Etat du Valais, élection au Conseil d’Etat. Le suicide politique du PLR lors d’une élection très fermée sans réel choix

11 mars 2021

I.

Le suicide du PLR

Au moment même où les meilleurs communicants du PDC, Armin Bregy en tête, réussit à trouver des raisons [1] pour lesquelles le Bas-Valais devrait voter massivement en faveur du Haut-Valais, le PLR démontre des capacités suicidaires :

A) Le PLR devait obtenir la présidence du Grand Conseil, Xavier Mottet, qui avait démontré ses qualités auparavant, occupant le siège de 2ème vice-président du Parlement. Que font alors les électeurs bas-valaisans de cet honorable parti gouvernemental ? Ils éjectent leur ancien élu et perdent ipso facto la présidence du Grand Conseil.

B) Le PLR devait obtenir la présidence du Conseil d’Etat cette année. Et voilà que la configuration politique, à savoir les résultats du premier tour, impose au PDC de resserrer les rangs, de ne plus soutenir tout à coup Frédéric Favre, de mettre en exergue les qualités de Serge Gaudin et de revendiquer ainsi une majorité absolue injustifiable au Conseil d’Etat, avec 36 % des électeurs et des députés. Dès lundi, plus personne n’a vanté les qualités de l’Apprenti de Vétroz et les Oranges se félicitent de disposer en leur sein d’un ancien Blèque, obligé de redevenir Evolénard par son propre parti.

C) Le PLR a refusé d’ouvrir sa liste au premier tour, notamment pour y intégrer une femme, ce qui aurait donné du punch au parti.

D) Se souvenant soudainement que le 2-1-1-1 est l’objectif depuis trois législatures, le PLR, sous la férule de Philippe Nantermod, essaie de prendre la tête d’un Appel citoyen. Il tente ainsi désespérément de convaincre toute la population que le seul cinq de base acceptable serait celui où le prochain président du gang gouvernemental dès mai 2021 serait son pote Frédéric. Il ne dit rien sur les qualités de Frédéric, ce qui permet de sous-entendre l’existence d’un formidable bilan.

E) L’Ours du Châble m’a appelé en passant en voiture dans la plaine du Rhône, près de Charrat : « Je viens de voir un panneau publicitaire vantant les mérites de Frédéric Favre près d’un champ. Sais-tu à quoi cela m’a fait penser ? ». Je n’en avais strictement aucune idée. La réponse fusa : « Il est en train de se planter ». Il aurait pu ajouter, se planter tout seul avec l’assistance de son parti.

II.

Le vol démocratique

Cette élection au Conseil d’Etat est une sorte de vol démocratique, les citoyens n’ayant pratiquement plus rien à dire. Le 2ème tour est pratiquement un tour sans choix, sans aucun choix.

L’élimination de l’un des six sera brutale, de type purement clanique, sans aucune possibilité pour le citoyen de choisir vraiment parmi une panoplie de candidates et de candidats représentant toutes les tendances politiques du canton. Au premier tour déjà le choix était limité à la liste de Mathias.

III.

Les limites du système électoral actuel

Le système électoral tel que fixé dans la Constitution de 1907 prouve ici ses extraordinaires limites. Les clans ont fait main basse sur la Constitution, l’ont triturée dans tous les sens pour éviter aussi longtemps que possible une refonte complète de la Constitution adaptée au Valais d’aujourd’hui. Ils ont ainsi réalisé une parfaite escroquerie à la démocratie.

IV.

La nécessité d’un affranchissement avec une Constitution innovante

Quel que soit le résultat final de cette pantalonnade, il conviendra de s’affranchir de tout ça. Mais le Valais a-t-il la force et le désir de disposer d’une Constitution innovante, incluant notamment une élection au gouvernement au système proportionnel avec un élargissement du gouvernement à sept membres ? Rien n’est moins sûr.

V.

Mathias Reynard en danger à cause des gargotiers orangés ?

