PHILIPPE LORETAN ET LE CAS SEMBRANCHER. LE JEU DES TOUPIES

11 octobre 2020

I

TOUPIE

 

Une toupie est un jouet destiné à tourner sur lui-même le plus longtemps possible, en équilibre sur sa pointe.

Jouet connu depuis l’Antiquité, c’est un jeu traditionnel populaire en Chine, où faire tourner une toupie consiste à fouetter continuellement l’objet conique pour le faire tourner sur la glace ou sur un terrain lisse.

 

II

PARDON

 

Ce jeu des toupies est une occupation sérieuse. Je veux ici demander pardon à celui, anonyme mais il se reconnaitra, qui, sans le vouloir, m’a donné cette idée de la toupie, que j’aurais dû appliquer en premier lieu à des institutions bien plus vénérables que celles que je vais aujourd’hui évoquer. Mais l’urgence est de convaincre le Sembranchard intelligent que le dominant de chez lui le prend pour le dernier des demeurés. Et j’aime pas, mais alors pas du tout, que l’on prenne l’autre pour un con.

 

III

SIMPLE

 

La toupie est un objet. Si l’on veut que la toupie cesse de tourner, c’est très simple : on met son doigt au sommet de l’objet tournant qui, de lui-même, à la suite d’une très simple pression, s’arrêtera de tourner. Au contraire, si l’on veut continuer à jouer, sans cesse, on enclenchera avec ses doigts le mouvement qui permettra à la toupie de ne pas cesser de tourner.

En Valais, le Conseil d’Etat et le ministère public ont décidé, par souci de favoriser des Oranges de continuer à jouer avec les objets institutionnels de gravité dont ils ont la charge.

 

IV

URNES

 

On pourrait penser que le Conseil d’Etat et le procureur général persévèrent dans leur pression de l’index pour que les toupies jamais ne cessent de tourner parce que les élections communales approchent et qu’ils ne veulent pas que leurs camarades de parti ne subissent un revers sanglant si les informations réelles parvenaient à leur connaissance. Je crois plutôt en ce moment précis que l’administration publique et la justice pénale se saisissent des objets qui leur parviennent selon leur goût arbitraire et non pas en fonction de l’Etat de droit. Et alors tout s’explique d’autant plus facilement qu’il s’agit simultanément de favoriser ses petits copains.

 

V

RESUME

 

Parce que, ne vous y trompez pas, les affaires de Sembrancher sont d’une simplicité simplement si simple que l’on s’interroge sur les raisons pour lesquelles certains veulent les compliquer à l’envi. En fait, pour vous dire la vérité, je ne m’interroge plus du tout : je sais que ces « braves » (le lecteur aura compris que les guillemets sont pour dire au lecteur que ces gens-là sont tout sauf des braves) essaient de ralentir le processus de révélation définitive des crasses commises ou qu’ils essaient, et peut-être y parviendront-ils en partie, à cacher sous le tapis leurs immondices parfumés (sous le tapis, on peut revêtir le caca avec des vêtements préalablement arrosés de parfum Dior ou Chanel que sont des décisions infectées de mots qui ne veulent strictement plus rien dire du tout pour les citoyens).

A Sembrancher, un président, sous l’oeil inéclairé d’un secrétaire général, conclut notamment des contrats d’assurances sans vouloir trop informer les autres membres du collège municipal; le premier bénéficiaire de ces juteux accords est la compagnie d’assurances pour laquelle oeuvre ledit président. D’autres faveurs semblent prêter également à grandes interrogations. Mais l’on s’acharne à ne pas transmettre les éléments clefs à un conseiller communal qui considère que sa mission première n’est pas de cacher la merde au chat. Le brave, un vrai celui-là, se voit confronté à la vengeance politique des peu amènes qui l’expulsent légalement de la liste électorale du parti avec lequel il partage la majeure partie des idées politiques, l’obligeant à tenter sa chance sur une liste indépendante. Dans l’intervalle de temps qui mène aux élections, le cadenas est mis sur les affaires communales qui sont ainsi mis sous le tapis. Simultanément, on fait courir le bruit dans la commune que tout est en ordre et que Saint-Bernard mérite l’éternité au côté de Saint-Pierre et de tous les apôtres.

A Sembrancher, on signe un acte de cession par lequel la commune favorise un élu, contrairement aux décisions préalables prises par la conseil communal et on erre dans de simples calculs mathématiques pour verser finalement une somme supérieure à celle voulue par les parties elles-mêmes à l’acte. L’acte est indubitablement faux. Le procureur général, ami du notaire, se saisit de la cause, organise le travail de telle manière que d’autres magistrats prennent les mêmes dossiers, mais saucissonnés; plus personne ne comprend plus rien, le citoyen ne se rendant même plus compte que 2 + 2 égale 4 et non 5 comme mentionné dans l’acte de vente instrumenté par le propre avocat de la commune.

Les procédures vont ainsi durer et, dans l’intervalle, les amis du président espèrent pouvoir faire gober à leurs troupes la sainteté de leur ancien mage.

 

VI

TOURNICOTIS

 

Il serait très simple d’arrêter les toupies : il suffirait de faire application de la loi et de l’Etat de droit.

Mais l’intérêt caché du Conseil d’Etat et du procureur est que les toupies dont ils sont saisies continuent à tourner. L’administration est ainsi bloquée par du travail inutile et la justice pénale permet aux vrais malfrats de s’en tirer par la grâce de durées procédurales totalement délétères.

L’avenir très rapproché dira si les Sembranchards auront été politiquement bernés.

L’avenir plus lointain dira à quelle sauce amicale seront dévorés ou absous par le système qui les protège les coquins de là-haut.

 

 

Post Scriptum : un petit conseil sincère et amical à Claude Rossier, de la police cantonale : je suis du côté des gentils; et les gentils, les méchants ne les voient jamais venir.

 

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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