(PAR MIQUEL DE PALOL)

 

Pour les dix ans de L’1Dex, Miquel de Palol nous fait l’amitié de ce texte.

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La « liberté de la presse » est un concept forgé à l’époque de la construction des sociétés démocratiques occidentales, lorsque la majeure partie de la population a cessé d’être des sujets et s’est convertie en citoyens, non sans obstacles, angoisses et conflits. L’accent était alors mis, c’est clair, sur la parole « liberté », et était consubstantiel à son application dans d’autres domaines : liberté d’opinion, liberté d’association, etc. La liberté de la presse était l’un des standards des démocraties stables, avec les lumières et les ombres inhérentes à n’importe quelle institution humaine.

Les temps évoluent, et le pas qui, depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la moitié du XXe siècle, a fait des anciens sujets des citoyens, les a transformés en consommateurs dès la chute du mur de Berlin et de l’URSS. Quant à tous ceux qui ne peuvent se le permettre, ils sont marginalisés. Les messages de la presse n’affectent déjà plus les Etats, mais les propriétaires, et ce sont donc eux qui les contrôlent. La valeur de la liberté pervertie, celle de la liberté de la presse acquiert alors une autre dimension, liée aux intérêts et aux mécanismes du marché. La marge d’action des journalistes – et des agents de la communication en général – ne se mesure déjà plus dans le domaine de la vérité, la justice et le bien-être, ni même dans la lutte idéologique, elle se noie désormais dans l’imparable raffut de l’hyperinformation et dans la voracité de la présence.

La punition du journaliste qui émet des communiqués considérés comme problématiques n’est plus la raclée dans une ruelle sombre ni la prison – ces procédés sont aujourd’hui inutiles. Maintenant, c’est la marginalisation. Le silence.

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