Dire « vérité » ou « mensonge » suppose reconnaître une autorité – par voix interposée : « celui-ci dit ceci, celui-là dit cela, oui, oui, et toi qu’en dis-tu ? ». L’alternative est pire – quelqu’un s’imagine-t-il vraiment que la voix avec laquelle il parle est la sienne, qu’il invente quelque chose, qu’il a la capacité de choisir ce qu’il dit ? L’on ne reconnaît pas que l’on ne fait pas autre chose que répéter ce que l’on ne se souvient pas se souvenir. Nietzsche dit ceci : si l’être humain est issu de l’impitoyable, de l’avide, de l’insatiable et de l’assassin, dans l’indifférence de sa propre ignorance, d’où diable vient l’impulsion vers la vérité ? L’art est plus puissant que la connaissance, parce qu’il veut la vie, et la connaissance a comme – seul – objectif l’annihilation. S’il n’existe rien autour de nous, nous nous sommes trompés dans tous les calculs. Le mensonge rend l’irréel réel, que voulons-nous de plus ? Mais abandonnons ici Nietzsche.
Dire que la vérité est un être existant en soi, et que l’atteindre ou pas est une contingence de plus de la nature humaine, aussi optionnelle que le plaisir ou la douleur, serait nier une réalité pratique : la vérité n’est pas un sujet mais un prédicat. La Vérité n’existe pas, seuls existent des considérations plus ou moins véritables. Alors, si la vérité n’existe pas, le mensonge n’existe pas non plus. Vérité et mensonge sont les extrêmes d’une règle graduée où l’on passe de l’un à l’autre à travers des états intermédiaires. Le fait que l’un d’eux n’existe pas suppose que la règle n’existe pas, et par conséquent l’autre non plus. Si la vérité n’existe pas, il ne peut pas être vrai que la vérité n’existe pas. Et donc elle existe. Fiction, mensonge, Platon. De l’homo ludens à l’homme embobiné.
Et cette règle, je pense, n’a pas d’extrémités.
Ce texte m’amène à cette réflexion, vrai ou fausse, ou bien entre les deux,…
Lorsqu’on pousse à la vérité, on risque de sombrer dans le mensonge. Lorsque l’on pousse au mensonge, on risque de voir la vérité s’envoler.