(PAR JUSTINE ROH)
Pour les dix ans de L’1Dex, Justine Roh nous fait l’amitié de ce texte.
Quand j’étais enfant il m’arrivait
De me brûler les yeux
Je regardais le Soleil
Jusqu’à ce qu’il devienne bleu
Aujourd’hui
Mes yeux sont verts
Ils ont pourri
Le Bleu
A coulé, glissé en moi comme une eau chaude et salée
Comme une lumière douce
Comme un vent épais
Du haut de mon crâne
Par mon cœur
Jusqu’à mes mains, mes chevilles
Le Bleu
Il est une malédiction, un sortilège
Il est sans début, sans fin
Il est
C’est un bleu pur, unique, originel
Il contient tout
Il est infiniment profond
Le Bleu ne connaît pas de fond, Il est tout
C’est une vipère précieuse et fascinante
Aux écailles de lapis-lazuli
C’est une aiguille d’argent
Qui vous transperce dans une douleur
Sublime
Il est le Ciel et la Mer
Il est la Pure Verticalité
Il est l’Un Originel
Il est le Bleu
Entourant le Soleil
Avalant les eaux
Il se cache dans le regard même
Transcendantal
Le Bleu
C’est là où sont nées les Passions
C’est là où est né l’Amour
C’est là où est né l’Art
Où un Prométhée les arracha pour les Hommes
Le Bleu abyssal
Des orages, des tempêtes, des larmes
Le Bleu des îles grecques
Des mythes anciens
Dont le sel fit une croûte sur mes yeux
Le Bleu des ancêtres
Des héros, des sorcières, des sciences
Des chimères, de l’enfance
Des veines, des nuages
Des vagues et des rivages
Le Bleu des Enfers
Du Paradis
Le Bleu du froid, de la pluie, du vent
De la Création, du Divin
Du Beau
Le Bleu de la Nuit des Temps, des Montagnes
Le Bleu
Est absolu
Il m’a fait don d’une acuité sanglante et cruelle
D’un orgueil couleur de miel
Misanthrope, et je les embrasse
Ces amants imparfaits
C’est parce qu’ils me blessent que je ne peux les mépriser
J’ai le sentiment dégoûtant
Et faux
De voir tout
Philantrope, et je les repousse
Peut-on haïr l’humanité ?
Peut-on transformer les visages en sable, en tourbe ?
Quel malheur, quel chagrin
Si c’était vrai !
Bleu,
Quel Dieu es-tu ?
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