(PAR RETRONEWS)
Langue orale typiquement populaire, l’argot a suscité dès le XIXe siècle la curiosité des journaux, qui se sont plu à en reproduire les meilleures expressions et à en décortiquer les mécanismes.
« L’argot, c’est le verbe devenu forçat », disait Victor Hugo. Comme l’auteur des Misérables, les journaux français affichent dès le XIXe siècle une véritable fascination pour l’argot, ce langage populaire aux expressions riches et imagées, souvent associé aux criminels, mais dont l’usage dépasse en réalité largement le simple milieu des gouapes, des marlous, des arsouilles et autres fleurs de bagne.
En 1856, le dramaturge Albert Monnier se risque dans Le Figaro à une « excursion dans l’argot ». De cette virée en zone louche, il ramène quelques perles :
« Une table, c’est une carrante, parce qu’on s’y carre.
Le soleil s’y nomme le luisant, ou le bourguignon.
Une perruque – une réchauffante, ou un gazon.
Une porte – une lourde ; – l’ouvrir, déboucler une lourde.
Une sonnette – une branlante.
Un pantalon – un montant.
Un habit, une pelure, absolument comme pour une pomme qu’on épluche.
S’habiller, c’est se piausser, se mettre une autre peau. Déshabiller quelqu’un de force, c’est le dépiausser. On croirait qu’il s’agit d’un lapin.
La chemise devient une limace.
Le cœur – le palpitant.
L’estomac – la place d’armes, le stom, l’atout.
Le ventre — la bauge (retraite du porc).
La gorge — la rue au pain.
Le sang — le raisiné.
Les ongles — les arpions (harpon, croc pour la pêche).
La langue — le chiffon rouge.
La tête, c’est la sorbonne s’il s’agit de penser ; — la tronche s’il est question de la risquer ; — la coloquinte pour désigner une mauvaise tête ; — la boule pour indiquer un homme qui la perd ; — le melon s’il s’agit du chef d’un imbécile, et la trombine s’il faut peindre une trompeuse binette. »
S’agirait-il d’une seconde langue française ? De plusieurs, en réalité : l’erreur serait de croire qu’il n’existe qu’un seul argot, comme l’explique dans Le Petit Journal Alfred Delvau, ex-révolutionnaire de 1848 et spécialiste de Paris, qui publie en 1865 un vigoureux Dictionnaire de la langue verte :