AFFAIRE FIFA. LA LOI DES NUAGES

14 novembre 2020

Le Monde, par Rémi Dupré, a révélé récemment que Sepp Blatter, bien connu en Valais et ailleurs dans le monde, vient de bénéficier d’une seconde ordonnance de classement partiel rendue par le procureur Thomas Hildbrand. Joseph B. avait déjà bénéficié d’une telle ordonnance : « En mai, le procureur Hildbrand avait décidé de classer un pan de la procédure visant M. Blatter. Il concernait un contrat controversé de télévision – signé par le Suisse en 2005 avec l’Union caribéenne de football (UCF), à l’époque dirigée par Monsieur Warner ».

Aujourd’hui, Blatter est « absous » dans une affaire de paiement d’un vol privé en jet d’un montant de 365’000 dollars, le ministère public de la Confédération constatant l’impossibilité de la commission d’un acte de gestion déloyale ou d’abus de confiance. Cette clémence bienveillante, qui enchante le Viégeois, est tout de même étonnante aux yeux des observateurs étrangers. Elle l’est aussi pour un avocat suisse dans la mesure où le principe in dubio pro duriore impose au magistrat du parquet d’amener la cause devant un juge du siège si des éléments du dossier peuvent laisser croire à l’existence d’une infraction. Dans le cas d’espèce, il est curieux de penser qu’un vol de 365’000 dollars ait pu servir à financer un simple voyage de Warner en Europe. Selon les informations obtenues par L’1Dex, un vol en jet privé Zurich – Les Caraïbes retour peut être estimé à quelque 60’000 francs suisses. Un vol Surinam – Genève aller -retour pourrait se monter selon l’avion utilisé (Gulfstream G650) à 200’000 $. On ne peut dès lors que d’interroger sur les circonstances inexpliquées publiquement qui auraient imposé à la FIFA de financer une telle dépense à un tel coût.

Vu de la terre par les yeux d’un simple humain, cette ordonnance pénale de classement apparaît inexplicable. Mais comme ces gens fréquentent les nuages et l’espace lunaire, trop marqués par cet argent facile qui pollue jusqu’à leurs neurones les plus juridiques, on va penser qu’un simple humain, fut-il avocat et licencié en sciences commerciales, n’est pas à même de régater avec ces phénomènes procéduraux compréhensibles uniquement par des esprits lunaires aguerris aux pires énormités. Il semblerait que tout cela ne soit pas fini, d’autres énormités martiennes étant apparues dans les états comptables de la FIFA, dont ce versement charitable de quelque deux millions effectué en faveur de Michel Platini, l’ancien président de l’UEFA, pour son intense travail passé au service de la fédération.

Cette capacité infinie du ministère public de la Confédération d’ouvrir de grandes enquêtes et de ne jamais pouvoir obtenir des jugements à la hauteur des enjeux devrait interpeller tous les parlementaires fédéraux. Il semblerait que ceux-ci vaquent à d’autres occupations plus essentielles et ne sont pas enclins à faire preuve d’une excessive curiosité.

Pour le reste, Blatter se pourlèche encore les babines, Infantino s’inquiète des plaintes déposées auprès du CIO et Arnold espère se rendre au Qatar en 2022.

Ainsi va la vie dans le monde du football.

Bonjour à toutes les compagnies d’aviation lucratives.

Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

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