En fait, dans la réalité de la vie, à mes yeux, cette élection ne peut avoir qu’un seul mérite, celui de permettre à la gauche de demeurer au gouvernement. Mais tout n’est pas joué, car les tenanciers des carnotzets oranges, noirs ou jaunes sont en mesure de tenter le Grand Chelem, qui exclurait Mathias Reynard de l’arène gouvernementale. Certes, tous les observateurs avancent que la qualité du Saviésan et son résultat personnel au premier tour lui confèrent une légitimité certaine d’accéder au Palais de La Planta. Mais la fourberie et le mensonge en politique sont des armes que les rusés et les sans-vergogne pourraient ne pas manquer d’utiliser. C’est la raison pour laquelle la tiédeur presque orange des Verts fait peine à voir en ces temps où il s’agirait de jouer du tambour, de la trompette et du trombone.

 

[1] Article de Armin Bregy

 

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Stéphane Riand

Licencié en sciences commerciales et industrielles, avocat, notaire, rédacteur en chef de L'1Dex (1dex.ch).

5 thoughts on “Etat du Valais, élection au Conseil d’Etat. Le suicide politique du PLR lors d’une élection très fermée sans réel choix”
  1. La gauche pourrait pour la première fois accéder au gouvernement parce qu’elle est gauche et non pas parce qu’elle présente un minoritaire linguistique. Faut-il parfois le rappeler? La gauche haut-valaisanne a usurpé un poste qui aurait dû revenir à un membre du PSVr…. Ces amis camarades avec lesquels j’ai œuvré au Grand-Conseil ont avalé des couleuvres pour laisser successivement Peter Bodenman, Thomas Burgener et last but not least Esther Weber… Et quand Stéphane, Yves, Jean-Marc, Olivier, Jean-Henri, …, ont dû s’avouer vaincus sans même avoir pu combattre, il aurait fallu faire place aux p’tits nouveaux Turnbergiens… Alors, entre maintenir le siège de gauche ou enfin donner un siège à la vraie gauche valaisanne qui en occupe un depuis des lustres, la nuance ne ne ne paraît pas superflue.

    1. Il est vrai que quand Esther Weber-Kalbermatten s’est tue durant l’affaire Giroud et s’est représentée pour une législature rendant quasi impossible l’élection de Stéphane Rossini, si j’avais été membre de ce parti, j’aurai eu envie de lui dire: « Madame, vous n’êtes pas socialiste! » Pour moi, un vrai socialiste devrait faire fi de cet absurde principe de collégialité quand ce principe n’a d’autre vocation que protéger une injustice gouvernementale, et un vrai socialiste devrait protéger le siège de gauche plus que le sien à titre personnel. J’ai le sentiment qu’Esther Weber-Kalbermatten ne s’est pas montrée « socialiste » ni face à la candidature Rossini ni face à l’affaire Giroud

      1. Très bien vu, Hansruedi…

        On est même en droit de se demander si EWK eut une fois, une seule fois, une attitude de vraie socialiste …

        Après avoir été élue par le Haut-Valais et le PDC romand ( comme FF ) , alors qu’elle était en âge AVS ( ! ? ) , afin d’écarter le véritable candidat socialiste Rossini, elle se retrouva durant cette dernière législature exactement dans le même rôle que FF : s’effacer devant les trois PDC, ne pas les contrarier et suivre aveuglément leurs ordres…

        Et on peut même prendre la liberté de conclure:

        Qu’il fut agréable aux trois PDC de s’asseoir à la même table de travail avec ces deux subordonnés minoritaires… nettement plus doux que de se frotter aux attitudes perspicaces de deux minoritaires rompus à la chose politique…

    2. En suite du premier message et par extrapolation, la droite valaisanne que représente l’UDC en termes de valeurs, d’écologie très modérée, de place (anecdotique) accordée à la femme,… , cette droite-là reviendra-t-elle au Conseil d’Etat parce qu’elle est bien représentative du Valais en général ou parce qu’elle assurera à une minorité linguistique de conserver sa confortable représentation? Encore un tabou qui doit assurément le rester…

  2. Oui, ce n’est plus démocratique quand les dés sont pipés et qu’on assure son élection par le vide!
    le citoyen, il lui reste le choix d’avaler des couleuvres !
    Dommage qu’il n’y ait pas une droite plus dure, ou anticléricale, ce qui donnerait une vraie âme à ces élections… aujourd’hui, c’est des échecs ou du poker menteur!
    Val – llée -lais de larmes….

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