A l’unanimité, le Bureau du Grand Conseil du canton du Valais a décidé de déposer une dénonciation pénale pour violation de secret de fonction contre inconnu à la suite de divulgations parues dans la presse au sujet du scandale des constructions illicites de Verbier. Les membres du Bureau n’ont pas apprécié que Le Matin Dimanche, par Julien Wicky, révèle le contenu du rapport de la COGEST avant que celui-ci ne soit transmis trois jours plus tard à l’ensemble des députés.
L’1Dex vous le confirme : le ridicule ne tue pas contrairement au Covid-19.
En août 2015, Julien Wicky, qui travaillait alors au Nouvelliste, lançait le scandale des constructions illicites de Bagnes. A ce premier article bien peu accompagné ont succédé les feuilletons de L’1Dex, qui a révélé à travers une série d’épisodes mémorables ce que fut dans le réel le Verbiergate.
Le rapport de la COGEST contient peu de révélations supplémentaires, mais inclut une procédure illicite supplémentaire et l’opinion des commissaires. Cette prétendue bombe, au moment de sa divulgation par Le Matin Dimanche, avait déjà été transmise au Bureau du Grand Conseil et devait être remis trois jours plus tard à l’ensemble du Grand Conseil, puis aux citoyens par le site internet de l’Etat du Valais. L’enquête des commissaires était donc complètement achevée au moment où le journaliste valaisan émigré en terre vaudoise a eu l’outrecuidance de lancer la communication avant les députés, au point qu’un fin juriste pourrait déjà pour ce motif s’inquiéter du sort de la dénonciation pénale.
Mais, à supposer que ce texte devant être rendu public trois jours plus tard avait un caractère secret avéré, on peut déjà parier que l’enquête n’aboutira à rien, au simple motif que le journaliste du Matin Dimanche invoquera les normes qui éviteront qu’il ne témoigne puisque la protection des sources est un principe cardinal du droit de la presse.
L’acte posé par le Bureau du Grand Conseil aura donc comme effet un accroissement inutile des frais de justice.
Mais cet acte symbolique, en quelque sorte posé contre un lanceur d’alerte, dit à quel point les révélations d’intérêt public sont peu appréciées par les maîtres de chez nous. Ces mêmes dominants auraient été mieux inspirés de dénoncer pénalement Maurice Chevrier et Sergio Biondo, dont les actes ont ce caractère manifestement inquiétant qui auraient mérité une sanction politique de premier ordre avant même que la Commission parlementaire n’ait pu mieux apprécier tout le dossier du Verbiergate.
L’1Dex, pourtant éditeur de plus de 800 articles sur le Verbiergate, n’a cette fois pas eu la chance de recevoir sur son mail ou dans sa boîte à lettres, ce rapport de la COGEST qui a provoqué un coup d’urticaire collectif au sein du Bureau du Grand Conseil.
On se réjouit donc que le procureur chargé de la cause, certainement le procureur général eu égard à la qualité des potentiels criminels, prononce la mise en détention préventive, pour risque de collustion, de Ariane Dayer, la rédactrice en cheffe de l’hebdomadaire vaudois, de Julien Wicky, l’auteur de l’article, de tous les membres de la COGEST et, last but not least, du président du Grand Conseil lui-même. Pendant la préventive, Christian Varone et les siens pourront procéder à des descentes de police auprès des familles de ce beau monde et visiter chaque ordinateur et chaque téléphone portable de tous les éventuels suspects.
Le Covid-19, selon une hypothèse formulée ici par L’1Dex, a tendance à brouiller les esprits de certains humains. Les membres du Bureau du Grand Conseil rejoignent tous les héros du Verbiergate, en ce sens qu’ils viennent de prendre une décision « improbable », qualifiée de « grand n’importe quoi » par l’Ours du Châble et par un Haut Fonctionnaire proche de Frédéric Favre. Ce haut cadre de l’administration a aussi fait référence aux coûts « totalement inutiles » déclenchés par cette décision « sensible ».
Dans les couloirs de la Rue des Vergers, on soutient que le procureur général est enchanté par le dépôt de cette dénonciation pénale, car il pourra persévérer dans ce qu’il fait de mieux : ne rien faire et attendre.
Y a-t-il lieu encore de rappeler que l’Affaire des constructions illicites a commencé par le dépôt d’une dénonciation pénale contre Gabriel Luisier pour violation de secret de fonction, cette procédure s’étant ultérieurement retournée contre ses initiants.
Le Bureau du Grand Conseil, sans débat en plenum, a décidé cette dénonciation pénale dans un but éducatif : « chers députés, fermez-la, faites semblant d’écouter et ne venez pas menacer par vos révélations publiques le bon ordonnancement des affaires de la Cité ».
Car, nous le savons tous, le Canton du Valais est un excellent élève dans la lutte contre la corruption.
Bonjour à tous les repentis valaisans.
Article de référence : https://www.lenouvelliste.ch/articles/valais/canton/affaire-de-bagnes-plainte-penale-deposee-par-le-grand-conseil-995044
Pitoyable ! Une nouvelle fois, les roitelets veulent s’en prendre au messager au lieu de régler les problèmes de fond!
Éclairez-moi, Maître Riand, ce dossier ne devrait-il pas être dépaysé auprès du Tribunal vaudois puisque l’infraction a été commise dans le canton de Vaud (Le Matin) et le Journaliste (M. Julien Wicky) vit dans le canton de Vaud ?
Bonjour Constance,
Je n’ai pas les compétences juridiques pour vous répondre mais, par expérience, ce genre de plainte est traitée dans le canton où elle est déposée. En revanche, je n’ai jamais vécu dans le canton de Vaud et chronique l’actualité valaisanne depuis mon fief sédunois 😉
Cela dit, peu importe la juridiction, j’y invoquerai avec la même conviction l’article 28a alinéa 1 du code pénal qui me permet de protéger mes sources. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois.
Bien à vous,
Julien Wicky
« … aurait été commise … »
du grand n’importe quoi vraiment !
ils ne sont pas capable de s’attaquer une fois aux vrais problèmes et de cesser de persécuter à tout-va les personnes qui ont le courage d’exposer les dérèglements fonctionnels et administratifs de ce canton.
Il faut juste rappeler que les députés sont soumis au « secret de fonction » et qu’il s’agit d’un minimum de respect pour l’institution.
Chère Carambar,
Les membres de l’exécutif cantonal, à savoir les conseillers d’Etat, et les fonctionnaires, – tous les fonctionnaires -, ont-ils l’obligation de dénonciation lorsqu’ils ont connaissance d’infractions pénales ? Vous savez très bien que la réponse est OUI. Ils ne le font pas, et tous les députés le savent.
Alors voyez-vous, lorsque l’on évoque ce « minimum de respect pour l’institution », j’ai envie de vous dire que je suis d’accord avec vous à la stricte condition que les deux fonctionnaires cités dans le rapport soient, l’un et l’autre, dénoncés pénalement pour leurs actes inadmissibles.
Après cet acte fort, je répondrai plus exactement à votre commentaire.
La COGEST a correctement effectué son travail parlementaire.
Cher Monsieur, nous nous rejoignons en ce qui concerne les membres de l’exécutif cantonal responsables de l’opérationnel !