tout autre, puisqu’il est déjà amené, à l’intérieur de l’Hôpital cantonal du Valais, à opérer des arbitrages dans les choix financiers, stratégiques et opérationnels. Ainsi, ce cher homme sait que tout débordement MASSIF dans la gestion des coûts de l’opération HRC aura un effet nécessaire et inéluctable sur l’évolution des budgets affectés à l’Hôpital du Valais. Vivant en terre chablaisienne, très intéressé donc au développement d’un hôpital de qualité dans « sa » zone territoriale, il aura pu « oublier », puisque ce n’est pas vraiment son argent, que des excès en terre chablaisienne affecteraient nécessairement un développement harmonieux de la nouvelle construction de l’Hôpital du Valais (environ 250 millions de francs).

Le citoyen valaisan, à travers ses institutions, son exécutif, le Grand-Conseil et la Commission SAI, sait aujourd’hui qu’il va devoir passer à la caisse. Et vilainement.

La conséquence politique, dans un Etat de droit, est aujourd’hui de bien comprendre que le Professeur Eric Bonvin, quoique puissent vous en dire quelques élus parmi ses amis, est très clairement dans la situation de ne pas pouvoir assumer ses deux casquettes. Et il ne s’agit pas de lui laisser le choix entre l’Hôpital du Valais et le HRC, car nous avons tous compris que, consciemment ou inconsciemment, il a choisi son camp, à savoir le HRC, puisque, par ses décisions, celles du Conseil d’établissement, il a mis l’Etat du Valais dans la situation de devoir « balancer » 80 milli0ns supplémentaires à destination du HRC.

Il faut ici aussi observer que le Professeur Eric Bonvin, parce qu’il est membre du Conseil d’établissemen du HRC, a validé un prêt octroyé par un établissement bancaire extérieur aux cantons du Valais et de Vaud. Cette technique de financement extérieur du fonds de roulement fait curieusement penser à la tactique utilisée à l’époque dans l’affaire Loèche-Les-Bains par Otto-G. Lorétan et ses amis, qui avaient fait appel à des établissements bancaires suisses alémaniques pour financer ce qui s’avéra par la suite être d’insondables gouffres financiers créés par des hommes coupables de gestion déloyale des intérêts publics. La situation, me direz-vous, est tout à fait différente, la santé ne pouvant être comparée au tourisme. Il n’en demeure pas moins que même des conseillers d’Etat se sont étonnés récemment des pratiques curieuses émanant du Conseil d’établissement.

Ma conclusion personnelle à ce stade est assez simple : le Conseil d’Etat ne peut plus accepter que le Professeur Eric Bonvin puisse fonctionner ès qualités de directeur de l’Hôpital du Valais. Le Conseil d’administration de l’Hôpital du Valais, s’il entend assumer ses responsabilités, doit prendre acte que le psychiatre Eric Bonvin est resté volontairement au Conseil d’établissement du HRC et a participé, dans sa fonction, à des décisions ayant provoqué des déficits majeurs, à la fois dans les investissements et dans les frais de fonctionnement, au du HRC.

Convaincu certainement de la qualité des décisions qu’il a prises avec d’autres pour un bon développement du HRC, Eric Bonvin aura à coeur, au sein du Conseil d’établissement du HRC, de poursuivre son oeuvre, peut-être « réparatrice », mais ne pourra malheureusement pas revendiquer de poursuivre sa route à la tête de l’Hôpital du Valais.

Telle devrait être la route à suivre dans un Etat de droit.

Mais, nous le savons tous, nous sommes en … Valais.

 

 

(1) A ce stade, on ne sait pas si la rémunération due à Eric Bonvin est versée dans la crousille de l’employeur du directeur ou dans celle du membre du Conseil d’administration (Conseil d’établissement) du HRC.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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